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17/09/2014

Les quotas de femmes? A éviter, dans l’intérêt des femmes!

Le Conseil fédéral s’apprête à sortir l’artillerie lourde pour imposer des quotas de femmes dans les conseils d’administration des entreprises suisses: une révision du droit de la société anonyme. Les entreprises suisses cotées en bourse seraient obligées de compter 30% d’administratrices dans un délai de dix ans (contre environ 12% aujourd’hui), selon la NZZ am Sonntag. Réglementer, réglementer et encore réglementer… et tout sera tip-top en ordre! Quelle conception étriquée du monde de l’entreprise…

La manière de fonctionner, la composition et le rôle des conseils d’administration a considérablement évolué au cours des quinze dernières années. Des débâcles comme celles de Swissair sont passées par là. Les conseils d’administrations ne fonctionnent plus par cooptation. De simples chambres d’enregistrement des décisions de la direction, ils se sont transformés en véritables organes stratégiques, chargés de mettre les managers au défi de démontrer la justesse de chacune leurs décisions.

Cette évolution s’est accompagnée d’une sélection beaucoup plus pointue des administrateurs et administratrices. Il faut un équilibre de compétences, dans le domaine d’activité de l’entreprise concernée, mais aussi en marketing, en finances, en ressources humaines. Sans oublier un regard extérieur, capable de remettre en cause les choix d’experts qui courraient sinon le risque de perdre le contact avec la clientèle.

Et les femmes là-dedans? Elles sont actuellement encore largement sous-représentées, c’est un fait. Mais quelle bêtise nous ferions en obligeant ne serait-ce qu’une entreprise à se priver de la personne idéale à un moment donné, s’il devait s’avérer que cette personne est un homme, pour une simple raison réglementaire! Que les entreprises se fixent un objectif d’accroissement du nombre de femmes dans leur conseil d’administration (là où il en manque, ce n’est heureusement plus le cas partout) est plus que souhaitable, ce devrait être un réflexe. Il y a sans doute encore du travail à faire. Mais inscrire cela dans la loi est totalement excessif.

Les quotas desserviront la cause des femmes. Il arrivera immanquablement un moment où telle grande entreprise devra privilégier une femme malgré la candidature d’un homme qui répondrait mieux au profil requis pour tel poste d’administrateur. Ces «accidents» sont programmés. Les femmes élues sur quotas verront alors leur position fragilisée d’emblée.

Encore une fois, je partage à 100% le point de vue selon lequel il faut davantage de femmes dans les conseils d’administrations. Nous représentons 45% des personnes actives dans le pays et les entreprises se doivent de le refléter. Mais la voie légale est une solution de facilité, contraignante, et potentiellement pénalisante, à un moment ou un autre, pour les entreprises. Celles-ci sont aujourd’hui conscientes qu’une bonne gouvernance constitue le meilleur moyen de défendre leurs intérêts. Mais aussi ceux de leurs clients, de leur personnel et de leurs actionnaires. Les quotas obligatoires ne font que compliquer le jeu!

24/07/2013

Des quotas d'administratrices dans les entreprises? Ce n'est pas la bonne méthode

Les conseils d'administration des sociétés suisses ne comptent pas assez de femmes. Si ces dernières représentent en effet 45% des personnes actives dans notre pays, elles n'occupent que 12% des postes d'administrateur. La situation évolue, lentement, mais il reste indéniablement encore un énorme chemin à parcourir avant de parvenir à une situation équilibrée.

Cela étant, que faut-il faire? Les socialistes proposent, via deux initiatives parlementaires, d'imposer des quotas de 40% de femmes dans les conseils d'administration des sociétés en mains de la Confédération et des sociétés cotées. C'est la solution qu'a choisi la Norvège – premier pays au monde à le faire – dès 2003, suivie par un certain nombre d'autres pays européens. A ce stade, la commission du Conseil national en charge du dossier s'est prononcée contre cette idée. Mais les fronts sont très partagés.  

Pour clarifier les choses, je précise d'emblée qu'il est indispensable que les femmes soient mieux représentées à la tête des sociétés. L'imposition de quotas revient toutefois  à se dispenser de faire l'effort de promouvoir une véritable représentativité. Les entreprises risquent de choisir des femmes alibis, qui ne répondent pas forcément au profil requis pour occuper le poste, simplement pour se conformer aux exigences légales. La gestion des sociétés en ressortira affaiblie et les femmes n'y gagneront qu'une égalité de façade.

