UA-64206590-2 UA-101278801-1

26/07/2017

Quinze ans de succès pour une Suisse ouverte

La libre circulation des personnes entre la Suisse et l'Union européenne contribue à la prospérité de notre pays. En vigueur depuis 15 ans, elle a permis d'accroître le nombre d'emplois pour les Suisses. Il est ainsi plus facile de trouver un poste de travail aujourd'hui qu'au début des années 2000, contrairement à ce que l'on suppose parfois. Un rapport publié il y a quelques semaines par le Secrétariat d'Etat à l'économie (Seco) le démontre.

Non, les Européens n'ont pas pris le travail des Suisses. Le nombre d'actifs parmi la population résidente, et plus encore chez les femmes, est plus élevé qu'il y a 15 ans. Les ressortissants de l'Union européenne sont essentiellement venus pallier la pénurie de main-d'œuvre dans certaines branches (santé, hôtellerie-restauration, construction, entre autres) ainsi que le manque de personnel qualifié dans de nombreuses professions techniques (ingénieurs, informaticiens, scientifiques, notamment).

Une croissance qui prendrait la forme d'une fuite en avant, comme l'affirment certains? Certainement pas. Ces nouveaux venus ont permis aux entreprises suisses de se développer ici, et de créer des milliers d'emplois. Sans eux, les sociétés auraient dû aller s'implanter ailleurs, où les profils recherchés sont disponibles. Sans cette immigration basée sur les besoins des entreprises, notre économie aurait reculé.

Une transformation accélérée

Mais cette évolution a évidemment changé le tissu de nos entreprises. Le canton de Vaud en est un évident miroir: les activités industrielles se sont diversifiées, particulièrement dans la pharma, les biotechnologies, les techniques médicales. Les services ont connu un puissant essor. Notre région s'est spécialisée dans des activités à plus haute valeur ajoutée, ce qu'elle a toujours fait, mais avec un tempo plus rapide depuis l'intensification de nos relations avec l'UE dans le cadre des Bilatérales.

Ce choix stratégique s'est révélé un succès. Finances publiques saines, taux de chômage peu élevé en comparaison internationale, excellent positionnement en matière de recherche et développement ainsi que de formation, nous affrontons les défis actuels, et particulièrement la digitalisation, sur une base extrêmement solide.

L'immigration a déjà commencé à ralentir, fortement. Les Européens ont été deux fois moins nombreux à venir en Suisse en 2016 qu'en 2013! Aujourd'hui, les vrais défis ne sont pas – ou plus - à chercher sur ce front-là. Nous devons négocier la transition numérique. Nous devons nous adapter au franc fort. Nous devons faire face à une concurrence toujours plus intense. Cela nécessite inventivité et innovation, dans tous les domaines, y compris au niveau réglementaire. Ne nous trompons pas de problème avec des débats dépassés.

19/07/2017

La formation duale, l'atout suisse dans la transition numérique

Comment faut-il réagir face au tournant numérique? Quelles sont les conséquences sur l'emploi en Suisse? Jusqu'ici, la Suisse a réussi à s'adapter avec succès. Malgré un intense processus de digitalisation, qui n'en est par ailleurs qu'à ses débuts, le nombre d'emplois total a continué à augmenter ces dernières années. Et cela devrait continuer, montre une analyse publiée à l'occasion de la Journée des employeurs, à la fin juin. Il est toutefois temps de lancer une réflexion plus générale, notamment sur la formation.

Mais tout d'abord un constat: si l'emploi global progresse, la situation est très variable selon le degré de formation des personnes. L'enquête, qui compile 80 études nationales et internationales, montre que le nombre d'emplois de collaborateurs disposant de qualifications "moyennes" a régressé de 10% au cours des 20 dernières années en Suisse. Les activités "routinières" sont toujours plus souvent réalisées par des machines ou des logiciels… Mais dans le même temps, les postes à qualifications élevées ont progressé de 7,6% et ceux ne requérant que peu de formation ont augmenté de 1,9%.

