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19/07/2017

La formation duale, l'atout suisse dans la transition numérique

Comment faut-il réagir face au tournant numérique? Quelles sont les conséquences sur l'emploi en Suisse? Jusqu'ici, la Suisse a réussi à s'adapter avec succès. Malgré un intense processus de digitalisation, qui n'en est par ailleurs qu'à ses débuts, le nombre d'emplois total a continué à augmenter ces dernières années. Et cela devrait continuer, montre une analyse publiée à l'occasion de la Journée des employeurs, à la fin juin. Il est toutefois temps de lancer une réflexion plus générale, notamment sur la formation.

Mais tout d'abord un constat: si l'emploi global progresse, la situation est très variable selon le degré de formation des personnes. L'enquête, qui compile 80 études nationales et internationales, montre que le nombre d'emplois de collaborateurs disposant de qualifications "moyennes" a régressé de 10% au cours des 20 dernières années en Suisse. Les activités "routinières" sont toujours plus souvent réalisées par des machines ou des logiciels… Mais dans le même temps, les postes à qualifications élevées ont progressé de 7,6% et ceux ne requérant que peu de formation ont augmenté de 1,9%.

La digitalisation crée de la richesse et donc de nouveaux besoins et de nouvelles demandes en services. Résultat, l'emploi total va croître de l'ordre de 2% par an au niveau suisse jusqu'en 2025. Mais le travail change, de nouveaux métiers apparaissent. Une enquête menée l'automne dernier par la CVCI auprès de ses membres montrait que près de 40% des entreprises vaudoises allaient prochainement procéder à des adaptations en raison de la digitalisation. Et une autre part d'environ 40% disaient qu'ils allaient "peut-être" le faire. Dans les entreprises de plus de 100 employés, ce sont deux tiers des membres qui vont à coup sûr procéder à des changements… Parler de "tournant numérique" n'a donc rien d'exagéré.

Beaucoup de questions se posent sur la façon dont l'Etat doit réagir face à cette évolution, aussi rapide qu'imprévisible dans ses contours exacts, ses besoins et ses conséquences. La législation devra inévitablement s'adapter, tout comme la manière dont l'administration propose ses services.

L'apprentissage comme atout

Mais les auteurs de l'étude relèvent surtout un autre aspect très important: la force particulière du marché du travail suisse. Ce dernier est connu pour son partenariat social, qui assure la paix du travail depuis des décennies. Mais il est également observé dans le monde entier pour son système de formation duale, dans lequel les entreprises sont parties prenantes. Il y a là une évidente carte à jouer.

Chaque branche, chaque filière est la mieux à même de faire part de ses besoins et de corriger le tir en permanence, en matière de formation. L'une des clés de notre capacité à négocier au mieux le virage numérique résidera dans notre capacité à faire coller au mieux l'apprentissage aux nouvelles réalités économiques. A nous de renforcer cette carte maîtresse!

12/04/2017

La Suisse peut façonner la banque du futur

Quelle sera la banque de demain? La manière de consommer a évolué très rapidement dans le domaine du commerce de détail, des médias ou encore du tourisme, grâce au numérique. Et cela continue. Peu concerné jusqu'ici, le monde de la finance sera l'un des prochains à devoir s'adapter à des changements importants: financement participatif, plateformes de prêts entre particuliers, monnaies virtuelles, nouveaux modes de paiements… En tant que place financière majeure, la Suisse se doit d'être à la pointe dans ces secteurs.

Le nombre de jeunes sociétés actives sur les nouveaux créneaux financiers augmente rapidement. On comptait 174 start-up "fintech" en décembre dernier en Suisse, et déjà 198 en avril 2017, selon le dernier pointage "Swiss FinTech Start-up Map" de Swisscom. Ces entreprises n'étaient que… 24 en 2010.

