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12/12/2012

Les mauvaises recettes du Docteur Maurer

"Si vous trouvez toujours des travailleurs pour tous les postes, cela ne vous pousse pas à chercher d'autres solutions, à rationaliser, à vous montrer inventif et innovant." Cette petite phrase d'Ueli Maurer, dans une interview à "24 heures", fait froid dans le dos. A écouter notre président de la Confédération pour 2013, il faudrait organiser une pénurie de main-d'œuvre pour fortifier l'économie. Un bon jeûne ne fait que du bien à l'organisme, c'est bien connu, n'est-ce pas?

Trêve de plaisanterie, et surtout de simplisme! Voyons les choses concrètement: qu'apporterait un manque de main-d'œuvre dans la restauration? Des clients mal servis et donc une baisse de la fréquentation des établissements. A moins qu'Ueli Maurer ait découvert le moyen de servir le même nombre de tables aux heures de pointe avec moins de personnel. On est curieux d'entendre les solutions qu'il a à proposer à nos cafetiers. Sur quoi déboucherait un manque de personnel disponible dans le secteur de la santé? Des attentes plus longues pour être soigné, dans les hôpitaux, les cabinets médicaux. Davantage d'erreurs médicales… je pense qu'il est inutile d'argumenter davantage.

On a moins envie de rire lorsque l'on songe aux conséquences qu'aurait la politique de M. Maurer. Son affirmation, toujours dans "24 heures" (du 23 novembre), selon laquelle "sans limitation sur le marché du travail, le danger est grand que l'efficacité diminue" est une tromperie. En comparaison internationale, la Suisse ne s'est jamais portée aussi bien que depuis que la libre-circulation des personnes est en vigueur. Nous aurons l'occasion d'en débattre de manière plus approfondie l'an prochain, puisque la Suisse sera appelée à étendre la libre-circulation à la Croatie, qui devrait rejoindre l'Union européenne l'an prochain.

Contrairement à ce que dit le conseiller fédéral, des restrictions à l'embauche affecteraient des branches entières de notre économie. Pas seulement celles qui sont intensives en main-d'œuvre, comme les deux secteurs que j'ai cité précédemment. Dans l'industrie, les sociétés en phase d'expansion – parce qu'elles ont découvert de nouveaux produits ou prospecté de nouveaux marchés - seraient contraintes à délocaliser là où le personnel est abondant.

Nous sommes plus prospères que lorsque nous contingentions le marché du travail, c'est une réalité. L'économie de notre pays continue à croître alors que  la zone euro est en récession. Nos finances publiques sont saines. Nous sommes capables d'investir pour soutenir notre croissance. L'ouverture de notre pays à la main-d'œuvre européenne nous est grandement profitable. Nous serions bien fous de tout remettre en cause aujourd'hui!