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20/04/2016

Permission de 20 heures pour les magasins!

Le tabou sur les horaires d'ouverture des magasins est en train de tomber, et c'est une bonne chose. Dimanche, le patron de Migros a demandé une libéralisation au niveau suisse. Son idée? Abroger la loi sur l'ouverture des commerces et n'appliquer que la loi sur le travail, qui permettrait aux commerçants d'ouvrir de 6 heures à 23 heures, à l'exception du dimanche. Faut-il aller si loin? Pas forcément, mais ne rien changer n'est plus tenable!

D'un côté, les gares des grandes villes sont devenues des centres commerciaux ouverts 365 jours par an, jusqu'à 21 heures au minimum la semaine. Dans les zones touristiques, les magasins ouvrent le dimanche, et ne désemplissent pas. Six Suisses sur dix achètent désormais sur Internet: ils ont dépensé plus de 9 milliards de francs l'an dernier via leur smartphone ou leur PC. Le tourisme d'achat a représenté plus de 12 milliards de francs l'an dernier, le double d'il y a cinq ans… dix fois plus qu'au début des années 2000!

De l'autre, les commerces "traditionnels" sont soumis à des horaires qui varient de canton en canton, et de commune en commune pour ce qui concerne les nocturnes ou les horaires du samedi, dans le canton de Vaud. La concurrence est faussée: les commerces doivent fermer leurs portes au moment où de nombreux clients – toujours plus nombreux, les habitudes changent – souhaitent faire leurs courses ou acheter habits, chaussures, livres, appareils électroniques. Le cadre extrêmement rigide appliqué aux commerces "physiques" pousse les consommateurs à aller sur Internet ou à traverser la frontière.

Répondre aux besoins de la clientèle

Permettre aux commerces d'ouvrir plus tard ne résoudrait bien sûr pas tout. Les opposants à la libéralisation, syndicats en tête, argumentent souvent en mettant en avant que le gâteau n'est pas extensible et que ce qui est dépensé une fois ne peut pas l'être une deuxième fois. Exact! Le consommateur qui achète ses chaussures sur Internet parce que sa boutique lausannoise préférée n'ouvre pas le soir n'en achètera probablement pas une autre paire le lendemain. L'affaire est perdue. L'achat a peut-être été fait à l'étranger. Qu'y gagnent les employés suisses? Le patron de Navyboot, Philippe Gaydoul, ancien directeur de Denner, estime que chaque milliard de francs supplémentaire de tourisme d'achat représente 2000 emplois en moins!

On sait que beaucoup d'achats se font sur un acte impulsif: on voit un objet, un produit, il plaît, on le veut tout de suite… Encore faut-il pouvoir aller se balader dans les magasins. Le franc fort pousse déjà de nombreux Suisses à faire leurs emplettes à l'étranger. Peut-on encore se payer le luxe d'avoir des horaires d'ouverture aussi stricts? Empêcher nos commerçants de gagner leur vie n'est pas responsable: les entreprises doivent s'adapter à leur clientèle! Les commerçants doivent avoir la plus grande marge de manœuvre possible pour créer des événements, être originaux afin d'attirer le chaland et faire la différence avec Internet. Mais pour cela, il faut de la souplesse.

Le Conseil des Etats doit se prononcer en juin sur un projet d'assouplissement de l'horaire d'ouverture des magasins, à 20 heures dans toute la Suisse. C'est un bon compromis. Contrairement à ce que disent les syndicats, ce serait au bénéfice des employés. Car pour avoir un emploi, il faut des clients. Et ceux-ci ne se laissent plus dicter le moment où ils veulent acheter.

11/11/2015

Franc fort: les entreprises s’adaptent… reste à restaurer la sécurité du droit

L’année 2015 restera gravée comme un exercice difficile pour les entreprises vaudoises. Presque 60% des sociétés industrielles membres de la CVCI – une sur deux dans les services - ont dû adapter leurs prix à la baisse, en raison de la force du franc. Cette mesure a souvent été accompagnée d’une réorientation des achats. Et aussi, malheureusement, de suppressions d’emplois pour un quart des entreprises industrielles et un cinquième dans les services.

La bonne nouvelle, c’est que personne ne semble avoir baissé les bras: 46% des sociétés de services qui ont répondu à l’enquête conjoncturelle d’automne de la Chambre vaudoise du commerce et de l’industrie (CVCI) assurent avoir réagi en prospectant de nouveaux clients et de nouveaux marchés. Cette proportion dépasse un tiers dans l’industrie. Quant aux prévisions en matière d’investissement, elles sont pour la première fois à la hausse depuis cinq ans!

L’enquête fait ressortir que les entreprises vaudoises ont finalement mieux traversé le séisme provoqué par l’abandon du cours plancher du franc face à l’euro que ce qu’elles redoutaient au printemps dernier. Leur excellente faculté d’adaptation n’est sans doute pas étrangère à cette résistance. Mais le bon fonctionnement du partenariat social, qui a notamment permis à de nombreuses sociétés de négocier avec leurs employés des horaires allongés, a également joué un rôle primordial. Il n’y a pas une seule et bonne solution lorsque l’environnement économique vacille; toutes les mesures permettant d’améliorer la rentabilité, et donc d’assurer les meilleures chances de maintien des emplois, sont les bienvenues.