Il y a toutefois un problème: notre législation actuelle est beaucoup trop rigide. Les exigences qu'elle pose en matière de capitaux propres et d'audits financiers constituent des obstacles pratiquement infranchissables lorsque les start-up veulent se développer. Deux options s'offrent à nous: ou bien nous ne changeons rien et courons le risque de rater complètement le virage, ou bien nous créons un nouvel environnement réglementaire taillé sur mesure pour les fintech.

Bonne nouvelle: une modification de la législation bancaire allant dans ce sens est actuellement soumise à consultation. Le projet est original. Et apparemment unique au monde, pour l'instant. Plutôt que de réglementer dans le détail des nouvelles pratiques dont on ne sait d'ailleurs pas comment elles vont se développer, la Confédération fixerait des conditions générales. Il est notamment prévu de créer une licence bancaire moins stricte, destinée aux sociétés qui opèrent avant tout comme plateforme.

Le secteur financier (banques et assurances) représente plus de 210'000 emplois en Suisse. Il pèse encore pour 9,4% dans le PIB du pays (et environ autant dans le canton de Vaud), selon les derniers chiffres du Département fédéral des finances, malgré de profonds bouleversements intervenus ces dernières années suite à la suppression du secret bancaire fiscal vis-à-vis de l'étranger. L'ensemble de la branche a su trouver les ressources pour passer le cap, et continue de le faire. Il s'agit aujourd'hui de lui permettre de ne pas manquer le virage digital. La Suisse a potentiellement les compétences pour se profiler en leader dans ce domaine aussi!

22/02/2017

Une usine à gaz pour financer les soins dentaires?

Faut-il que le canton de Vaud se dote d'un système étatique de prise en charge des soins dentaires pour les enfants, les jeunes et une partie du reste de la population? Et si oui, qui doit payer? Le Conseil d'Etat vient de concocter un projet de loi qui prévoit de faire passer à la caisse les salariés et… les vendeurs de boissons sucrées. A raison de 18 millions de francs chacun. Il faut être clair: ce mode de financement est irréaliste.

Les raisons de la faiblesse de ce contre-projet à l'initiative de la gauche de gauche (qui demande une assurance dentaire pour tous financée par les seuls travailleurs et entreprises) sont avant tout pratiques. Il est prévu que chaque détaillant  - magasins, mais aussi restaurants, kiosque… il y a 6700 points de vente recensés – "devra déclarer à l’Etat l’identité de son ou de ses distributeurs tout comme le volume de boissons délivré".  Ce sont donc ces derniers qui passeront à la caisse.

Passons sur le délire bureaucratique imposé aux détaillants, qui nécessitera la création de 2,8 postes de fonctionnaires…  Et prenons un exemple concret: que se passera-t-il lorsqu'un restaurateur broyard, de la Côte ou du Chablais ira se fournir, en payant cash, chez un distributeur fribourgeois, genevois ou valaisans? Ce dernier sera-t-il contacté préalablement par le canton de Vaud afin d'identifier le client vaudois, de manière à pouvoir lui facturer la taxe? Ou bien se verra-t-il envoyer une facture fiscale sans crier gare si le commerçant le désigne comme fournisseur?

L'anecdote nous démontre que cette taxe sur les boissons sucrées n'a aucun avenir…  ce qui rend le contre-projet bancal. Sans cette taxe, il manque 18 millions de francs pour financer les nouveaux soins envisagés par l'Etat, sachant que les 18 autres millions proviendront d'une taxe de 0,06% prélevées sur les salaires des salariés et des indépendants.

Disons-le d'emblée: ce n'est pas à l'employeur d'apporter l'autre partie du financement. Le Conseil d'Etat le rappelle d'ailleurs lui-même (p. 70, EMPL): il s'était engagé à ne pas demander de nouvelles contributions aux entreprises jusqu'à la mise en œuvre pleine et entière des avancées sociales introduites par la troisième réforme vaudoise de l'imposition des entreprises (RIE III-VD). Nous en prenons acte.