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22/07/2015

La recherche… un trésor à choyer

La Suisse est championne en matière d’innovation. Au cours des quinze dernières années, la région lémanique a connu un développement dans tous les secteurs de pointe, comme jamais auparavant. Les idées, les projets et les réussites grouillent de partout: techniques médicales, biotechnologies, diagnostics, industrie de précision… Mais cela ne tombe pas des nues. La qualité des hautes écoles, souvent partenaires avec l’industrie dans la recherche, tout comme le vivier de spécialistes sont les principales explications de ce succès. Nous avons intérêt à tout mettre en œuvre pour que cela continue.

Pour ce faire, les échanges entre chercheurs ainsi que les coopérations internationales sont indispensables. L’innovation et la science ne peuvent progresser que dans un espace ouvert, où les interactions sont facilitées. A ce titre, l’accord bilatéral sur la recherche passé entre la Suisse et l’Union européenne (UE) est un joyau. Il permettait à la Suisse d’être pleinement associée aux programmes de recherche. Rappelons qu’un milliard de francs va être investi dans la recherche sur le cerveau avec le Human Brain Project (HBP) de l’EPFL.

Depuis l’acceptation de l’initiative «contre l’immigration de masse», notre participation aux programmes européens a toutefois été suspendue (heureusement pas celle au HBP), ce qui empêche les chercheurs suisses de déposer de nouveaux projets. Cette situation est gênante, et inquiétante, mais elle ne nous pénalisera pas trop si elle reste temporaire. Nos autorités doivent à ce titre tout mettre en œuvre pour préserver notre place dans l’élite mondiale. A défaut, les programmes de recherche se feront ailleurs, dans les grandes universités allemandes, françaises ou britanniques. Et de nombreux développements industriels nous échapperont.

Evitons les excès de bureaucratie!

Au Conseil fédéral de jouer. Les besoins scientifiques – et en scientifiques - ne peuvent s’accommoder de contingents de main-d’œuvre: les hautes écoles, comme les entreprises d’ailleurs, doivent pouvoir engager «la bonne personne» dès qu’elles en ont besoin. Sans paperasse, ni délais. Google n’a pas installé un centre de recherche à Zurich par hasard! Sans l’EPFZ toute proche, le géant américain aurait sans l’ombre d’un doute choisi une autre ville européenne.

L’initiative du 9 février, qui précise qu’il faut tenir compte des besoins de l’économie, a besoin d’être clarifiée au plus vite. Un nouveau vote s’annonce comme quasi inévitable. On pourra alors mettre dans la balance ce que nous apportent les Bilatérales et ce qu’elles nous coûtent. En matière de recherche, il suffit de regarder le dynamisme de notre région pour en tirer les conclusions.

08/10/2014

L'industriel Hansjörg Wyss parle vrai

"Si la Suisse se retire dans un réduit scientifique et économique, nos enfants n'ont plus de chance". Ces propos de l'entrepreneur Hansjörg Wyss, la semaine dernière à la radio romande RTS, résument bien les enjeux de l'initiative Ecopop, dont la campagne en vue des votations du 30 novembre démarre ces jours. La question va au-delà du nombre d'immigrants que la Suisse est capable d'intégrer, elle nous force à nous demander quel avenir nous voulons.

Je ne peux que me réjouir que Hansjörg Wyss se lance à son tour dans le débat. A 79 ans, il a derrière lui une longue carrière de dirigeant au sein de la société Synthes, active dans les techniques médicales (implants, instruments chirurgicaux, etc), et rachetée par Johnson & Johnson il y a trois ans. Le fait qu'il sorte d'une certaine réserve – on l'a véritablement découvert en Suisse romande lorsqu'il a repris le site de Serono à Genève il y a deux ans, avec Ernesto Bertarelli - doit nous interpeller, car il n'a vraiment rien à prouver. Ni à gagner. Son engagement est sincère.

