23/05/2018

L'ouverture en réponse à la pénurie

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L'économie n'a décidément rien d'un fleuve tranquille. En janvier 2015, l'abolition du taux plancher de 1,20 franc pour 1 euro par la Banque nationale suisse plongeait nos entreprises dans la tourmente et faisait notamment planer le spectre d'une vague de licenciements. Trois ans plus tard, l'euro a retrouvé son niveau, la croissance mondiale est solide, mais c'est un taux de chômage au plus bas qui cause désormais de sérieux soucis à notre économie! Car ce quasi plein-emploi engendre une grave pénurie de main-d'œuvre.

Selon une récente enquête de Credit Suisse (CS), citée par le quotidien «24 heures», plus de la moitié des entreprises souhaitant recruter des employés peinent à trouver des candidats appropriés. On estime ainsi que près de 90'000 PME doivent faire face aujourd'hui à une pénurie aiguë de main-d'œuvre qualifiée.

Et l'étude ne parle pas que d'employés issus des grandes écoles et bardés de diplômes, mais aussi et surtout de personnel bien formé et répondant aux besoins de l’économie. Les métiers dans les domaines de l’ingénierie, du droit, de l’informatique et de la santé sont particulièrement demandés dans tout le pays. Les experts de CS notent encore que la situation est particulièrement critique pour les entreprises de l'arc lémanique, dont le dynamisme est soutenu.

Dans sa dernière enquête semestrielle effectuée auprès de responsables financiers d'entreprises suisses, le cabinet d'audit Deloitte relève qu'aux yeux de ces derniers, les bonnes perspectives économiques actuelles sont tempérées par «les inquiétudes liées à la pénurie de main-d'œuvre qualifiée. Il s'agit désormais du quatrième risque perçu par les CFO suisses, après les risques géopolitiques, les risques internes aux entreprises (comme le respect des échéances) et l'accroissement des réglementations».

Le manque de personnel frappe à nos portes aujourd'hui déjà, et tout indique que le phénomène va s'accentuer. Nous le martelons à longueur de blogs: notre pays a un besoin urgent de renouveler sa main-d'œuvre, car le monde du travail va, à terme, manquer d'employés en raison du départ programmé à la retraite des baby-boomers. L'une des solutions consistera à intégrer davantage les femmes et les seniors, mais cela ne suffira pas à combler la carence annoncée de cerveaux et de bras sur le marché du travail.

L'immigration représente sans nul doute l'une des clés qui permettra de répondre à nos besoins futurs en personnel qualifié. Personne ne peut contester que les accords bilatéraux ont largement contribué à la prospérité de notre pays ces dernières années. Alors que l'initiative «Contre l'immigration de masse» est sur le point d'être mise en œuvre, il convient de faire barrage à la nouvelle offensive des tenants d'une «immigration modérée». L'heure est plus que jamais à l'ouverture si l'on veut éviter à l'avenir des fermetures.

Photo: istock 

16/05/2018

Un «signal» aux conséquences désastreuses

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Le sort de l'initiative «Monnaie pleine», qui menace de chambouler de fond en comble le système financier de notre pays, peut-il encore basculer d'ici au 10 juin prochainJustement combattu de tous les côtés, ce texte, qui ferait de la Suisse un îlot monétaire expérimental à haut risque, paraît condamné par les premiers sondages, qui donnent le non vainqueur.

Pour autant, le nombre d'indécis est encore conséquent vu la complexité de l'objet. Il existe donc un risque que ce texte, assurément dommageable pour notre économie, puisse encore séduire celles et ceux qui se méfient des banques et d'un système qui a tremblé sur ses bases il y a de cela à peine une décennie. Peut-on imaginer un scénario catastrophe comme celui du 9 février 2014, lorsque l'initiative «Contre l'immigration de masse» avait passé la rampe contre toute attente? Au moment où les citoyens de notre pays vont recevoir leur matériel de vote, il importe de marteler les réels dangers que recèle ce texte pour s'éviter toute mauvaise surprise.

Dans ce contexte, on s'étonne que des membres du monde académique suisse – heureusement rares – accordent du crédit à cette initiative. Comme ce professeur d'économie qui, persuadé que l'initiative n'a aucune chance de passer, clame dans une interview qu'il «est important de voter oui pour donner un signal». La journaliste lui faisant alors remarquer que voter ne consiste pas à participer à un sondage, l'économiste explique que «si le oui atteint 25%, ce serait déjà une manière de faire comprendre aux banquiers et aux politiciens qu'on n'est pas à l'abri d'une crise systémique». On doit se pincer pour le croire.

