07/02/2018

Pour une nouvelle dynamique bilatérale

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Au milieu de la cacophonie qui règne depuis des semaines à propos de l'avenir des relations entre la Suisse et l'Union européenne (UE), une voix bien silencieuse jusqu'à présent s'est fait entendre dimanche dernier. Répondant à la conseillère nationale UDC Magdalena Martullo-Blocher, qui a clamé il y a peu dans 24 heures que «les mesures d'accompagnement sont une catastrophe pour l'économie», Valentin Vogt, président de l'Union patronale suisse (UPS,) a défendu ces dernières dans une interview fleuve accordée à la NZZ am Sonntag. Pour ce dernier, l'élue agrarienne «dénigre le partenariat social parce qu'elle veut faire capoter la libre circulation des personnes. De mon point de vue, a-t-il poursuivi, l'aspect décisif de ces mesures est que l'on paie en Suisse des salaires suisses.»

Dans la foulée, le président de l'UPS a cautionné la stratégie suivie actuellement par le conseiller fédéral Ignazio Cassis en matière européenne. Il a mis en évidence l'importance d'un accord cadre avec l'UE, arguant du fait que celui-ci est important pour la sécurité du droit, et ajoutant que celui-ci devait passer par une consultation populaire.

L'UPS soutient donc les efforts d'Ignazio Cassis, et c'est une bonne nouvelle pour l'économie. On a passablement raillé la méthode du magistrat tessinois qui, de façon didactique et à grand renfort de formes géométriques, a expliqué dernièrement les éléments en jeu dans la recherche d'un accord cadre avec l'Union européenne devant un parterre d'étudiants et de journalistes à l'Université de Suisse italienne. On a grand tort d'en rire. Avec un langage simple et clair, il est parvenu à dédramatiser le débat et à remettre l'église au milieu du village. Il a trouvé une manière à la fois originale et habile de faire passer les messages des sept Sages auprès du grand public, dans un dossier complexe et aux facettes innombrables.

Prospérité grâce aux bilatérales

En cela, le conseiller fédéral revient aux fondamentaux: oui, la Suisse doit disposer d'un cadre politico-économique stable avec l'Union européenne, d'un «accord d’accès au marché» comme il le dit désormais. Les bilatérales négociées avec Bruxelles, dont les deux volets sont entrés en vigueur successivement en 2002 et en 2004, ont beaucoup contribué à la prospérité de notre pays ces dernières années. Au creux de la vague au début des années 2000, l'économie vaudoise vient de connaître quinze ans de croissance continue, en grande partie grâce aux accords bilatéraux et à ses mesures d'accompagnement. L'Europe constitue, faut-il le rappeler, notre premier marché.

Il convient donc de saluer la volonté aujourd'hui réaffirmée du Conseil fédéral d'aller de l'avant dans le dossier européen. La Suisse a besoin de l'Europe, et l'Europe a besoin de la Suisse. Après le coup de froid de la fin de l'année dernière, qui a vu l'UE ranger notre pays dans la liste grise des paradis fiscaux et nous accorder une équivalence boursière limitée à une année, il est grand temps d'initier une nouvelle dynamique avec Bruxelles. Tout porte à croire qu'on en prend le chemin.

24/01/2018

L'économie va avoir besoin des femmes

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La 48e édition du Forum économique mondial – le WEF –, qui se déroule cette semaine à Davos, comporte une tonalité féminine cette année. Le rendez-vous incontournable des grands de ce monde a placé la femme au centre de ses réflexions. Les organisateurs de ce raout annuel se félicitent que plus de 21% des participants à la réunion sont de sexe féminin, un chiffre record.

Symbole fort de que l'on pourrait appeler une prise de conscience, sept femmes issues de l'économie, de la politique, de la science et du syndicalisme coprésident la manifestation sur les hauteurs grisonnes. Directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), Christine Lagarde a déclaré avec une pointe d'humour que «nous pouvons démontrer qu'il est possible de fournir de bonnes solutions sans testostérone».

Et elle a bien raison! Il n'est plus besoin de démontrer que les femmes disposent de toutes les compétences pour occuper des fonctions dirigeantes, notamment en entreprise. Encore faut-il, et c'est là que le bât blesse, qu'elles puissent accéder à de tels postes. Pour cela, il reste beaucoup à faire, notamment dans le domaine de la flexibilisation du travail et de la formation continue.

Car la Suisse reste en retard pour ce qui concerne l'égalité des sexes et la place des femmes dans le monde du travail. Selon un rapport de l'Institut européen d'administration des affaires (Insead) sur la diversité des talents, réalisé en partenariat avec Adecco et diffusé lors du WEF, notre pays occupe le 86e rang mondial dans la catégorie des travailleuses féminines possédant un diplôme universitaire, et la 21e place pour les postes de direction occupés par des femmes. Ce classement peu flatteur s'explique notamment par la problématique de la garde des enfants.

