28/03/2012

Les bien-pensants et le financement des partis

Les entreprises doivent-elles financer tous les partis? Chacune est libre, et c'est tant mieux. Tout récemment, deux banques, le Credit Suisse et les Raiffeisen, ont décidé de verser des fonds à tous les partis qui leur en feront la demande. Gros malaise chez les socialistes, qui ont décidé de consulter leur base sur la proposition…

Que cache ce manteau de vertu? L'argent de l'économie privée, c'est-à-dire provenant précisément de là où l'énorme majorité des citoyens suisses  gagnent leur vie, serait-il "sale" ou "obscur" par nature? Pour certains, la réponse semble évidemment affirmative. Aberration!

La réalité, derrière ce politiquement correct, c'est que de plus en plus de bien-pensants font la distinction entre les bonnes et les mauvaises entreprises. Avec toutes les dérives que comporte une telle vision manichéenne du monde. Les multinationales qu'on exonère? Forcément toutes des tricheuses. La finance? Des spéculateurs et des profiteurs. L'industrie, le commerce, les services? Des exploiteurs.

Avec ces slogans, avec cette vision du monde du travail, les moralistes font en réalité un affront à tous les salariés du privé. A tous les contribuables, personnes ou sociétés, qui créent la richesse indispensable au fonctionnement de l'Etat et au financement des assurances sociales. Dans le canton de Vaud, 14,7% de la richesse créée annuellement (le produit intérieur brut) est produite par le commerce et le secteur de la réparation, 6,3% par l'industrie des machines, 9,6% par la finance et les assurances... Il s'agit d'activités réelles, d'emplois réels, qui répondent à une demande. Il n'y a rien d'opaque là-derrière.

Mis à part quelques moutons noirs – il y a bien sûr des entreprises qui manquent d'éthique, comme certaines personnes d'ailleurs – vouloir trier entre les prétendues bonnes et mauvaises entreprises est un exercice hautement douteux. Il n'y a en réalité que des sociétés qui créent de la valeur, sinon elles disparaissent. Que l'on veuille ou non acheter leurs produits est une autre histoire, qui relève de la liberté de chaque consommateur. Reste que la banque est tout autant indispensable au fonctionnement de l'économie et de l'Etat que le fabricant de médicaments, l'assureur ou… l'administration publique.

Comme il est tout autant primordial que les entreprises fassent des bénéfices. Pour pouvoir embaucher - il s'agit là de leur première responsabilité sociale -, se développer et… payer des impôts. L'économie, c'est un tout. Libre à chacun d'accepter l'argent de qui il veut, bien sûr. Mais on ferait bien de ne pas oublier que nos sociétés dépendent totalement du secteur privé!

 

10/11/2010

La performance dérange!

Je vous soumets, aujourd’hui, un article que j''ai écrit pour le dernier numéro "d'Employeur suisse", le journal de l'Union Patronale Suisse ("Employeur suisse", Rubrique Éclairage, Edition 17 / 2010, p. 61):

"L'âme de ce pays peut être bien étrange ! Elle nous pousse souvent à nous focaliser sur le détail, pour critiquer, voire condamner les projets innovateurs. Elle nous retient d'être fiers de ce qui se fait ici, de reconnaître nos atouts et, évidemment, de nous féliciter d'avoir des têtes qui dépassent.

L'EPFL a inauguré en juin 2009 sur son campus le Quartier de l'Innovation. Pas moins de 2000 emplois vont y être créés d'ici 2012 ! Et c'est sur ce campus que Nestlé a annoncé sa décision d'implanter un centre de recherche consacré à «la nutrition de santé», centre qui comptera près de 200 collaborateurs. Au lieu de se réjouir de cette bonne nouvelle, la radio romande se demandait si cette collaboration entre l'industrie et le monde académique ne risque pas d'avoir une influence néfaste sur les scientifiques, d'en faire des pions au service de l'économie et de priver le monde universitaire de son indépendance. En plein débat sur l'assurance-chômage, nos journalistes ont été incapables de mettre en perspective cette chance de voir 200 emplois créés dans un secteur de recherches qui pourrait générer d'autres emplois grâce aux découvertes faites. Dans tout autre pays, on se battrait pour bénéficier d'une telle opportunité et on serait reconnaissant de pouvoir en profiter. Manifestement pas en Suisse !

Heureusement que cet esprit étriqué n'habite pas tous les citoyens de ce pays, sans quoi notre taux de chômage ne serait pas le plus bas d'Europe. Pour atteindre cette place enviable, la Suisse s'est donné les moyens. Depuis des années, elle caracole en tête des classements mondiaux sur la capacité d'innovation, grâce à des activités de recherche et développement très dynamiques. Elle y consacre plus de 3 % de son PIB et atteint ainsi l'objectif fixé par le Traité de Lisbonne, qui vise à doter l'Europe de «l'économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde». Les journalistes, si prompts à la critique et habités par cet esprit chagrin, seraient bien inspirés de regarder les chiffres en détail. Ils constateraient alors que, si la Suisse sort encore en tête des classements mondiaux sur la R&D, c'est bel et bien parce que cette dernière est financée aux trois-quarts par l'économie privée. C'est aussi cette économie privée qui ouvre des centres de recherche à l'EPFL et qui investit des montants considérables à l'étranger. Elle a depuis longtemps «rasé les montagnes afin de voir la mer», pour le bien général de nos emplois!