21/03/2012

Un congé paternité? Il y a d'autres priorités!

Le Grand Conseil a fait le bon choix en refusant d'accorder un congé paternité de 20 jours aux employés de l'Etat de Vaud. En repoussant hier une motion socialiste allant dans ce sens, les députés étaient invités à calquer la pratique cantonale en la matière sur celles des villes de Lausanne et Renens. Exceptions suisses, ces deux cités accordent déjà quatre semaines aux jeunes pères.

Certains s'étonneront que l'on puisse être opposé à une idée aussi sympathique de prime abord. La vraie question à se poser n'est toutefois pas de savoir si les enseignants, contrôleurs fiscaux ou employés de l'administration doivent pouvoir passer plus de temps avec leurs petits enfants. Non, la vraie question est celle de savoir si nous avons vraiment les moyens d'étendre sans cesse les avantages sociaux du personnel du secteur public? On notera au passage que la Confédération n'accorde que 5 jours de congé paternité à la fonction publique (comme Vaud actuellement) et Genève 10 jours. Au niveau suisse, seule la moitié des employeurs publics accordent entre 5 et 10 jours. Les autres s'en tiennent généralement à 1, 2 ou 3 jours de congés payés lors de la naissance d'un enfant.

En allant au-delà, on créerait une inégalité de traitement flagrante. On ferait payer à l'ensemble des contribuables une prestation qui n'est accessible qu'à une minorité d'entre eux. Il faut en effet savoir que la grande majorité des salariés – ceux travaillant dans le privé - n'ont majoritairement droit qu'à un ou deux jours de congé paternité. Que l'Etat soit un employeur modèle est bien sûr défendable, mais attention aux excès de zèle!

D'autant plus qu'il y a d'autres priorités, pour le personnel de l'Etat de Vaud. Sa caisse de pension, par exemple. Déstabilisée par la crise de 2008, cette institution dotée d'une fortune de 7,4 milliards de francs (chiffres 2010) ne s'est pas remise du choc. Son taux de couverture – soit la somme à disposition pour faire face à la totalité de ses engagements - atteignait à peine les 65% en 2010, contre 76% quatre ans plus tôt. Nul besoin d'être grand clerc pour en déduire qu'elle nécessitera l'injection de centaines de millions de francs de fonds publics.

Vaud n'y a coupera pas: la Confédération donne quatre décennies aux caisses de pensions publiques pour atteindre les 80% de taux de couverture. On peut bien entendu se dire qu'on a le temps, ne rien faire (et compter sur un très hypothétique joker boursier), et en plus créer de nouvelles assurances sociales comme le congé paternité. Soyons honnêtes: ce n'est pas une solution. Cela revient à rejeter le fardeau sur les générations futures. Des générations futures qui auront en plus à gérer une proportion de retraités rapportée au nombre d'actifs supérieure à celle que l'on connaît aujourd'hui. Ce serait irresponsable.

Au passage et pour conclure sur la motion socialiste rejetée hier, j'espère que les pères consacrent, et consacreront, toute l'année du temps à leurs enfants. C'est cela qui importe et un congé paternité n'y changerait rien!

11/03/2011

Un congé paternité de 20 jours pour les fonctionnaires de l’Etat de Vaud : un nouveau privilège ?

Mardi dernier, une motion socialiste demandant l'instauration d'un congé paternité de vingt jours pour les fonctionnaires a été déposée au grand conseil. Une vieille marotte de la gauche qui revient à intervalle régulier. En effet, un projet identique a déjà été refusé par le Grand Conseil en 2007. Outre son aspect électoraliste, ce projet vise notamment à « faire de l’État un employeur attrayant », « à renforcer le lien père-enfant » et « l’égalité homme-femme ».

 

Les collaborateurs de l'Etat ont actuellement droit à cinq jours de congé paternité payé. C’est déjà plus du triple de la moyenne de l’économie privée qui est d’environ un jour et demi. On peut s’étonner que la gauche veuille encore rajouter une ligne aux sept pages A4 de congés possibles dans la fonction publique (résultats obtenus en imprimant le site de l’Etat). C’est déjà pas mal pour rendre un employeur attrayant !

 

L’argument de l’égalité  cède à la facilité. Que se passera-t-il à l'issue du congé paternité? Que deviendra l'implication du père au-delà du congé paternité? C'est la vraie question, mais cette question appartient à la sphère privée. Dans tous les cas, on constate que les congés pour prendre soin d'un enfant malade sont demandés par les mères et pratiquement jamais par les pères. L'engagement d'un père comme d'une mère dans l'éducation des enfants ne devrait pas se résumer à un congé de 20 jours pour se donner bonne conscience.

 

Quant à la question du financement, la motion ne s'en préoccupe pas. Et pour cause, il est plus facile à obtenir pour la fonction publique. Si un employeur privé veut offrir ce type de prestations à son personnel, lui et ses employés doivent gagner, par leurs activités, les montants nécessaires. Pas toujours évident vu la concurrence mondiale! Dans le cadre de ce projet, on met simplement une charge de plus sur le dos du contribuable qui n’a, dans la majorité des cas, pas le "privilège" de travailler à l’Etat !

 

Bien sûr, l’économie est favorable à une politique familiale conséquente. Les relations avec le père doivent être prises en compte dans l'éducation de l'enfant, j’en suis convaincue. Mais le congé paternité d'un mois n'est pas une réponse adéquate à cette préoccupation. La flexibilité dans les horaires de travail, des horaires scolaires harmonisés, des temps de vacances compatibles avec les temps de vacances scolaires sont de bien meilleures solutions sur la durée. Le congé paternité d'un mois ne résout pas la question éducative. Il a des coûts importants et ses résultats ne seront pas forcément conformes aux attentes. Abandonnons sans regret cette fausse bonne idée qui prendrait la forme d’un privilège injustifié et injustifiable pesant sur tous les contribuables vaudois.