Cette flexibilité restera essentielle ces prochains mois, car près d’une société industrielle sur deux et d’une entreprise de service sur trois estiment que la marche des affaires restera mauvaise à médiocre au-delà du premier trimestre 2016. Une petite minorité seulement (un cinquième dans les services et 13% dans l’industrie) juge la situation positive.

Agir de manière ciblée

Il est possible d’enrayer la baisse des affaires et d’éviter l’engrenage des délocalisations. Pour ce faire, il faudra continuer d’agir par le biais de mesures ciblées. Le recours au partenariat social, avec des mesures temporaires, restera essentiel. Les entreprises ont également tout intérêt à miser sur l’innovation. La Suisse doit sa richesse à son positionnement sur des secteurs de niche – le canton de Vaud n’est pas en reste - et cela sera encore plus vrai demain qu’aujourd’hui. Dans cette optique, les entreprises ne doivent pas hésiter, par exemple, à recourir aux soutiens de la Commission pour la technologie et l’innovation (CTI).

Mais cela ne suffira pas. Les élections sont maintenant passées et le Conseil fédéral ainsi que les Chambres doivent prendre en mains les dossiers essentiels pour l’économie. Je parle évidemment là de la troisième réforme de l’imposition des entreprises (RIE III) et de l’avenir des bilatérales. Il s’agit de restaurer la sécurité du droit, à long terme. C’est là la base de notre succès!

02/09/2015

L’industrie tient bon, il faut maintenant desserrer le carcan

La Suisse a donc évité la récession que tout le monde craignait suite à l'abandon, par la Banque nationale (BNS), du cours plancher du franc face à l'euro. C'est une bonne nouvelle, qui révèle surtout la capacité de réaction et de résistance de notre industrie. C'est une surprise en soi. Mais les chiffres publiés la semaine dernière font ressortir d'autres éléments étonnants: les importations ont baissé (de 3,6% au 2e trimestre!)… alors qu'un euro moins cher les rend pourtant plus avantageuses. Quant aux ménages, ils ont limité leurs dépenses, notamment dans les restaurants, malgré une hausse de leur pouvoir d'achat.

La retenue des consommateurs suisses, dont les dépenses ne se sont accrues que de 0,3% au 2e trimestre, s'explique probablement par des motifs psychologiques. A priori, tout plaide pour une hausse de la consommation: le franc fort a entraîné des baisses de prix dans tous les secteurs (des habits aux voitures en passant par les vacances); le prix des carburants a baissé de plus de 15% en un an; pour la majorité des habitants, les charges hypothécaires et les loyers n'ont pas augmenté (quand ils n'ont pas baissé). Et pourtant l'humeur n'a pas été à consommer…

La bonne résistance de notre économie les rendra peut-être plus optimistes. Les raisons de rester confiant dépassent d'ailleurs les simples chiffres du PIB. Les entreprises exportatrices ont montré qu'en collaboration avec leurs employés, elles peuvent trouver des solutions pour rester compétitives. Cela passe dans certains cas par une hausse du temps de travail. Mais les adaptations se font beaucoup plus souvent par une réorganisation des achats de fournitures, par des couvertures de change, par des innovations.

Tout n'est pas réglé, ni gagné, bien sûr. Si l'industrie suisse est globalement parvenue à augmenter sa création de valeur, les chiffres d'affaires nominaux ont baissé, souligne le directeur du centre de recherche conjoncturelle KOF de l'EPFZ. A terme, cette situation risque d'être négative pour l'emploi.

Moins de bureaucratie

Que faire? La balle est dans le camp du politique, qui doit prendre le relais. Et supprimer les tracasseries bureaucratiques, encore beaucoup trop nombreuses en Suisse. Il est possible de faciliter et d'améliorer les échanges avec l'administration: le fisc, les services de l'environnement et de l'aménagement du territoire en particulier. Il est possible d'éviter de créer de nouvelles règles. Il est possible d'éviter de nouvelles taxes inutiles (par exemple sur l'énergie).

Il y a un bémol, il faut le reconnaître. Il tient – principalement - dans les incertitudes liées à la future mise en œuvre de l'initiative "contre l'immigration de masse" ainsi que dans la troisième réforme de la fiscalité des entreprises. Le canton de Vaud a bien avancé dans ce dernier dossier et redonne ainsi de la visibilité aux entrepreneurs, mais il s'agit maintenant de le concrétiser (dans le canton, puis au niveau fédéral). Quant à la question de libre-circulation, on espère que la Suisse parvienne avec l'Union européenne à une solution qui préserve les accords bilatéraux. Nous avons tous intérêt à préserver notre prospérité.