Option indéfendable

Car un vote ne s'apparente pas à un jeu. Notre démocratie directe mérite autre chose qu'un coup de poker aux conséquences potentiellement désastreuses. L'option d'un «signal» est d'autant plus indéfendable que les tenants de «Monnaie pleine» n'ont en aucune manière démontré que leur système pouvait prévenir de telles crises. La BNS elle-même estime que cette initiative ne pourrait empêcher l’émergence de cycles de crédit ni de bulles immobilières ou financières.

Soyons sérieux! L'enjeu de cette votation est considérable pour notre économie. Accepter ce texte reviendrait à empêcher les banques commerciales de faire travailler les avoirs à vue sur leurs comptes, qui génèrent des bénéfices et qui permettent de verser des intérêts à leurs clients. L'octroi de prêts serait ralenti et leur coût renchérirait. Une telle perspective n'est assurément ni dans l'intérêt des entreprises ni dans celui des particuliers.

La Suisse a su tirer les leçons de la crise de 2008 en prenant les mesures qui s'imposaient pour ajuster les exigences en matière de liquidités et de fonds propres. Notre système financier est sain et fonctionne à la satisfaction de tous. C'est pourquoi il est essentiel de rejeter massivement cette initiative le 10 juin prochain.

Photo: Fotolia

02/05/2018

Pour une protection des données adaptée

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Donner «aux citoyens plus de contrôle sur leurs propres informations privées dans un monde numérique de téléphones intelligents, de médias sociaux, de services bancaires sur Internet et de transferts mondiaux»: telles sont les ambitions du Règlement européen général sur la protection des données (RGPD), qui sera applicable à partir du 25 mai prochain dans l'Union européenne… et au-delà.

Tout acteur qui traite des données personnelles dans l'UE est concerné: les entreprises, les individus et les autorités. Et comme le RGPD est susceptible de s’appliquer également hors des frontières des 28, les entreprises suisses qui fournissent des biens et des services dans l'Union ou qui y suivent le comportement de personnes physiques seront également confrontées à cette réglementation. Les entreprises qui souhaitent savoir si elles y seront soumises peuvent effectuer un test rapide sur le site d'economiesuisse ici.

La CVCI, pour sa part, suit de près la mise en place de ce règlement pour ses membres et a publié à cet effet des fiches juridiques dans son journal «demain». Nous avons aussi mis sur pied la semaine dernière un séminaire sur cette thématique complexe. Le succès a été tel que l'exercice va être répété début juillet. C'est dire l'ampleur des besoins en information de nos entreprises dans ce domaine.

C'est d'autant plus indispensable que le non-respect des dispositions du RGPD peut s’avérer coûteux. Les amendes en cas de violation peuvent atteindre plusieurs millions d’euros. Précisons toutefois que les autorités de protection des données devraient avant tout jouer un rôle d’information et de sensibilisation aux bonnes pratiques à mettre en œuvre pour respecter cette réglementation. À ce jour, aucune procédure n’a encore été définie pour permettre l’exécution d’une sanction ou l’encaissement d’une amende infligée.

La Suisse a un train de retard

L'entrée en vigueur prochaine du RGPD met aussi en lumière le retard que prend la Suisse dans l'adaptation de sa législation sur la protection des données, qui date de … 1993. La révision totale de la loi n'est toujours pas sous toit et pourrait être reportée à 2019, voire à 2020! Le mois dernier, relate «Le Temps», des sommités du monde académique, des avocats, des responsables de l’économie et des préposés à la protection des données ont publié une lettre ouverte dans laquelle elles estiment qu’une «mise à jour de la loi suisse est indispensable et urgente». Selon ces personnalités, en conservant un texte qui a plus de vingt-cinq ans, la Suisse risque de perdre son statut de pays équivalent, ce qui rendrait le transfert de données de l’UE vers la Suisse plus compliqué.

C'est d'autant plus regrettable que les données constituent le véritable moteur de l’innovation à l’ère de la numérisation triomphante. Aussi, il nous paraît indispensable de préserver l’équivalence de la protection des données suisse avec les prescriptions européennes, sans devoir toutefois reprendre les dispositions du RGPD qui ne seraient pas indispensables. Aux parlementaires d'œuvrer désormais, et dans les meilleurs délais.

Photo: Fotolia