L'autre risque, c'est que les entreprises se tournent vers un tout petit nombre de femmes seulement, celles qui aujourd'hui répondent au profil d'administratrice. C'est en fait ce qui s'est passé en Norvège, où l'introduction trop rapide des quotas a eu pour effet d'engendrer une très forte hausse du cumul des mandats. Une septantaine d'administratrices s'y partagent plus de 300 sièges. La vitrine égalitaire scandinave est moins flamboyante vu sous cet angle: une petite minorité assure une belle apparence, avec les problèmes de conflits d'intérêt qui en découlent.

Pour une question aussi importante que celle de la représentativité des femmes dans les organes dirigeants de l'économie, viser un pourcentage – un seul chiffre magique qui réglerait tout – n'est pas la bonne réponse. Cette dernière doit venir des entreprises elles-mêmes, lesquelles ont d'ailleurs tout intérêt à davantage intégrer les femmes dans leur conseil d'administration et leur direction. Tout le monde convient en effet que les femmes apportent des analyses et des interrogations souvent différentes de celles des hommes. Quelle société a intérêt à se priver de cette plus-value?

Entre le "dire" et le "faire", il y a bien sûr encore du travail! Par la force des choses, il faut un certain temps pour que le nombre de femmes répondant au profil d'administratrices s'accroisse, car on accède généralement à ce type de postes après un parcours dans des fonctions dirigeantes. Vu que les femmes n'ont que récemment commencé à occuper ce type de postes, il est normal qu'il manque encore de candidatures féminines.

Mais ce constat n'empêche en rien une action volontariste de la part des entreprises! L'institut suisse des administrateurs (Isade), composé de représentants de l'économie, propose à ce titre des lignes de conduites aux sociétés soucieuses de prendre elles-mêmes leurs responsabilités: créer le débat à l'interne, se fixer des objectifs, donner la préférence aux femmes en cas de compétences équivalentes… N'oublions pas qu'une démarche intentionnelle est plus efficace qu'une obligation!

20/02/2013

L'initiative Minder et les leçons de l'affaire Daniel Vasella

"L'affaire Vasella" terminée, deux conclusions peuvent être tirées sur l'initiative Minder. Premièrement, le dénouement par renonciation à cette prime de 72 millions (sur six ans) liée à une clause de non concurrence prouve qu'il n'y a pas besoin de loi pour faire revenir en arrière les managers auxquels les sociétés accordent des rémunérations stratosphériques. Une vraie indignation générale suffit. Deuxièmement, le battage médiatique sur ce cas particulier montre une nouvelle fois qu'une petite poignée de patrons seulement sont visés par cette initiative. Et parmi eux, des managers (de Swissair, d'ABB) qui ne sont plus en fonction depuis plus de dix ans…  

Pour toucher, disons, 10 établissements, le missile Minder frappera de manière aveugle toutes les sociétés cotées en Suisse, soit quelque 250. Parmi elles figurent bon nombre de PME. Des petites et moyennes entreprises au sein desquelles les rémunérations n'ont jamais fait l'objet de la moindre contestation. Si l'initiative passe, elles devront pourtant se soumettre aux même règles drastiques (élection chaque année de chacun de leurs administrateurs, votation annuelle sur l'enveloppe des salaires) que les plus grandes multinationales. Toute flexibilité disparaîtra.

Encore une fois, le contre-projet permet une approche plus pragmatique, en laissant une marge de manoeuvre aux sociétés. Le contre-projet interdit aussi les parachutes dorés et permettra surtout la restitution de sommes indument perçues, un point que l'initiative ne prévoit pas. Il obligera les entreprises à définir de manière transparente quelle est la politique de rémunération de ses dirigeants (par le biais de règlements). Pour qui veut freiner la course à la surenchère des salaires des managers, le contre-projet sera beaucoup plus efficace que l'initiative, dont l'auteur n'a jamais caché que son but n'était pas de faire baisser les salaires mais uniquement de donner davantage de pouvoir aux actionnaires.

Qu'on retrouve systématiquement les pourfendeurs de la valeur actionnariale parmi les plus grands partisans de Minder est incompréhensible!

En politique comme dans la vie quotidienne, la colère, l'émotion, la rancœur ou la jalousie ne conduisent jamais aux meilleures décisions. L'initiative Minder ne fait pas exception. Elle est démesurée. Il est encore temps de choisir la voie de la raison, le contre-projet, qui entrera automatiquement en vigueur si l'initiative Minder est repoussée.