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23/11/2016

Enfants et travail, un exemple de pragmatisme vaudois

Donner la possibilité de concilier vie professionnelle et vie de famille passe notamment par la création de places d'accueil pour les enfants. Dans les crèches, mais aussi dans les structures destinées aux élèves du primaire, en dehors des heures de classe. La révision de la Loi sur l'accueil de jour des enfants (LAJE), dont le Grand Conseil a débattu hier, permet d'aller de l'avant. Avec le soutien des entreprises, qui vont doubler leur contribution.

Fin 2015, il y avait environ 11 places d'accueil pour 100 écoliers vaudois âgés de 4 à 12 ans, selon les derniers chiffres de Statistique Vaud. Il y a toutefois de grandes disparités entre les communes – une sur deux n'a rien à proposer aux enfants de 10 à 12 ans - et le nombre de places se réduit au fur et à mesure que les enfants grandissent. La nouvelle LAJE ne va évidemment pas tout résoudre, mais elle améliorera la situation. La Chambre vaudoise du commerce et de l'industrie (CVCI) soutient cette politique depuis plus de dix ans, Vaud ayant d'ailleurs été précurseur au niveau national avec son modèle de développement des structures d'accueil basé sur une implication financière des employeurs.

Les entreprises participent au financement de la Fondation pour l'accueil de jour des enfants (FAJE), à hauteur de 0,08% de la masse salariale. Je note au passage qu'elles ont été plus pragmatiques que l'Etat, qui a pris beaucoup de temps avant de consentir à augmenter sa participation dans le financement du système. Cette retenue a entraîné d'inutiles blocages avec les communes, mais la loi révisée scelle finalement un accord général.

Une réponse à l'initiative du 9 février

Il est vrai que le projet est ambitieux en termes d'accueil. Mais il répond à des besoins convergents. Les entreprises souhaitent recruter une main-d'œuvre locale, souvent trop rare. Mais beaucoup d'employés et d'employées potentiel(-les) sont indisponibles faute de pouvoir allier travail et éducation des enfants. Or les modèles familiaux ont évolué… tout comme les aspirations des salariés. Le modèle traditionnel (un seul actif – le conjoint - par ménage) devient chaque année moins courant.

Choix ou nécessité, peu importe, c'est un fait. Nous devons nous y adapter, d'autant plus que l'initiative "contre l'immigration de masse" a mis au jour la volonté du peuple suisse de prendre des mesures pour modérer l'immigration. La révision de la LAJE constitue une réponse appropriée.

Il importe toutefois de rester pragmatique. Les clubs sportifs, les associations et le bénévolat peuvent pallier, dans certains cas, le manque de places. Il ne faut pas exclure de solutions a priori. Mais le pragmatisme implique aussi que l'on confirme le doublement de la participation des entreprises à la FAJE (de 0,08% à 0,16% de la masse salariale), négocié entre le canton et les organisations économiques dans le cadre de la réforme vaudoise de l'imposition des entreprises (RIE III-VD) plébiscitée le 20 mars dernier par plus de 87% des citoyens. Cette hausse substantielle n'entrera en vigueur que si la RIE III fédérale est adoptée le 12 février prochain. Il s'agit d'être cohérent!

01/06/2016

La France dans l'impasse de l'ultra-réglementation

L'escalade de la contestation, en France, contre la réforme de la loi sur le travail est révélatrice de l'impasse dans laquelle amène l'ultra-réglementation du marché de l'emploi. Avec ses plus de 4000 articles, contre environ 200 en Suisse, le code du travail français est un monstre qui paralyse les entreprises en les dissuadant d'embaucher. Notre pays peut se féliciter d'avoir un cadre législatif souple, qui privilégie le dialogue sur le terrain, dans les branches et les entreprises.

La réforme de la "loi travail" bute en particulier sur la possibilité de passer des conventions d'entreprises qui primeraient sur les accords de branche (art. 2 de la loi El-Khomri, du nom de la ministre du travail). Par exemple de prévoir des paiements des heures supplémentaires moins généreux que ceux inscrits au niveau national dans un secteur donné. Le problème juridique est en effet épineux, il conviendrait d'ailleurs de modifier les deux textes, la loi et les conventions de branche… mais le chantier serait alors encore plus grand et donc difficile à maîtriser. D'où la tentative de trouver un chemin de traverse… qui cristallise la contestation.

