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20/07/2016

La Suisse vieillit, l'apprentissage en souffre déjà

L'évolution du nombre d'apprentis en Suisse prouve, s'il le fallait encore, que notre pays n'a pas d'autre choix que de rester ouvert aux travailleurs étrangers. Le dernier recensement mené par Berne, au printemps dernier, montrait que 13'000 places n'avaient pas trouvé preneurs, contre seulement 8000 en 2015. Principale raison: le nombre de jeunes confrontés au choix d'une profession diminue d'année en année (-7000 par rapport à 2015).

Ce sont les branches de l'architecture et de la construction, des professions techniques, des industries de transformation et de la vente qui n'arrivent pas à recruter autant d'apprentis qu'elles le souhaitent. Avis aux amateurs! Plusieurs enquêtes montrent que les jeunes détenteurs d'un CFC sont excellemment positionnés pour éviter le chômage. L'expérience, pratique, en entreprise, suscite d'ailleurs de l'intérêt du Pérou aux Etats-Unis en passant par la Chine. Elle est tenue, à raison, pour une des explications du succès de notre économie.

S'il connaît un grand succès en Suisse alémanique, on sait que l'apprentissage est moins prisé dans le bassin lémanique, où les jeunes privilégient plus volontiers les études gymnasiales. Les raisons demeurent peu claires… elles tiennent sans doute à l'éducation, mais aussi à notre système d'orientation ainsi qu'à l'influence de la France. Ce qui est sûr, en revanche, c'est que la fréquentation du gymnase ne garantit ni accès facilité à l'emploi, ni poste plus intéressant, ni salaire supérieur. On ne peut donc que souhaiter que davantage de jeunes suivent la voie de l'apprentissage.

Cela dit, les statistiques montrent que même si la répartition entre étudiants et apprentis se modifiait quelque peu, le problème de la pénurie de main-d'œuvre qui menace à terme demeurerait entier. Les entreprises se heurtent à la baisse du nombre de jeunes en fin de scolarité. Sans apport de personnel étranger, elles n'arriveront pas à repourvoir tous les postes libérés par les baby-boomers qui prennent leur retraite. Sans compter que ceux-ci seront eux-mêmes consommateurs de nouveaux services et de soins (santé).

Lors du débat à venir, cet automne, sur les modalités d'application de l'initiative "contre l'immigration de masse", les parlementaires doivent tenir compte de ces faits et chiffres. Il ne s'agit d'ailleurs pas que de remplacer des employés qui partent à la retraite: bon nombre d'entreprises sont en croissance et embauchent encore, comme Ferring (voir le blog de la semaine dernière). Les intérêts de l'économie doivent primer, car ils correspondent aux intérêts de tous les habitants de ce pays: maintenir un pays dynamique et prospère.

18/11/2015

Intégrer par la formation, quelle meilleure méthode?

La formation des jeunes doit être une priorité. En matière d'insertion professionnelle, nous avons tous la responsabilité, école et entreprises confondues, de nous fixer un objectif aussi élevé que possible: ne laisser personne en marge à la sortie de l'école obligatoire. A l'heure où la France est sous le choc de terribles attaques terroristes, on voit que l'intégration constitue plus que jamais l'un des axes à privilégier pour éviter les dérives. Cela ne résout bien sûr pas tout, loin de là, mais c'est fondamental.

Il n'est pas évident de faire un choix professionnel vers 15 ou 16 ans. Continuer les études? Choisir une profession parmi les 180 proposées par les entreprises et le secteur public vaudois? Un certain nombre de jeunes, un sur quatre environ dans le canton, optent d'ailleurs pour une année de transition (organisée par l'Organisme pour le perfectionnement scolaire, la transition et l'insertion professionnelle - OPTI ).

Quelques centaines de jeunes restent malheureusement chaque année sans solution immédiate. Au niveau national, on estime que sur les 80'000 jeunes qui terminent leur scolarité, 10% ont des difficultés à trouver une place d'apprentissage. Et ce alors que toutes les places proposées ne sont pas pourvues depuis maintenant plusieurs années. Le profil des jeunes recherchés par les employeurs ne correspond pas aux candidats apprentis qui envoient leur dossier et/ou les candidats ne postulent pas en nombre suffisant pour certaines places (vente, construction, restauration…). L'économie s'engage en permanence pour suggérer des solutions et appuyer celles qui sont proposées.

Parmi les structures existantes, on peut mettre en avant LIFT, le programme de préparation des jeunes à la transition. Association neutre qui rassemble des entreprises privées, LIFT permet aux jeunes qui sont les moins à l'aise à l'école de se familiariser avec le monde professionnel, de se préparer à un métier et de pouvoir le choisir en connaissance de cause, dans le courant de leur dernière année obligatoire. Cela réduit ensuite aussi les abandons en cours d'apprentissage… Il y a ensuite des structures qui permettent de venir en aide aux apprentis en difficultés, comme le Groupement pour l'apprentissage (GPA). La Chambre vaudoise du commerce et de l'industrie (CVCI) s'implique dans les deux projets.

