17/06/2015

Economie verte: à trop tirer sur la corde…

Les doutes des entreprises sur l’urgence d’adopter des dispositions plus contraignantes en Suisse en matière d’environnement sont-ils infondés? Peut-on faire comme si de rien n’était, comme si 30'000 emplois n’étaient pas menacés dans notre pays au cours des six prochains mois, en raison de la cherté du franc? Comme si le PIB n’était pas  en recul depuis le début de l’année, pour la première fois depuis la crise de 2009. Comme si la conjoncture internationale ne restait pas inquiétante.

Le contre-projet à l’initiative populaire dite «économie verte», en débat cette semaine au Conseil National, tombe au plus mauvais moment. Il propose des mesures centralisatrices, donnant de nouvelles compétences à la Confédération pour imposer des contraintes supplémentaires de recyclage et de gestion des ressources. Tout cela alors que la Suisse est déjà systématiquement classée parmi les pays les plus efficients de la planète.

Cette course vers la perfection absolue doit aujourd’hui être mise en balance avec les impératifs immédiats: préserver notre capacité concurrentielle. Le maintien de notre compétitivité est le seul moyen qui nous permettra de nous maintenir aux premiers rangs des pays parmi lesquels les entreprises sont les plus respectueuses de l’environnement. A trop tirer sur la corde, on risquerait de la casser!

Les entreprises dépassent leurs objectifs

Les entreprises suisses s’engagent déjà résolument en matière d’économies d’énergie et de diminution de la pollution. Au cours des dix dernières années, les 3300 entreprises suivies par l’Agence de l’énergie pour l’économie (AEnEC), qui les encadre dans leurs programmes d’économies d’énergie, ont ainsi dépassé de plus de 10% leurs objectifs de réduction d’émissions de CO2 (souvent fixés entre 15 et 20%). L’AEnEC compte par ailleurs chaque année plus d’entreprises se ralliant à ses programmes.

En Suisse romande, le canton de Vaud vient de se doter d’une nouvelle loi visant à accompagner les grands consommateurs d’énergie. Les 650 plus importants devront tous passer des audits et entreprendre des mesures d’assainissements au cours des prochaines années, sous la supervision de l’administration cantonale. Des économies d’énergie de l’ordre de 20% sont d’ores et déjà projetées pour la plupart d’entre eux…

Une question de tempo

Face à ces chiffres, on ne peut que constater que la conseillère nationale verte Adèle Thorens exagère en déclarant dans Le Matin Dimanche que l’économie «manque de crédibilité et de sérieux». Tout prouve le contraire. Les entreprises ont intérêt à mieux gérer leurs ressources et à économiser l’énergie. Car l’opération est bénéficiaire. Mais tout est question de rythme. Il faut fixer des retours sur investissements qui soient viables, des mesures qui soient ciblées et qui tiennent compte de la capacité financière des entreprises. Pourquoi devrions-nous traiter les entreprises différemment des personnes, à qui il ne viendrait même pas à l'idée d'imposer des exigences intenables?

Une gestion centralisée, telle que proposée dans le contre-projet à l’initiative «économie verte», serait dangereuse. On pourrait peut-être continuer à viser la lune, si l’économie flambait. Mais il suffit d’interroger quelques dirigeants de PME pour se rendre compte que c’est bien loin d’être le cas. La prudence s’impose. La Suisse se doit d’étudier et d’observer sereinement la situation avant de se fixer de nouvelles contraintes (y compris en matière de taxation des énergies, comme le prévoit le 2e volet de la Stratégie énergétique 2050). Aucun autre pays ne s’impose de tels obstacles dans les circonstances actuelles!

03/01/2013

Gaz ou mazout pour se chauffer: pourquoi discriminer?

Vous connaissez l'expression: "c'est l'arbre qui cache la forêt". Elle s'applique parfaitement à la révision de la loi vaudoise sur l'énergie (LVLEne), au menu du Grand Conseil d'ici peu. A son propos, on a jusqu'ici presque exclusivement entendu parler de l'interdiction des chauffages électriques. Mais vous pouvez lire tous les comptes-rendus que vous voulez: vous ne trouverez pas un mot sur les chaudières à mazout.

Et pourtant! Le Conseil d'Etat propose d'augmenter drastiquement les exigences techniques pour tout agrandissement de bâtiments chauffés au mazout (et tous les bâtiments neufs recourant à ce combustible par la même occasion). Prenons un cas pratique: si vous ajoutez une pièce à votre maison, votre chaudière ne pourra plus couvrir que 60% des besoins en chaleur, les 40% restants devant provenir de renouvelable ou d'une sur-isolation. Renseignement pris auprès de spécialistes: cette disposition disqualifie tout bonnement le mazout. Et obligera les propriétaires qui agrandissent à changer tout leur système de chauffage!

