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06/06/2012

L'ASIN et son perfide chant des sirènes

La Suisse conclut en moyenne plus d'un traité international par jour: entre 400 et 500 par an. Une bonne partie d'entre eux permettent d'ouvrir des marchés à nos entreprises, de protéger nos produits, nos près de 900 milliards de francs d'investissements à l'étranger, de régler des questions fiscales, pour éviter par exemple que les bénéfices soient imposés deux fois… Ce sont la plupart du temps des sujets techniques, sans aucune portée politique. Ils n'en sont pas moins vitaux pour notre prospérité et pour l'emploi. Et leurs négociations sont souvent délicates, car nos partenaires ne veulent rien lâcher.

Faut-il soumettre tous les traités qui en résultent au vote du peuple et des cantons, comme le propose l'ASIN? "Il n'y a pas à y avoir peur du peuple. Plus on vote mieux la démocratie se porte", argumentent les promoteurs de cette idée.

Leur argumentation tient du slogan sommaire. Mais elle est surtout fallacieuse: la démocratie n'y gagnerait absolument rien, car le peuple n'a jamais été privé de parole. Aucun traité international d'envergure n'a jamais été passé en force. Bien au contraire, les débats sont nombreux et régulier. Rappelez-vous de l'EEE (refusé), des accords sur la libre circulation des personnes entre la Suisse et l'Union européenne (acceptés deux fois). Dans la pratique, le peuple est systématiquement consulté lorsque les sujets sont importants.

Non seulement la démocratie n'y gagnera rien, mais – et c'est encore pire - la position de la Suisse en ressortira affaiblie. La crise de la dette engendre une montée du protectionnisme partout dans le monde. Autrement dit, l'accès aux marchés étrangers devient toujours plus difficile pour nos entreprises. Or la seule manière de contrer cette tendance consiste à conclure des accords avec nos partenaires. Le plus rapidement possible. Et avec la plus grande fiabilité. Quelle image donnerait notre pays si sa politique commerciale étrangère était régulièrement instrumentalisée par des querelles partisanes? La fiabilité et la rigueur helvétique, ces marques de fabrique de pays, en ressortiront écornée.

Nos entreprises gagnent un franc sur deux à l'étranger. Dans l'industrie, près de 50% des employés travaillent dans des entreprises exportatrices. Nous sommes le 3e partenaire commercial de l'Union européenne, après les Etats-Unis et la Chine. Une telle position économique – enviée loin à la ronde - implique la plus grande responsabilité. Et des institutions qui fonctionnent.

Pourquoi devrions-nous prendre le risque de troquer un système qui a fait ses preuves pour un déluge de votations inutiles? Ce ne sont pas moins de sept à dix objets supplémentaires qui sont programmés chaque année, si l'initiative passe! L'indigestion est programmée. Ce sont au bout du compte tous les citoyens qui en feront les frais si la Suisse perdait en compétitivité. Cette initiative doit repoussée!