Cet industriel parle concret: notre relève scientifique n'a pas d'avenir dans un Alleingang. Et sans relève, pas d'innovation. La fin des Bilatérales, ce serait donc aussi cela. Ceux qui promettent que la Suisse peut tout faire toute seule trompent leur monde: il est évident que les recherches se font aujourd'hui au niveau mondial, en réseau. Sans nos accords sur la recherche, les échanges d'étudiants, nous perdrions vite pied.

Mais il s'agit aussi de préserver notre capacité à recruter des cerveaux ailleurs dans le monde. En 2012, sur les 51'000 chercheurs recensés en Suisse, 39% étaient étrangers. Ce chiffre est en progression, mais les Suisses y trouvent également leur compte puisque le nombre de chercheurs suisses progresse aussi.

Limiter, comme le veut l'initiative Ecopop, le nombre d'immigrant à 0,2% de la population résidante impliquerait l'asphyxie de l'économie. Faute de pouvoir embaucher les spécialistes qu'elles ne trouvent pas ici, les entreprises cesseraient d'investir en Suisse. Et nous nous couperions de nos voisins. Nous exportons pourtant près de 60% de nos produits en Europe. Ne l'oublions pas!

18/09/2013

Berne souffle un vent sibérien sur la politique d'innovation

Le Conseil fédéral est trop frileux dans sa politique de soutien aux start-up. Il l'a une nouvelle fois démontré la semaine dernière en publiant un rapport qui balaie pratiquement toute aide fiscale ciblée en faveur de l'innovation. Berne craint que les rentrées d'impôt diminuent – sans toutefois avancer le moindre chiffre - si les mesures de soutien sont trop larges.

Dommage. Le Conseil fédéral préfère s'ingénier à anticiper tous les scénarios du pire (possibles soustractions fiscales auxquelles pourraient se livrer les entreprises en cas d'exonérations générales pour certaines activités) que d'évaluer ce que peut apporter à notre pays une véritable politique d'innovation. En facilitant la création des start-up et leur développement, nous éviterions que les créateurs d'entreprises choisissent des cieux plus dynamiques et plus compréhensifs pour faire éclore leurs inventions.

Auteur du rapport, le Département fédéral des finances préfère systématiquement envisager ce qui ne pourrait pas marcher. Il existe déjà des formes de soutiens aux sociétés en démarrage dans certains cantons et il pourrait y avoir des doublons, explique-t-il. Des exonérations concernant le droit de timbre ne toucheraient qu'un nombre limité de start-up. Limiter l'aide à l'innovation aux sociétés vraiment "innovantes" poserait un problème existentiel dans la définition même de ce qui est innovant…

Le moins que l'on puisse dire est que la Confédération se montre en tout cas elle-même fort peu innovante. Elle préfère éviter l'obstacle plutôt que de tenter de le franchir. A tort, car notre pays ne pourra maintenir son rang actuel parmi les leaders qu'en misant sur des produits à haute valeur ajoutée. Nous ne pouvons pas miser sur une main-d'œuvre bon marché, sur une monnaie dévaluée, sur de bas coûts de productions: notre principal atout réside dans notre faculté à être toujours à la pointe. Dans tous les secteurs.

Mais tout n'est pas perdu! Le Conseil fédéral ne ferme heureusement pas toutes les portes et assure plancher sur une solution qui "consisterait àaccorder des mesures fiscales d’encouragement à toutes les entreprises actives dans le secteur de la recherche et du développement". On se réjouit par avance de lire ce rapport… en espérant qu'il ne se limitera pas à énumérer tous les problèmes que poseraient ces mesures. Pour mieux les enterrer.

En misant sur l'innovation, nous misons sur l'avenir dans un contexte économique où la concurrence ne nous fera pas de cadeaux. Nous misons sur l'emploi. Mieux: l'emploi dans notre pays. Cela vaut sans doute largement une petite prise de risque, théorique, en matière de rentrées fiscales. Théorique, car si la Suisse devient demain le terreau des successeurs de Google, Apple, Samsung ou encore Facebook, nous serons récompensés au centuple!