20/09/2018

Des nuages à dissiper au plus vite

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L'été a le bon goût de jouer les prolongations. Ce ciel azur illustre à merveille le climat conjoncturel favorable qui règne sous nos latitudes. Et cela va continuer si l'on en croit le Groupe d’experts de la Confédération. Mandaté par le Secrétariat d'État à l'économie, cet aréopage a revu à la hausse ses prévisions de croissance du produit intérieur brut (PIB) pour cet automne, lesquelles passent de 2,4% à 2,9%. «Les bonnes conditions économiques internationales stimulent le commerce extérieur et les entreprises investissent massivement, notent les experts dans un communiqué diffusé hier. Une solide croissance du PIB de 2,0 % est toujours attendue pour 2019.»

C'est une réjouissante réalité: la Suisse connaît une période de haute conjoncture depuis plusieurs trimestres. L’emploi est au beau fixe, le chômage s'inscrit à un niveau très bas et l’industrie a connu une évolution particulièrement dynamique. Ses capacités de production sont utilisées comme jamais depuis 2011 et les carnets de commandes demeurent bien remplis, constatent les spécialistes fédéraux. L'économie vaudoise, en particulier, a su faire preuve de dynamisme et de créativité, contribuant largement à ces bons chiffres.

Conjoncture internationale menacée

La météo économique reste toutefois variable, comme en témoignent les nuages qui pointent à l'horizon. Certains risques liés à l’économie mondiale se sont accrus et menacent la conjoncture internationale à terme. La guerre commerciale qui sévit entre les ÉtatsUnis et d’autres grands pays, comme la Chine, s'intensifie. Plus près de nous, l’incertitude politique règne en Italie. Au plan intérieur, le tableau n'est guère plus engageant: l'accord-cadre avec l'Union européenne piétine, le franc suisse est reparti à la hausse, pénalisant l'industrie exportatrice, alors que la menace d'un référendum plane sur la loi relative à la réforme fiscale et au financement de l'AVS (RFFA), que les Chambres fédérales sont finalement parvenues à ficeler dans la douleur cette semaine.

Ce dernier dossier, né sur les cendres du PF 17, est primordial! Et les propos que nous avons tenus la semaine dernière sur ce même forum gardent toute leur actualité: la RFFA doit entrer en vigueur rapidement, sous peine de voir la Suisse placée sur une liste noire ou grise par l'OCDE. S'il devait y avoir un référendum, une majorité claire devra se dégager en faveur de ce texte. Même le président de la Confédération, le socialiste Alain Berset, a réclamé une «attitude constructive» quant à ce paquet fiscal, évoquant la possibilité d'un blocage du pays en cas de rejet.

A une année des élections fédérales, il est plus que jamais indispensable de laisser les calculs électoraux de côté pour amener de la sérénité dans le ciel de notre économie.  

Photo: AdobeStock 

13/09/2018

L'heure de serrer les rangs

 

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La Canton, un brin Harpagon, a fini par entendre raison! Le Conseil d'État a signé lundi une convention avec les associations de communes UCV et AdCV dans le but de compenser les effets de l’anticipation de l’entrée en vigueur de la RIE III vaudoise par rapport au Projet fiscal 17 fédéral. Cet accord, qui répond notamment à deux motions demandant une compensation de la réduction des recettes fiscales, porte sur un montant de 50 millions de francs. Cette somme sera répartie entre les communes, proportionnellement au rendement de toutes les sociétés (y compris celles avec statut fiscal particulier) des périodes fiscales 2015 à 2017. Le versement de cette compensation interviendra l'an prochain.

Le geste du Conseil d'État peut être salué, car il va permettre aux communes de souffler un peu et d'atténuer le choc de l'entrée en vigueur anticipée de la RIE III cantonale dans leurs comptes. Même si, au final, il n'est pas certain que les pertes soient si importantes. En effet, il apparaît que la situation économique a permis de combler les pertes dues à l’abaissement du taux de l'impôt sur le bénéfice de 8,5% à 8% en 2017 dans les comptes du canton. Ce même constat devrait se vérifier au niveau des communes.

Gros écueil évité

Les entreprises ont besoin de stabilité et la décision d’anticiper cette mise en œuvre dans le canton de Vaud était la bonne. Ce souci évacué, il restait un gros écueil à éviter au plan fédéral: l'adoption du PF 17, dont le débat s'est déroulé hier au Conseil national. Il faut le rappeler avec insistance: la réforme de l'imposition des entreprises est essentielle pour notre économie. La Confédération s’est engagée à abolir les statuts fiscaux des sociétés internationales d’ici au 1er janvier 2019. A défaut, l'OCDE pourrait placer la Suisse sur une liste noire ou grise. Des dizaines de milliers d'emplois et plusieurs milliards de recettes fiscales sont en jeu.

