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10/09/2014

Crèches et économie: pourquoi opposer les deux?

Quand on parle de crèches, "il faut penser aux enfants d'abord, pas aux besoins de l'économie en premier". Ces propos de Martine Kurth, secrétaire générale de l'association romande et tessinoise des institutions d'action sociale, lundi matin sur RTS La Première, sont déconcertants. On ne peut pas dissocier les crèches des besoins des entreprises (et des administrations publiques), c'est un non-sens!

Loin de moi l'idée de faire ici un procès d'intention: je suis 100% d'accord avec elle sur le fait que les crèches sont importantes pour l'intégration des enfants et pour la cohésion sociale. Je partage aussi ses propos selon lesquels on ne peut pas accroître constamment le nombre d'enfants par crèches et/ou par locaux. La qualité de l'accueil des plus petits doit être soignée. Faut-il pour autant tout réglementer jusqu'à la hauteur des WC et au nombre exact maximal de titulaires de CFC (rapporté au personnel ayant suivi une formation tertiaire) dans chaque crèche? Certainement pas et il y a là des réformes à entreprendre dans le monde des crèches, en particulier dans le canton de Vaud. Il n'empêche: je rejoins Martine Kurt, je le répète, sur l'importance de l'aspect qualitatif.

Reste que vouloir écarter d'emblée les préoccupations des entreprises en traitant de la question des crèches de manière totalement découplée du monde réel ne conduirait nulle part. Les structures d'accueil des enfants se sont développées avec l'intégration des femmes dans l'économie. S'il existe quelques parents qui mettent leurs enfants à la crèche dans le seul but de les socialiser, cela reste l'exception. Les familles mettent leurs enfants à la crèche parce qu'elles ne peuvent pas s'en occuper elles-mêmes en raison de leur emploi du temps professionnel. Ce sont des faits banals, me direz-vous, mais il faut visiblement les rappeler. Si nous étions encore dans le modèle économique des années 1950, nous n'aurions pas besoin de développer les crèches.

Avec la décision des Suisses du 9 février dernier de vouloir limiter l'immigration, il n'y a pas de miracles: nous devons recourir davantage à la main-d'œuvre disponible en Suisse. Et là, pas besoin de chercher midi à quatorze heure, il y a un gros potentiel du côté des femmes: elles sont 58% à travailler à temps partiel, contre 14% des hommes. Pourquoi sont-elles si nombreuses dans ce cas-là? L'explication est connue et documentée: en très large partie pour des raisons familiales liées à la garde des enfants. Il s'agit là de la perpétuation du modèle traditionnel bien sûr, mais le renverser (en accroissant le nombre d'hommes à temps partiels qui s'occupent des enfants) ne changera rien au fait que nous devons augmenter le taux d'activité de la population résidente si nous voulons répondre aux besoins des entreprises.

Il faudra donc développer les structures d'accueil. La prolongation pour quatre ans du programme de soutien de la Confédération à hauteur de 120 millions de francs va dans la bonne direction. Mais les entreprises s'engagent aussi. Rappelons qu'elles ont payé, dans le canton de Vaud, plus de 22 millions de francs l'an dernier pour les crèches. Même les entreprises qui ont leur propre structure d'accueil contribuent au pot commun, ce qui n'est pas vraiment incitatif, vous me l'accorderez!

L'économie est disposée à faire un effort supplémentaire. Pourquoi devrait-elle être exclue de la discussion? Plutôt que de fonctionner par chapelles (les besoins des enfants AVANT ceux des employeurs), il faut au contraire intégrer les entrepreneurs à la réflexion et élaborer des solutions gagnant-gagnant. Martine Kurth parlait ainsi lundi de cohésion sociale et de prix à payer pour que les crèches y contribuent. Que penser des tarifs progressifs appliqués aux parents en fonction du revenu? Avec plusieurs enfants, passé un certain seuil de rentrées salariales, une baby-sitter à domicile revient moins chère que la crèche. Au détriment de l'intégration et de la cohésion sociale.

04/12/2013

Femmes, emplois, enfants, immigration: il faut regarder en avant!

Il y a quelque chose de schizophrénique du côté des milieux qui critiquent le coût des crèches tout en prônant des restrictions à l'immigration. En s'en prenant aux charges des structures d'accueil pré-scolaires ("Le Matin Dimanche" du 1er décembre 2013), ils veulent apparemment rendre plus difficile l'accès au marché du travail pour les mères de famille. Et cela tout en s'employant à compliquer l'embauche de main-d'œuvre européenne avec leur initiative contre "l'immigration massive" sur laquelle nous voterons le 9 février prochain. Qui fera donc le travail dans les entreprises?

