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23/07/2014

Le travail change!

On ne travaille plus aujourd'hui comme il y a 20 ans. Internet n'a pas uniquement fait disparaître les frontières nationales et les horaires traditionnels – on regarde et on achète ce que l'on veut à n'importe quelle heure - il a modifié nos façons d'exercer un grand nombre de métiers. En particulier dans les services. On travaille parfois chez soi. Dans le train. On est plus réactif. Plus facilement atteignable. Le monde professionnel s'adapte, plus ou moins rapidement. 

Mais le moins que l'on puisse dire, c'est que la loi sur le travail (LTr) ne l'y aide pas. Ce texte est encore imprégné de l'ère industrielle, où la timbreuse avait valeur d'arbitre absolu pour la grande majorité de la population. La LTr n'accorde pas, ou vraiment très peu, de place à la flexibilité des horaires. Les modalités d'application de cette loi prévoient que pratiquement tous les travailleurs soient obligés de saisir chaque jour l'heure à laquelle ils arrivent au travail, l'heure de leur départ en pause de midi, l'heure de leur retour et l'heure de la fin du travail. Ces données doivent être tenues à jour par les entreprises et mises à disposition des services chargés de la surveillance, sur demande. 

Parle-t-on bien du monde réel? Selon une étude publiée par le Secrétariat d'Etat à l'économie, 17% des travailleurs suisses travaillent sur une base flexible, c'est-à-dire sans décompte ni saisie de leurs heures de présence. Cette proportion atteint 26% parmi les personnes très qualifiées ou les cadres et 11% chez les employés subalternes peu ou moyennement qualifiés. Notez qu'il s'agit là de chiffres datant de 2010 et que les données ont probablement évolué vers davantage de flexibilité. 

Le Seco a tenté une petite adaptation des pratiques l'an dernier. Face à la levée de boucliers des syndicats, la saisie des heures n'a finalement fait l'objet que d'un léger toilettage, qui élargit un tout petit peu le cercle des employés qui peuvent être dispensés de noter leurs horaires. Alors que jusqu'alors seule la direction générale pouvait prétendre à cette libéralité, les cadres disposant du pouvoir de donner des instructions et assumant des tâches de conduite de subordonnés ainsi que certains chefs de projet peuvent désormais être exemptés d'un décompte horaire systématique. 

C'est un petit pas dans la bonne direction, mais on reste loin de la réalité du terrain! Dans de nombreux secteurs, les employés sont évalués par rapport à des objectifs, les horaires de travail effectués n'étant pas pris en compte dans ce processus. La saisie des horaires est par ailleurs souvent perçue comme une contrainte, tant par les employés que par les entreprises, qui dénoncent leur aspect bureaucratique. De leur côté, de très nombreuses PME ne savent pas que ces obligations légale de décompte existent. Et leurs employés ne s'en plaignent pas! 

Le droit a toujours un temps de retard sur la société. C'est normal. Mais en matière de travail, le moment est venu de remettre vraiment l'ouvrage sur le métier, en intégrant la nouvelle manière d'exercer de nombreux métiers.

25/09/2013

Ouverture des magasins: il faut poursuivre le débat lancé par les syndicats!

Le bon sens l'a emporté dimanche dernier concernant la votation sur l'ouverture non-stop de certains shops de stations-service. Le peuple suisse ne s'est pas laissé embobiner par les syndicats, dont le seul but était de perpétuer, pour des questions de purs principes, une situation totalement absurde. Une situation qui permettait jusqu'ici à ces commerces situés sur des axes très fréquentés d'ouvrir toute la nuit, sans pouvoir vendre tout l'assortiment à disposition jusqu'à 1h du matin.

Au final, on a voté sur ce que peuvent vendre une vingtaine de commerce dans toute la Suisse! Bel exercice de style pour notre démocratie, même s'il peut paraître superficiel comparé aux priorités bien plus dramatiques de nos voisins italiens ou français qui luttent, eux, pour faire revenir la croissance et diminuer le chômage.

