17/08/2011

Finances vaudoises: l'excès de prudence ne doit pas déboucher sur une absence de vision

Vaud n'en finit décidément pas de surprendre par sa bonne santé financière. On savait depuis début juillet que le canton avait mis de côté beaucoup trop d'argent pour faire face aux futures exigences de la péréquation fédérale. Mais ce n'était qu'un pâle avant-goût. Le quotidien "24 Heures" nous démontre dans son édition du 16 août que la dette cantonale, inscrite à 1,9 milliard dans les comptes 2010, est en fait quasi nulle. Tout simplement parce que l'Etat dispose de 1,55 milliard de francs de liquidités qui n'ont pas été soustraites à cette somme.

 

Allons un peu plus loin… Vaud dispose en fait d'une fortune nette, car ce reliquat de dette de quelque 400 millions de francs pourrait être effacé du jour au lendemain si l'Etat choisissait de vendre une partie de ses actions détenues dans la Banque Cantonale Vaudoise (BCV). Actionnaire à hauteur de 66,95%, il peut en effet ramener cette participation à 50,12% quand bon lui semble. Et ce paquet de titres "vendable" vaut 650 millions de francs au cours actuel.

 

Vous noterez au passage – l'anecdote vaut une parenthèse - que l'Etat ne valorise ces titres qu'à 170,6 millions de francs en s'appuyant sur une méthode comptable basée sur un "prix de revient" de 145,92 francs l'action (contre un cours actuel d'environ 450 francs). Cette somme fictive, qu'aucune entreprise cotée ne comptabiliserait de la sorte, représente par ailleurs la valorisation totale du portefeuille d'actions BCV reconnue par l'Etat… et ce, alors que la capitalisation boursière actuelle de l'établissement est de 3,8 milliards. Justification du gouvernement: ce qui ne peut être vendu ne vaut rien (!?)

 

Stop! Il y a pour le moins excès de prudence. Il n'est pas nécessaire d'attendre d'autres révélations de la presse, qui pourrait par exemple s'apercevoir que les 3400 actions détenues dans la BNS sont valorisées à 850`000 francs alors qu'elles valent 3,5 millions au cours du jour. Sans parler de l'évaluation de la valeur de Romande Energie… Quelle leçon en tirer? Tout simplement que les finances vaudoises ne justifient en aucun cas le maintien des impôts à leur haut niveau actuel. Car le fisc n'a pas seulement la main lourde envers la classe moyenne, il grève aussi plus pesamment qu'ailleurs en Suisse les bénéfices des entreprises, comme le montre une étude publiée en juin par la Chambre vaudoise du commerce et de l'industrie (CVCI). L'impôt sur les profits des sociétés s'est envolé de 250% entre 1997 et 2010!

 

Le moment est venu de lâcher un peu la bride. L'occasion est même idéale. L'économie ralentit en raison d'un tassement de la demande internationale. Le franc fort pénalise les exportateurs. A écouter les experts, la crise de la dette pourrait connaître de méchants accès de fièvre cet automne et probablement plus tard. Moins d'impôt sur les bénéfices favorisera les investissements au meilleur moment. Vaud est dans une situation privilégiée pour mener une politique anti-cyclique. Il faut saisir sa chance rapidement!