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10/12/2014

Diminution des contingents de main-d’œuvre hors-UE: le mauvais symbole

L’information n’a pas fait les manchettes en Suisse romande, et l’Arc lémanique est pourtant directement concerné. La Confédération a décidé de diminuer de 2000 unités le nombre de permis de travail accordés aux travailleurs spécialisés issus de pays autres que l’Union européenne. De 8500 autorisations en 2014, on passera à 6500 l’année prochaine. Un geste symbolique (annoncé quelques jours avant le vote sur Ecopop), politiquement compréhensible, bien sûr, mais plus que discutable, et même dangereux, d’un point de vue économique.

L’Arc lémanique abrite de très nombreuses multinationales, suisses et étrangères, qui ont ici leur siège, mondial ou européen. Ces sociétés font venir du personnel du monde entier pour le former, pendant des périodes allant de quelques mois jusqu’à deux ans. Passer quelque temps par le «quartier général» du groupe fait partie du cursus indispensable des cadres des entreprises internationales... Mais les multinationales ne sont pas seules concernées. Les hautes écoles ont également besoin de pouvoir faire venir des chercheurs et professeurs de partout, sans se limiter à une zone géographique. 

Ces contingents destinés aux spécialistes extra-Européens sont donc extrêmement utiles. Les 8500 autorisations prévues pour cette année devraient être épuisées. Et l’on veut abaisser ce seuil… A terme, le maintien des sièges internationaux, des centres de formation et de R&D dépend pourtant en partie de ces contingents. On ne peut pas prétendre être leader en matière d’innovation  en limitant l’accès à notre pays aux cerveaux dont nous avons besoin. Des talents qui ne prennent aucun emploi aux Suisses, comme l’atteste le taux de chômage quais inexistant pour les postes occupés par ces travailleurs étrangers.

Les cantons ne sont pas favorables à cette mesure. Ils l’ont fait savoir à Berne. Les deux Bâles se sont personnellement inquiétés. Il n’est pas trop tard pour revenir en arrière. Ecopop a été rejeté par trois Suisses sur quatre. L’initiative du 9 février prévoit que notre pays dispose d’ici à 2017 de contingents qui répondent aux besoins de notre économie. Pourquoi faudrait-il pénaliser les hautes écoles, l’innovation et la formation dans les groupes internationaux, alors que le peuple suisse n’a jamais donné ce mandat aux autorités? La mise en balance de ce que rapporte le symbole d’un côté (tentative d’endiguer l’immigration) et les problèmes que posent ces contingents réduits de l’autre penche dangereusement du côté du second plateau.

26/11/2014

Avec Ecopop, les Suisses devraient travailler plus longtemps

Voter oui à Ecopop, c'est accepter de repousser l'âge de la retraite de plusieurs années. Les partisans de cette initiative qui demande de limiter l'immigration nette en Suisse à 0,2% par an ne le disent bien sûr jamais, mais cette évolution serait inévitable. Les baby-boomers arrivent désormais chaque année en masse à la retraite. Le phénomène ne va pas diminuer au cours des dix à quinze prochaines années, il va même s'intensifier vers 2025-30.

La pyramide des âges est implacable (voir son évolution sur le site l'OFS). Il s'agit, et ce dimanche de votation n'y changera rien, de remplacer les forces vives actuelles qui partent à la retraite, souvent de manière anticipée puisqu'un tiers des Suisses semblent cesser de travailler un an avant l'âge légal. Les initiants parlent de croissance débridée qu'il est absolument indispensable de limiter en stoppant l'immigration… Une grande partie de cette immigration s'explique pourtant par la seule nécessité de repourvoir les postes laissés vacants par les aînés.

Alors oui, au final, la première conséquence concrète d'Ecopop serait de travailler quelques années de plus. Sans cela, il ne serait pas possible de maintenir le niveau actuel de notre système de santé ou d'éducation. La pénurie de main-d'œuvre s'installerait rapidement. Grâce à cette hausse (à 68 ou 70 ans) de l'âge de la retraite, et à condition que les aînés jouent le jeu, nous parviendrions alors à appliquer Ecopop sans diminuer le niveau global des services de base. Pendant quelques années supplémentaires.

Mais après?

Et si le peuple suisse refusait d'augmenter l'âge de la retraite?

Immigration limitée, fin de partie pour la prolongation "aînés au travail"… ne restera que le recours aux femmes qui travaillent actuellement à temps partiel. Il y a juste un problème, la majorité d'entre elles ne semble pas intéressée à augmenter son temps de travail, selon une récente étude de l'Office fédéral de la statistique.

Les implications d'Ecopop seraient lourdes pour tous les Suisses. Limiter l'immigration nette à 16'000 personnes par an (un chiffre qui s'entend réfugiés compris, et cela alors que 21'000 personnes ont déposé une demande d'asile en 2013!) dans un pays qui devra remplacer une population vieillissante revient à condamner notre pays à régresser. La véritable question de cette votation est là. Voulons-nous mettre la marche arrière, travailler plus longtemps, avec moins de soins, davantage de chômage, moins de possibilité d'embauche et des écoles en manque de relève professorale? Non à Ecopop!

08/10/2014

L'industriel Hansjörg Wyss parle vrai

"Si la Suisse se retire dans un réduit scientifique et économique, nos enfants n'ont plus de chance". Ces propos de l'entrepreneur Hansjörg Wyss, la semaine dernière à la radio romande RTS, résument bien les enjeux de l'initiative Ecopop, dont la campagne en vue des votations du 30 novembre démarre ces jours. La question va au-delà du nombre d'immigrants que la Suisse est capable d'intégrer, elle nous force à nous demander quel avenir nous voulons.

Je ne peux que me réjouir que Hansjörg Wyss se lance à son tour dans le débat. A 79 ans, il a derrière lui une longue carrière de dirigeant au sein de la société Synthes, active dans les techniques médicales (implants, instruments chirurgicaux, etc), et rachetée par Johnson & Johnson il y a trois ans. Le fait qu'il sorte d'une certaine réserve – on l'a véritablement découvert en Suisse romande lorsqu'il a repris le site de Serono à Genève il y a deux ans, avec Ernesto Bertarelli - doit nous interpeller, car il n'a vraiment rien à prouver. Ni à gagner. Son engagement est sincère.

Cet industriel parle concret: notre relève scientifique n'a pas d'avenir dans un Alleingang. Et sans relève, pas d'innovation. La fin des Bilatérales, ce serait donc aussi cela. Ceux qui promettent que la Suisse peut tout faire toute seule trompent leur monde: il est évident que les recherches se font aujourd'hui au niveau mondial, en réseau. Sans nos accords sur la recherche, les échanges d'étudiants, nous perdrions vite pied.

Mais il s'agit aussi de préserver notre capacité à recruter des cerveaux ailleurs dans le monde. En 2012, sur les 51'000 chercheurs recensés en Suisse, 39% étaient étrangers. Ce chiffre est en progression, mais les Suisses y trouvent également leur compte puisque le nombre de chercheurs suisses progresse aussi.

Limiter, comme le veut l'initiative Ecopop, le nombre d'immigrant à 0,2% de la population résidante impliquerait l'asphyxie de l'économie. Faute de pouvoir embaucher les spécialistes qu'elles ne trouvent pas ici, les entreprises cesseraient d'investir en Suisse. Et nous nous couperions de nos voisins. Nous exportons pourtant près de 60% de nos produits en Europe. Ne l'oublions pas!