30/03/2017

Les procédures administratives freinent les projets des entreprises

Agrandir ou construire une entreprise devient plus difficile, dans le canton de Vaud, comme ailleurs en Suisse romande et au Tessin. Sur le front du marché du travail, les délais pour obtenir les permis de travail nécessaires pour les collaborateurs étrangers se sont allongés au cours des deux dernières années. Voilà deux des principaux enseignements qui ressortent de la 8e étude sur la compétitivité des administrations cantonales réalisées pour les chambres de commerce et d'industrie latines.

Publiée ce jeudi, cette enquête est menée par l'institut M.I.S. Trend, tous les deux ans, auprès de centaines d'entreprises basées dans les cantons concernés et qui ont eu à traiter avec les pouvoirs publics au cours des mois qui ont précédé le sondage. Au classement 2017, le Tessin reste le canton dont l'administration est la plus compétitive, devant Fribourg et Vaud. L'amabilité des collaborateurs de l'Etat est particulièrement saluée dans ce dernier, les points noirs demeurant, comme en 2015, les tarifs des émoluments, le manque d'orientation client des services de l'Etat ainsi que la lourdeur des procédures.

Impact négatif sur l'emploi

Mais derrière ces constats généraux, la tendance que je mets en avant dans mon introduction est toutefois plus inquiétante. Le fait que les entreprises font face à des procédures longues et complexes en matière de construction (trois quarts des entreprises vaudoises sondées les jugent compliquées) n'est pas nouveau. Mais la mise en œuvre de la révision de la loi sur l'aménagement du territoire (LAT) adoptée en 2013 a contribué à détériorer la situation, devenue plus floue, moins compréhensible, moins prévisible.

Plus grave, une entreprise sur cinq, dans notre canton, a annulé ou gelé des investissements dans notre canton. Et une sur dix a purement et simplement renoncé à investir. Au final, n'oublions pas que c'est l'emploi qui en souffre.

Le constat est malheureusement le même en matière d'octroi des permis de travail. Suite à l'acceptation de l'initiative "contre l'immigration de masse" en février 2014, un tiers des entreprises sondées dans l'ensemble des cantons passés en revue estime que l'administration a durci ses pratiques en matière de traitement des demandes. Un quart des sociétés (un cinquième dans le canton de Vaud) affirme que les délais ont augmenté. Les cantons frontaliers sont les plus touchés.

La flexibilité du marché du travail, grand atout de la Suisse

Au bout du compte, comme pour l'aménagement du territoire, c'est l'emploi dans sa totalité qui en pâtit. Car les entreprises qui ne peuvent embaucher la main-d'œuvre dont elles ont besoin prennent du retard dans leur expansion. Depuis l'entrée en vigueur des accords bilatéraux entre la Suisse et l'Union européenne, l'emploi des Suissesses et des Suisses n'a cessé de croître parallèlement à celui des Européens venus chez nous, toutes les études l'ont démontré. Attention à ne pas briser cette dynamique positive.

Dernier constat de cette enquête bisannuelle: les entreprises souhaitent davantage de cyberadministration. Dans le canton de Vaud, 70% des sondés demandent davantage d'interactions numériques, ces dernières s'étant déjà nettement accrues ces dernières années. Ceci explique sans doute cela: l'offre digitale appelle une plus grande demande en services online. Les chambres de commerce doivent également en tenir compte.

18/11/2015

Intégrer par la formation, quelle meilleure méthode?

La formation des jeunes doit être une priorité. En matière d'insertion professionnelle, nous avons tous la responsabilité, école et entreprises confondues, de nous fixer un objectif aussi élevé que possible: ne laisser personne en marge à la sortie de l'école obligatoire. A l'heure où la France est sous le choc de terribles attaques terroristes, on voit que l'intégration constitue plus que jamais l'un des axes à privilégier pour éviter les dérives. Cela ne résout bien sûr pas tout, loin de là, mais c'est fondamental.