Le gaz n'est en revanche pas soumis à cette exigence aussi draconienne qu'incongrue. Tant mieux, on ne peut que s'en féliciter. Les propriétaires qui ont misé sur ce type d'installation pourront en effet assurer jusqu'à 80% des besoins en chaleur avec cette énergie. Une norme déjà techniquement en vigueur (mais non inscrite dans la loi), pour le gaz comme pour le pétrole.

Cela dit, les deux énergies ne sont-elles pas fossiles? La discrimination introduite dans la loi fait peu de cas des progrès technologiques réalisés dans le domaine du chauffage au mazout. Saviez-vous qu'il suffit de 4 litres de pétrole par an pour chauffer un mètre carré dans un bâtiment neuf, contre 20 dans un immeuble ancien? Quel est le bilan écologique d'un remplacement par une pompe à chaleur, alimentée en électricité, dont on veut parallèlement diminuer la consommation? Un logement sur deux étant chauffé au mazout dans le canton de Vaud, le dogmatisme anti-pétrole de la révision de la LVLEne va toucher beaucoup de monde.

Le traitement différencié du mazout et du gaz n'a pas lieu d'être, et même d'autant moins lieu d'être qu'aucun canton n'impose légalement une telle règle. On notera enfin que cette disposition n'a pas été soumise à consultation, mais introduite après coup dans la révision de la LVLEne!

Le Grand Conseil peut heureusement corriger la situation. Il doit le faire! 

25/04/2012

Pour une politique énergétique viable

Les conséquences économiques de la nouvelle stratégie énergétique de la Suisse seront-elles aussi "limitées" que la conseillère fédérale Doris Leuthard le prétend? Et comment peut-elle en être aussi sûre?

Le "premier paquet de mesures" présenté la semaine dernière par notre ministre de l'énergie ne donne aucune projection concrète de hausse du prix de l'électricité. 20%,30%, 40%, 100%?  Plus encore? Et à quelle échéance? Dans quel sens va exactement la réforme fiscale écologique? Très concrètement, de combien sera la taxe qui frappera la consommation d'électricité?  Vous admettrez que ce type d'information est des plus cruciales pour les boulangers ou les fabricants de machines, pour citer deux exemples de gros consommateurs de courant. Comment peut-on assurer que les conséquences économiques seront "limitées" sans avancer aucun chiffre sur ces points vitaux pour l'économie?

La seule chose qui est sûre, c'est que le prix du courant va augmenter. Et que parallèlement l'îlot de cherté suisse n'a que très peu de chances de disparaître: les salaires et les loyers ne vont pas baisser; le franc devrait rester fort un bon moment encore. Résultat: la nouvelle stratégie énergétique péjorera à coup sûr la compétitivité de nos entreprises. Restructurations et délocalisations seront inévitables. Vu sous cet angle, le coût global de 30 milliards pour la sortie du nucléaire (sans compter la rénovation et le développement du réseau) avancé par le Conseil fédéral est sans aucun doute une vue de l'esprit.

Plus d'un an après sa décision de renoncer progressivement au nucléaire, le Conseil fédéral joue la montre. Doris Leuthard reconnaît que les nouvelles énergies renouvelables et les économies d'énergie ne suffiront pas pour compenser la perte de 40% de notre approvisionnement électrique d'ici à 20 ans. Mais elle n'en tire pas les conséquences. Plutôt que d'agender la construction de 5 ou 6 centrales à gaz, elle préfère y aller au compte-goutte. D'abord une centrale, puis… on verra vers 2020… D'un autre côté, elle surévalue totalement le potentiel dans l'hydraulique (de l'avis de Pro Natura et du WWF eux-mêmes). Cette stratégie nous mettra à coup sûr à la merci des importations et donc des soubresauts des prix du marché…

L'abandon du nucléaire du jour au lendemain est possible, l'Allemagne l'a prouvé. Mais la vérité est qu'elle a remplacé l'uranium par le charbon. La Suisse souhaite éviter d'émettre davantage de CO2  et se donne 20 ans pour y parvenir. Le hic, c'est que toutes les études démontrent que c'est insuffisant pour que le renouvelable prenne totalement le relais d'ici-là.  Le Conseil fédéral doit le reconnaître et présenter une stratégie énergétique responsable et économiquement soutenable! L'ébauche présentée la semaine dernière en est loin.