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29/05/2013

Le logement et le commerce, parents pauvres du Plan directeur cantonal

Le Conseil d'Etat vaudois ne prend malheureusement pas la question du logement à bras le corps, malgré la pénurie qui sévit sur tout l'arc lémanique. La présentation, vendredi dernier, de la 3e adaptation du Plan directeur cantonal (PDCn) liste quelques changements par rapport à la politique menée jusqu'ici, mais cela reste cosmétique. Et mal ciblé, comme l'idée "de soutenir l'action foncière des communes" en prêtant à des taux d'intérêt réduits… alors que les taux d'intérêt sont déjà au plancher!

Que peut apporter une telle mesure? Dans l'immobilier, ce ne sont les moyens financiers qui manquent, bien au contraire. Les investisseurs se pressent au portillon. Mais les contraintes réglementaires et les méandres de l'administration agissent comme un rempart, et les projets se perdent de nombreuses années dans le labyrinthe des procédures. C'est là qu'il faut agir: débloquer les dossiers en cours, accélérer le traitement des nouveaux projets, ne pas imposer de nouvelles contraintes juridiques aux propriétaires. Les idées visant à améliorer la situation sont déjà sur la table.

En matière de planification, la députée Christelle Luisier a proposé dans une motion de modifier le PDCn de manière à permettre aux communes de calculer leurs besoins en logements pour les quinze prochaines années en prenant un taux de croissance de la population de 20% (au lieu de 15% actuellement). Ce taux ne sort pas d'une pochette surprise: il prend en compte la réalité de la dernière décennie, qui s'est soldée par une augmentation annuelle du nombre d'habitants dans le canton de l'ordre de 1,5%, et non de 1% (que reflète le taux de 15%). Rester arc-boutés sur des prévisions déjà dépassées par les dernières statistiques ne nous garantit qu'une chose: que la pénurie va continuer! Sur le plan du logement, la 3e adaptation du PDCn est donc un coup d'épée dans l'eau. Nous ne pouvons pas nous le permettre.

Ce Plan risque également de déployer des effets très négatifs dans le secteur du commerce. Le Conseil d'Etat persiste en effet dans a volonté de limiter drastiquement les nouveaux magasins dans les villes de petites à moyenne importance. Concrètement, tout nouveau commerce dépassant 1000 m2 de surface de vente ne pourra en principe plus être ouvert s'il n'y a pas 1500 habitants dans un rayon de 300 mètres (à moins qu'il ne propose que de l'alimentaire).

L'Etat a fait une petite concession en faisant passer la limite de 800 à 1000 m2 et l'avis de la commission d'experts chargée d'examiner les dossiers n'aura qu'un effet consultatif (et non contraignant, comme initialement prévu). Mais on est bien loin d'une solution satisfaisante. Le développement commercial des communes vaudoises – je parle ici de cités comme Avenches, Grandson ou Oron - ne saurait être réglé par des formules mathématiques aussi simplistes. Expérience faite, la démographie et l'évolution économique déjouent systématiquement toutes les prévisions: la meilleure chose à faire est de garder un cadre juridique flexible pour accompagner leur évolution.

16/08/2012

8 millions d'habitants en Suisse, une chance!

Notre pays vient de passer le cap des 8 millions d'habitants. Déjà trop? La limite à ne pas dépasser? Pour les nostalgiques alignés derrière Franz Weber ou les chauds partisans des initiatives Ecopop (limitation à 0,2% de la croissance migratoire) et Stop à l'immigration massive, la coupe serait pleine. Il faudrait fermer les frontières au plus vite. A bien écouter certains activistes, il serait même judicieux d'aller bien au-delà, et de limiter le nombre des naissances. Pas moins. Quelles stimulantes perspectives pour notre pays et surtout pour nos jeunes!

Le monde change. Malthus craignait la surpopulation alors que la planète ne comptait que 1,6 milliards d'habitants. Ce chiffre est à peu près celui de la population chinoise aujourd'hui et quoi qu'en disent certains intégristes, le monde ne s'en porte pas plus mal. A notre petite échelle, pourquoi devrions-nous redouter le cap des huit, neuf ou dix millions d'habitants en Suisse?

Posons la question différemment: où en serait la Suisse aujourd'hui si nos grands-parents avaient décidé que le seuil des 4 millions d'habitants atteints en 1930 était le plafond à ne pas dépasser? Difficile à imaginer, mais tentons l'exercice tout de même: nous aurions sans doute dû construire des murs sur la frontière. Nos entreprises n'auraient eu d'autres choix que de déménager à l'étranger, là où elles peuvent embaucher. Il est peu probable nous abriterions aujourd'hui des champions de la pharma comme Roche ou Novartis, ou de l'alimentaire, comme Nestlé… La plupart des jeunes bien formés auraient quitté le pays. Il n'y aurait plus assez d'actifs pour cotiser à l'AVS et nous serions obligés de travailler jusqu'à 80 ans. En un mot, la Suisse se serait à coup sûr appauvrie.

Notre politique d'ouverture a permis tout le contraire. Si la Suisse attire autant d'immigrants aujourd'hui, c'est parce que notre économie s'est hissée – heureusement, et la tâche n'a pas été aisée – parmi les plus dynamiques du monde occidental. Alors que la crise de l'euro se poursuit depuis trois ans, le chômage ne dépasse pas les 2,7% (juillet) dans notre pays alors qu'un actif sur dix n'a pas de travail dans la zone euro (et même un sur quatre en Espagne). Pour les jeunes, l'offre de places d'apprentissage excède la demande. Que voulons-nous de plus?

Côté immigration, la grande majorité des étrangers qui s'installent en Suisse ont un niveau de formation élevé. Bien loin de coûter à nos finances publiques, ils sont des contributeurs nets tant sur le plan fiscal que sur celui des assurances sociales.

Cela ne va bien sûr pas sans défis. Personne ne les nie. Cette forte croissance nous oblige en particulier à développer nos réseaux routiers et ferroviaires, à intensifier la construction de logements. La croissance doit être accompagnée, mais cette mission est parfaitement réalisable avec une économie saine. Et le cap des 8 millions d'habitants est justement le signe de notre vitalité. Vouloir stopper artificiellement cette évolution serait aussi absurde que de tailler des arbres fruitiers au printemps. Il n'y aurait que des dégâts!