Le partenariat social se construit dans la durée. En Suisse, il est le résultat de relations et parfois de tensions – il faut l'admettre – entre les employeurs et les représentants des employés. Mais chacun s'efforce constamment de comprendre les besoins de l'autre et l'on débouche dans l'énorme majorité des cas sur des solutions de compromis. En situation de crise, les conventions collectives de travail de certaines branches prévoient par exemple que les entreprises puissent augmenter les heures de travail hebdomadaires sans salaire supplémentaire. Mais ces décisions sont ponctuelles. Et évolutives. Une fois le pic des difficultés surmonté, les entreprises en reviennent généralement à la situation "normale".

La France est-elle prête à faire ce pas vers une flexibilité accrue? Egalité vient immédiatement après liberté, chez nos voisins. Mais l'égalité, en matière de travail, ne peut pas s'accommoder efficacement de critères nationaux uniformes, qui ne tiennent compte ni de l'âge des employés ni de la région où ils travaillent. Les partenaires sociaux suisses sont bien conscients qu'il est dans l'intérêt des salariés de préserver l'emploi avant les principes. Ce n'est pas possible en France, où le SMIC est le même à Paris qu'à Limoges ou Brest, alors que le coût de la vie – les loyers en particulier - est tout de même bien différent!

Espérons toutefois que nos voisins parviennent à trouver des solutions pour stimuler l'emploi, car nous avons tous à gagner d'une France plus prospère. Mais l'épisode chaotique que vit l'Hexagone avec cette "loi travail" nous montre une nouvelle fois que nous avons raison de privilégier la souplesse et le pragmatisme.

06/05/2015

Un congé obligatoire pour les pères? Les raisons de dire non

Le congé paternité généralisé est-il une bonne solution? Oui, à en croire le conseiller national Martin Candinas, à l'origine d'une initiative parlementaire sur ce sujet.  Une idée de prime abord si sympathique semble difficilement contestable… Mais c'est oublier un peu vite que ce congé existe déjà dans de très nombreuses entreprises. Tant mieux. La spécificité, actuellement, c'est que le congé se met en place sur le terrain, dans la mesure des possibilités de chacun.

Le congé paternité obligatoire de deux semaines tel que défendu par Martin Candinas n'est pas une réponse adéquate aux difficultés d'organisation auxquelles font face les nouveaux parents. Même si elle part d'un bon sentiment, cette initiative n'est rien d'autre qu'une solution à court terme. Elle ne prend pas en compte les problèmes qui se posent sur la durée dans l'éducation d'un enfant. Et qui vont bien plus loin que sa naissance. C'est là-dessus que devrait porter la réflexion.

Les entreprises ne sont pas anti-familles, au contraire. Elles aménagent, à chaque fois qu'elles le peuvent, des politiques familiales extrêmement arrangeantes. Les relations avec le père doivent être prises en compte dans l'éducation de l'enfant, il n'y a pas de doute là-dessus. Mais il faut travailler sur la flexibilité dans les horaires de travail, des horaires scolaires harmonisés, des temps de vacances compatibles avec les temps de vacances scolaires, l'amélioration du système de garde. Travailler sur le long terme est la meilleure solution. La proposition de Martin Candinas aurait le tort de geler ces efforts, car les entreprises ne peuvent en définitive pas tout payer.

Un congé de 10 jours pour se donner bonne conscience n'apporterait pas grand chose. Et ce serait dommage. Dans le contexte de l'après-9 février 2014, il convient de trouver des solutions pour intégrer davantage de résidents suisses, hommes, femmes, seniors, personnes handicapées. Se focaliser sur un seul élément, supposé - de manière finalement illusoire - soulager les mères de nouveau-nés, est un combat qui est déjà dépassé. Notre système de partenariat social nous permet de faire beaucoup mieux que de simplement promulguer des obligations!