La digitalisation crée de la richesse et donc de nouveaux besoins et de nouvelles demandes en services. Résultat, l'emploi total va croître de l'ordre de 2% par an au niveau suisse jusqu'en 2025. Mais le travail change, de nouveaux métiers apparaissent. Une enquête menée l'automne dernier par la CVCI auprès de ses membres montrait que près de 40% des entreprises vaudoises allaient prochainement procéder à des adaptations en raison de la digitalisation. Et une autre part d'environ 40% disaient qu'ils allaient "peut-être" le faire. Dans les entreprises de plus de 100 employés, ce sont deux tiers des membres qui vont à coup sûr procéder à des changements… Parler de "tournant numérique" n'a donc rien d'exagéré.

Beaucoup de questions se posent sur la façon dont l'Etat doit réagir face à cette évolution, aussi rapide qu'imprévisible dans ses contours exacts, ses besoins et ses conséquences. La législation devra inévitablement s'adapter, tout comme la manière dont l'administration propose ses services.

L'apprentissage comme atout

Mais les auteurs de l'étude relèvent surtout un autre aspect très important: la force particulière du marché du travail suisse. Ce dernier est connu pour son partenariat social, qui assure la paix du travail depuis des décennies. Mais il est également observé dans le monde entier pour son système de formation duale, dans lequel les entreprises sont parties prenantes. Il y a là une évidente carte à jouer.

Chaque branche, chaque filière est la mieux à même de faire part de ses besoins et de corriger le tir en permanence, en matière de formation. L'une des clés de notre capacité à négocier au mieux le virage numérique résidera dans notre capacité à faire coller au mieux l'apprentissage aux nouvelles réalités économiques. A nous de renforcer cette carte maîtresse!

21/06/2017

Attention à ne pas pénaliser les entreprises et l'emploi

Trop en faire peut parfois se révéler contre-productif… La semaine dernière, le Conseil fédéral a défini les modalités concrètes d'application de l'initiative contre l'immigration de masse: les entreprises devraient annoncer aux Offices régionaux de placements (ORP) les postes vacants pour toutes "les catégories professionnelles" dont le chômage dépasse les 5% à l'échelle nationale. Ce niveau ne tient pas compte de la réalité économique et va engendrer beaucoup de bureaucratie inutile.

Ce seuil de 5% doit en effet être mis en perspective avec les taux de chômage que connaissent d'autres pays: 9,6% en France en avril, 11,1% en Italie, 8,6% en Autriche et 7% en Belgique. Avec notre taux actuel de 3,1%, nous avons l'un des chômages parmi les plus faibles au monde. On voit que la barre des 5% reste encore assez loin de la situation qui prévaut chez beaucoup de nos voisins. Même en Allemagne (3,9% actuellement), le chômage était supérieur à ce niveau jusqu'il y a peu.

En fixant un seuil à 7 ou 8%, bien des chômeurs des professions des secteurs de l'hôtellerie, de la restauration ainsi que du commerce et de la vente, entre autres, bénéficieraient d'une information privilégiée concernant les places vacantes dans les entreprises. Nous aurions ainsi une attitude plus pragmatique, plus favorable aux entreprises, et donc à l'emploi.

Des délais et des exceptions

Rappelons que la mise en œuvre de l'initiative du 9 février 2014 prévoit une préférence indigène à l'embauche: les entreprises cherchant à embaucher une personne tombant dans une catégorie professionnelle frappée par un chômage plus important que la moyenne seront obligées d'annoncer les emplois à un ORP. Mais cela ne s'arrêtera pas là, elles devront attendre un certain délai avant de recruter au-delà de ces ORP. A ce stade, le Conseil fédéral prévoit cinq jours.

Il y aura des exceptions, parfaitement justifiées. Les employeurs n'auront ainsi pas besoin d'annoncer les embauches de membres de la famille ou les embauches internes, par exemple d'apprentis qui seraient engagés au terme de leur formation. Les postes de courte durée (deux semaines ou peut-être un mois) ne tomberont pas sous le coup d'une obligation d'annonce. C'est un minimum!

Pour les milieux économiques, il est clair qu'il faut veiller à recourir autant que possible à la main-d'œuvre locale (comme il faut privilégier le retour sur le marché du travail des femmes qui ont cessé leur activité professionnelle pendant quelques années pour des raisons familiales). Mais la multiplication des actes administratifs inutiles n'aiderait personne; elle ne serait qu'une source de coûts et de tracasseries inutiles pour les employeurs. Les projets d'ordonnances vont partir en consultation dans quelques semaines et leur entrée en vigueur est prévue pour le début 2018. Il est donc encore temps de les modifier.