Les employeurs ont compris les enjeux

En comparaison internationale, les jeunes Suisses démarrent tardivement leur scolarité; le nombre de crèches étant insuffisant, cela contraint l'un des parents – très souvent la mère – à être présent à la maison, ce qui constitue un frein évident au développement d'une carrière professionnelle. Paul Evans, professeur à l'Insead, a évoqué hier au micro de la RTS un «plafond de verre» qui empêche les Suissesses d'accéder à de hautes fonctions managériales. Non sans rappeler que les femmes composent le 50% de l'humanité. Les employeurs vaudois ont compris ces enjeux il y a déjà des années, puisqu’en 2009,  ils ont accepté de participer au financement de l’accueil de jour des enfants et que, depuis, ils ont augmenté les montants alloués à cette tâche ô combien importante.

Pour faire avancer les choses, il faut également s'interroger sur le salaire lié à l'ancienneté. Les femmes, contraintes à des arrêts de travail pour cause de maternité, sont clairement perdantes avec ce système. Si l'on ajoute à ce tableau que celles-ci ne savent pas toujours se vendre, on se rend compte de l'ampleur de la tâche qui les attend.

L'accession des femmes à des postes directoriaux est d'autant plus souhaitable qu'elles disposeront sous peu d'une double opportunité de promotion: le monde du travail va, à terme, manquer de personnel en raison du départ programmé à la retraite des baby-boomers, ainsi que du tarissement de l'immigration que l'on observe déjà aujourd'hui.

C'est une certitude: le monde de l'économie va avoir besoin des femmes dans un avenir proche. Et ce n'est ni en mettant des quotas ni des obligations légales supplémentaires que les choses vont changer, mais c'est bel et bien par la formation, la flexibilisation du travail et des structures d'accueil que nous donnerons des chances aux femmes.

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17/01/2018

Plancher sur l'avenir

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Le 15 janvier a coïncidé avec le troisième anniversaire de l'abandon du taux plancher du franc suisse face à l'euro, décidé alors par la Banque nationale suisse pour éviter un «accroissement incontrôlable de ses réserves de devises». Pour les entrepreneurs suisses, cette date reste marquée au fer rouge: elle leur rappelle la violence de l'électrochoc que cette décision avait provoqué pour la marche de leurs affaires, et la salutaire remise en question qui s'en est suivie!

Les firmes exportatrices se sont retrouvées avec une quasi-parité entre le franc et l'euro, qui leur a fait perdre pas loin de 20% de leur chiffre d'affaires pratiquement du jour au lendemain. Un «coup de Jarnac», comme le qualifiait alors un industriel membre de la CVCI dans notre journal, en dépit du discours rassurant des milieux concernés qui laissaient entendre que l'industrie suisse aurait la faculté de s'adapter.

Et elle l'a fait! Bien sûr, cela ne s'est pas apparenté à une promenade de santé. Il a fallu réagir vite: revoir les budgets et les processus, contacter les fournisseurs, trouver des arrangements et, forcément, baisser les prix. Les travailleurs ont eux aussi été mis à contribution, jouant magnifiquement le jeu pour la pérennité de leur entreprise, et de leur emploi. Rapidement, nos industriels ont innové, prospecté d'autres marchés et, parfois, dû renoncer à la collaboration de sous-traitants et délocaliser une partie de leur production.

Les clés du succès

Oui, cela a été dur, mais cet immense labeur a fini par payer. La grande majorité des entreprises qui ont dû affronter ce véritable tsunami ont su relever la tête. Réactivité, inventivité et innovation ont été les clés du succès. Il est d'ailleurs permis de penser que ce travail va continuer de porter ses fruits à l'avenir.

Les perspectives sont d'autant plus prometteuses qu'aujourd'hui, à la faveur du redressement marqué de l'économie européenne, l'euro retrouve des couleurs et ses niveaux d'avant 2015. C'est positif pour les exportations et, accessoirement, pour le commerce de détail.

Surtout, cet environnement monétaire apaisé pourrait pousser certaines entreprises à rapatrier en Suisse des unités de production délocalisées, en profitant des progrès dans le domaine de l'automatisation. Plus d’une entreprise suisse sur six a déplacé tout ou partie de sa production hors de nos frontières entre 2012 et 2015, selon les chiffres de la récente enquête sur l’industrie manufacturière européenne rapportés par l'ATS.

L’automatisation permet de produire à moindre coût en Suisse, rappellent les experts: les opérations de base et de routine peuvent être exécutées par les machines. Pour les programmer et les rendre fonctionnelles, il faudra toujours du personnel bien formé, un domaine dans lequel notre pays excelle. Ainsi, de nombreuses entreprises pourraient mettre un pied dans cette fameuse industrie 4.0, vers laquelle il faudra absolument se tourner ces prochaines années.

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