Mais voyons le bon côté des choses. Le référendum des syndicats contre la suppression de cette aberration bureaucratique a eu le mérite d'ouvrir le débat sur la façon de consommer dans notre pays. Première leçon, on constate que plus de 55% des Suisses estiment qu'il est judicieux de pouvoir ouvrir 24 heures sur 24 les commerces sur les autoroutes ainsi que les grands axes très fréquentés. La réponse à cette question est désormais claire et sans équivoque puisque la majorité est nette et que seuls cinq cantons sont d'un avis contraire. La réponse n'aurait sans aucun doute pas été la même il y a encore dix ans.

Les habitudes d'achat ont évolué bien plus rapidement que le discours syndical ne le suppose. Disons-le d'emblée, il n'est sans doute pas souhaitable d'ouvrir tous les magasins le dimanche (même si des dérogations sont souhaitables pour les fêtes de fin d'année). On peut faire ses courses l'un des six autres jours de la semaine!

Mais la fermeture des commerces à 18h30 ou 19h correspond-elle toujours à ce que souhaite la population? La discussion lancée par les syndicats sur le mode de consommation des Suisses doit être poursuivie. La société a changé. Le consommateur achète souvent sur Internet, à toute heure. Pour les denrées alimentaires, il est parfois livré par LeShop après les heures de fermeture officielle des magasins. Pourquoi n'aurions-nous pas des horaires d'ouverture prolongés pour tous les commerces jusqu'à 20h ou 20h30? Dans tous les domaines, les lois sont adaptées aux nouvelles exigences de la population, pourquoi devrait-il en être autrement dans la consommation?

14/08/2013

Pas le droit de parler des habitudes de consommation des Suisses?

Les habitudes de consommation changent. Quel mal y-a-t-il à décrire la réalité? Les Suisses sont nombreux – toujours plus nombreux, à vrai dire - à vouloir effectuer des achats après 18h30 ou 19h00, a constaté le surveillant des prix Stephan Meierhans dans un journal gratuit alémanique. Où est le problème? Le fait que l'on vote le 22 septembre prochain sur une ouverture non-stop des shops de stations-service situés le long des axes très fréquentés devrait-il conduire à museler Monsieur Prix sur toute question traitant du commerce en général? Chacun a tout de même le droit de pouvoir décrire ce qu'il constate autour de lui. Pour Stephan Meierhans, parler de commerce relève même de sa fonction première!

Censurer le Surveillant des prix serait d'autant plus incongru que la question des shops des stations-essence ne concerne absolument pas les horaires d'ouverture des magasins au sens propre. Deux douzaines de shops sont déjà ouverts 24h sur 24 en Suisse, dont un en Suisse romande. Des employés y travaillent déjà de nuit, sans toutefois pouvoir y vendre,  entre 1h et 5 h du matin, l'assortiment à disposition les 20 autres heures de la journée. Encaisser l'essence et vendre des sandwichs, oui. Mais vendre des produits de première nécessité (cosmétiques, conserves…), non. Nous votons uniquement sur la fin de cette situation grotesque, que les syndicats souhaitent perpétuer pour des motifs doctrinaux.

Ce dont parle Stephan Meierhans se situe largement au-delà de cette discussion. Il s'agit d'une question de société. Tout le monde admettra que notre pays est l'un de ceux où les commerces ferment particulièrement tôt. Cela surprend d'ailleurs toujours – lorsque cela ne les prend pas de court - les touristes qui visitent pour la première fois la Suisse. Le monde du commerce suisse est figé par des lois d'un autre temps. Un temps pas si lointain, c'est vrai. Mais un temps néanmoins révolu: les consommateurs ne sont pas tenus par ces règles.

Ils peuvent acheter à n'importe quelle heure sur Internet, les magasins ferment plus tard en France voisine. D'ailleurs, ils ne s'en privent guère… Le tourisme d'achat a fait perdre quelque 10 milliards de francs au commerce suisse au cours des deux dernières années.

Faut-il mettre des œillères? Eduquer les consommateurs avec des rayons bâchés? Les faire rentrer dans le moule légal et syndical? Ou bien le droit doit-il s'adapter à l'évolution du mode de vie? Les Suisses auront tout loisir de répondre à ces questions ces prochaines années. Mais avec les shops, encore une fois, nous ne parlons pas de cela. Juste d'une aberration.