Le désœuvrement des jeunes est l'un des pires fléaux de nos sociétés. En France, près d'un quart des moins de 25 ans sont sans emplois. Ce taux grimpe à 50% en Grèce ou en Espagne. Quels que soient les filets sociaux en place, l'absence de perspectives ne peut que déboucher sur des problèmes, dont la radicalisation de certains jeunes. Rien ne remplace un emploi ainsi que l’autonomie, personnelle et financière. La Suisse a la chance d'avoir une très bonne expérience dans le domaine de la formation, mais les statistiques montrent que nous pouvons encore nous améliorer. Par exemple en revalorisant encore plus l’apprentissage.

29/04/2015

Apprentissage: démolir est plus facile que construire

Salaire minimum, contrôles à tout va, vacances de 7 semaines, emploi garanti à la fin de la formation… les recettes de la Jeunesse socialiste suisse (JS) présentées lundi pour «agir en faveur de la formation professionnelle» sont consternantes. Le partenariat social? Inconnu au bataillon. Le fait que le peuple ait rejeté massivement le salaire minimum et les vacances de 6 semaines? Pas vu! Il faut pourtant revaloriser l’apprentissage, pas l’assommer. Or c’est justement ce que fait la JS.

«Les jeunes qui sont assez chanceux pour trouver un apprentissage sont souvent touchés par l’exploitation et de mauvaises conditions de travail», a assuré le président de la JS.  Non, j’ai vérifié, il ne parlait pas du 19e siècle de Dickens… «Même en Suisse, le chômage des jeunes est nettement plus élevé que la moyenne de la population active. Près de 8% des jeunes entre 15 et 24 ans sont sans emploi», a-t-il encore affirmé.

Et bien regardons les statistiques… Les chiffres du Secrétariat d’Etat à l’économie concernant le chômage de mars, publiés le 10 avril, indiquent un taux de chômage de 3,2% pour les 15-24 ans, en baisse de 0,2 points (-840 personnes) par rapport à février. Le taux de chômage total était… de 3,3%. Sur l’ensemble de 2014, le taux de chômage des 15-24 ans était de 3,2%. La JS tient-elle une statistique alternative?

Le vice-président du parti n’a pas été en reste: «à ce jour, les abus et les problèmes rencontrés dans l’apprentissage ont été négligés de manière criminelle par les politiques». Oui vous avez bien lu: «criminelle». Heureusement, tout ce qui excessif est insignifiant…

Le mieux est l'ennemi du bien

Mon propos n’est pas de dire qu’on ne peut rien améliorer dans l’apprentissage. On peut toujours mieux former, davantage mettre en avant les compétences et l’expérience des jeunes. La formation des formateurs eux-mêmes peut toujours être enrichie. Des contrôles sont nécessaires. Et les abus, il y en a inévitablement dans tous les domaines de l’activité humaine, doivent être sanctionnés, c’est une évidence. Mais le cadre légal actuel est suffisant sur ce dernier point.

La manière d’aborder la question par la JS est anachronique. L’apprentissage est une excellente formation qui donne un accès facilité à l’emploi, comparé aux détenteurs de diplômes universitaires. Obliger les entreprises à garder tous les apprentis qu’elles forment reviendrait à diminuer très rapidement le nombre de places disponibles, car les effectifs ne sont pas extensibles à l’infini dans toutes les branches et dans toutes les sociétés. Certaines entreprises ont une vocation  plus formatrice que d’autres… nous vivons dans un microcosme qui s’équilibre au mieux année après année. On peut toujours améliorer certaines choses, je e répète, mais les propositions de la JS sont le meilleur moyen de tout casser.

Le partenariat social doit primer

Idem pour les salaires. Avec des salaires minimum trop élevés, certaines entreprises renonceraient à former des apprentis, ou en embaucheraient moins. D’autres chercheraient à économiser en diminuant le suivi et la formation. Je vois déjà le contre-argument de la JS: il faut réglementer cela, surveiller et punir. Avec de nouvelles armadas de gendarmes de l’apprentissage? Veut-on un système policier dans les entreprises?

Le partenariat social, basé sur la confiance et le respect mutuel, vaut pour tous les actifs, apprentis compris. Ces trois dernières années, le peuple suisse s’est prononcé à de nombreuses reprises sur des réglementations touchant le monde du travail, et les résultats des votations ont été sans appel. Les excès règlementaires ne plaisent pas. Parce qu’ils conduisent à une momification du monde du travail. La France, où sévit justement le chômage des jeunes, réfléchit d’ailleurs à des réformes qui tendent… à imiter le modèle suisse en matière d’apprentissage.