Une majorité s'est finalement retrouvée hier soir pour faire passer ce projet, qui devrait connaître un destin similaire aux États la semaine prochaine. Ceux qui œuvrent à la prospérité de notre pays, tout comme ceux qui prétendent y travailler, doivent désormais serrer les rangs en laissant égo et calculs électoraux de côté s'il devait y avoir référendum.

Photo: Fotolia

27/09/2017

Réforme des retraites : passer des lignes rouges à celle de l’horizon

L’échec en votation fédérale du paquet de réformes Prévoyance vieillesse 2020 (PV2020) est une déception, mais pas une surprise. Au fur et à mesure que la campagne avançait, l’addition des oppositions est montée en puissance. Comme souvent, un projet qui tentait de concilier de nombreux aspects, dans un domaine à la fois complexe et hautement émotionnel, était une cible fragile face à la multiplication des points de vue égocentrés.

Bien sûr, PV2020 n’était pas un projet parfait. Mais n’est-ce pas le propre des compromis ? Nous avions jugé que les avantages l’emportaient sur les inconvénients, et que les réponses apportées à des questions auxquelles personne ne peut se dérober étaient satisfaisantes.

Ces questions demeurent, et le rejet de ce texte longuement élaboré n’a rien résolu. Quant aux commentaires entendus dans la foulée du verdict populaire, ils laissent parfois songeur. Il y est beaucoup question de « lignes rouges ». Si chacun choisit un élément précis sur lequel il n’est disposé à faire aucune concession, avant même d’avoir envisagé une négociation, avant même d’avoir identifié l’essentiel de l’accessoire, quel est le sens d’une discussion ? Quelles sont les chances laissées à la construction d’un compromis qui trouve une majorité solide, capable d’affronter le verdict du peuple ? Il faut espérer qu’à l’excitation de la campagne succède un climat plus serein, où gagnants et perdants du 24 septembre se rappellent que c’est de la pérennité de notre système de retraites (qui fait paraît-il des envieux dans le monde entier) qu’il s’agit.

3 axes de discussion pour avancer

Au-delà de ces prémisses, la discussion va certainement reprendre sur trois axes assez clairs. Premièrement, en réaction au paquet défait dans les urnes, le « plan B » se concentrera sur le premier pilier, dont le sauvetage est le plus urgent, et laissera le deuxième pilier en dehors de l’équation. Ce non-mélange des genres est en soi une bonne chose. Deuxième axe, le plan reposera sur deux éléments considérés comme indispensables par la droite : l’élévation de l’âge de la retraite des femmes à 65 ans, et la hausse de la TVA pour financer l’assainissement du fonds AVS. Cette hausse (0,6%) a presque été admise – elle l’a même été dans le canton de Vaud –, ce qui laisse à penser qu’une majorité peut se dégager sur le bien-fondé d’un effort financier complémentaire pour garantir les retraites. En revanche, le sondage Tamedia sortie des urnes montre que les femmes sont réfractaires à l’idée d’une parité de l’âge de la retraite avec les hommes.

C’est là qu’intervient le troisième axe, celui des compensations, nécessaires pour faire accepter la réforme. Mais de quelle nature doivent-elles être, et qui doivent-elles toucher ? Dans ce domaine, un peu de créativité ne fera pas de mal.  Pour cela, il faudra observer attentivement l’évolution du marché du travail, et des mœurs professionnelles des Suisses. Celles-ci ont changé depuis six ans, date de la naissance du projet refusé le 24 septembre. De nouveaux métiers apparaissent ; l’ubérisation des secteurs traditionnels et la numérisation des activités humaines modifient les habitudes en profondeur ; les aspirations de la population changent. Les jeunes gens, autant que les jeunes femmes, sont toujours plus nombreux à opter pour un travail à temps partiel, et cumulent souvent des engagements auxiliaires plus ou moins rémunérés.

De tout cela, une réforme des retraites doit tenir compte. En commençant peut-être par abaisser le seuil du salaire de coordination du deuxième pilier. En assouplissant les règles, là où la société s’assouplit aussi. Pour faire coller ce projet à un horizon fluctuant, on ne peut pas se permettre de s’arc-bouter aux lignes rouges.