On ne le répétera jamais assez, nous avons en Suisse la chance d'avoir une économie qui fonctionne, qui crée des emplois et assure des perspectives d'avenir à l'immense majorité des jeunes, ce qui est bien loin d'être le cas dans la plupart des pays européens (France, Allemagne, Espagne, Portugal, Italie…). Ce dynamisme se traduit par une demande en main-d'œuvre toujours plus forte. Cela ne peut bien sûr pas aller sans adaptations. Favoriser au maximum le travail des femmes en est une.

Pour ce faire, le moyen le plus simple reste de promouvoir la création de structures d'accueil pour la petite enfance ainsi que pour les enfants qui vont à l'école. La meilleure preuve qu'un tel investissement peut être rentable en termes de gestion des ressources humaines nous est d'ailleurs donnée par les entreprises qui ont créé leur propre crèche. Ou par celles qui financent des places dans des crèches existantes. Ce modèle devrait être davantage soutenu (voir mon blog sur ce sujet).

Ceux qui s'attaquent aux crèches ne font en fait que pousser les entreprises (au sens large, en y incluant par exemple les hôpitaux) à aller recruter encore davantage au-delà de nos frontières. Question: que veulent-ils exactement? Les femmes à la maison et le retour des travailleurs étrangers chez eux? On revient toujours au même problème insoluble: qui fera le travail qui assure aujourd'hui notre prospérité? Le repli sur soi, que ce soit sur un modèle familial révolu ou sur celui d'une Suisse fermée (qui n'a en réalité jamais existé), n'est pas une perspective d'avenir. Il ne nous promet qu'une régression.

Les plus fervents critiques de la libre-circulation devraient au moins se rendre compte que  privilégier l'insertion des femmes dans le monde du travail est le meilleur moyen de limiter la venue en Suisse de travailleurs européens. Et cela sans un arsenal bureaucratique tel que la réintroduction des contingents. Sans la perspective d'un isolement de la Suisse au milieu du continent.

12/11/2010

PC Familles: des questions dérangeantes

Le Grand Conseil vaudois a voté l'entrée en matière sur l'instauration de prestations complémentaires pour les familles. Lors du débat, un certain nombre de questions légitimes ont été soulevées, questions auxquelles aucune réponse n'a été apportée.

 

Le projet veut combattre la pauvreté des familles et offrir des aides plus importantes que celles du revenu d'insertion. Si l'objectif de combattre la pauvreté n'est pas remis en cause, il s'agit de s'attaquer à ses causes. Les chiffres montrent qu'elle résulte, dans la très grande majorité des cas, de la situation personnelle: famille monoparentale, divorce, nombre d'enfants, travail à temps partiel, ou encore manque de formation. Des éléments qui peuvent se combiner d'ailleurs.

 

Il s'agit donc de porter nos efforts sur ces aspects pour lutter contre la pauvreté. Le canton de Vaud vient de se doter d'une fondation pour l'accueil de jour de la petite enfance qui a pour objectif de créer de places d'accueil. Il vient de créer également une fondation pour la formation professionnelle. Les allocations familiales ont été récemment augmentées. Ce sont des réponses concrètes. Alors pourquoi ne pas attendre d'en mesurer les effets avant d'instaurer un nouveau régime ?

 

Pourquoi créer un système d'aide supplémentaire qui se contente de distribuer de l'argent sans exiger des bénéficiaires qu'ils travaillent ? Pourquoi mettre en place un système qui se contente de couvrir les besoins, sans responsabiliser les bénéficiaires ? Pour rappel, la définition fédérale des working poors est que le volume de travail cumulé des membres du ménage atteint au minimum 90 % soit 36 heures par semaine. Pourquoi le canton de Vaud n'a pas une telle exigence pour accorder une aide supplémentaire ?

 

Quant au financement de cette nouvelle aide sociale qui s'ajoute à un filet déjà dense, pourquoi appartiendrait-il aux travailleurs et aux entreprises de la payer? Le monde du travail n'est pas responsable de la pauvreté. Il paie, par ailleurs, déjà des impôts qui doivent financer ces aides.  Pourquoi transférer cette charge supplémentaire sur ceux qui bossent ?  

 

Le Conseiller d'Etat n'a pas répondu. Trop dérangeantes ces questions ?