Il n'est pas évident de faire un choix professionnel vers 15 ou 16 ans. Continuer les études? Choisir une profession parmi les 180 proposées par les entreprises et le secteur public vaudois? Un certain nombre de jeunes, un sur quatre environ dans le canton, optent d'ailleurs pour une année de transition (organisée par l'Organisme pour le perfectionnement scolaire, la transition et l'insertion professionnelle - OPTI ).

Quelques centaines de jeunes restent malheureusement chaque année sans solution immédiate. Au niveau national, on estime que sur les 80'000 jeunes qui terminent leur scolarité, 10% ont des difficultés à trouver une place d'apprentissage. Et ce alors que toutes les places proposées ne sont pas pourvues depuis maintenant plusieurs années. Le profil des jeunes recherchés par les employeurs ne correspond pas aux candidats apprentis qui envoient leur dossier et/ou les candidats ne postulent pas en nombre suffisant pour certaines places (vente, construction, restauration…). L'économie s'engage en permanence pour suggérer des solutions et appuyer celles qui sont proposées.

Parmi les structures existantes, on peut mettre en avant LIFT, le programme de préparation des jeunes à la transition. Association neutre qui rassemble des entreprises privées, LIFT permet aux jeunes qui sont les moins à l'aise à l'école de se familiariser avec le monde professionnel, de se préparer à un métier et de pouvoir le choisir en connaissance de cause, dans le courant de leur dernière année obligatoire. Cela réduit ensuite aussi les abandons en cours d'apprentissage… Il y a ensuite des structures qui permettent de venir en aide aux apprentis en difficultés, comme le Groupement pour l'apprentissage (GPA). La Chambre vaudoise du commerce et de l'industrie (CVCI) s'implique dans les deux projets.

Le désœuvrement des jeunes est l'un des pires fléaux de nos sociétés. En France, près d'un quart des moins de 25 ans sont sans emplois. Ce taux grimpe à 50% en Grèce ou en Espagne. Quels que soient les filets sociaux en place, l'absence de perspectives ne peut que déboucher sur des problèmes, dont la radicalisation de certains jeunes. Rien ne remplace un emploi ainsi que l’autonomie, personnelle et financière. La Suisse a la chance d'avoir une très bonne expérience dans le domaine de la formation, mais les statistiques montrent que nous pouvons encore nous améliorer. Par exemple en revalorisant encore plus l’apprentissage.

15/04/2015

François Hollande s'intéresse à l'apprentissage… Et les Romands?

Notre système de formation professionnelle intéresse beaucoup la France, qui y voit l'une des clés du succès helvétique. Preuve en est que sur ses deux jours de visite en Suisse, le président François Hollande a choisi de rencontrer des apprentis à Zurich, demain matin, avant de venir visiter l'EPFL. En Suisse (romande, surtout), de trop nombreux parents ne jurent pourtant que par la voie académique… Bien à tort!

Il y a chaque année des centaines de places d'apprentissage qui ne trouvent pas preneurs dans les entreprises, faute de candidats. Pourquoi? En partie parce que la formation duale est insuffisamment valorisée, à l'école primaire et secondaire, lorsque l'on pré-oriente les enfants. Mais surtout dans l'esprit des parents! On préfère pousser les adolescents vers la voie gymnasiale. Qui ouvrirait davantage de portes…

Vraiment? L'apprentissage mène à tout, y compris à devenir plus tard chef d'entreprise. Les exemples ne sont pas rares. Les détenteurs d'un CFC sont pratiquement assurés de trouver un poste à la fin de leur apprentissage. Ils peuvent aussi poursuivre leur formation. Passer une maturité professionnelle. Poursuivre leurs études dans une haute école. Ils bénéficient d'une solide formation pratique qui leur servira toute leur vie. Bien loin de partir avec un handicap par rapport aux détenteurs d'une maturité gymnasiale, ils ont au contraire une longueur d'avance. Côté salarial, les employés qui ont suivi la voie duale ont des rémunérations qui tiennent largement la comparaison avec ceux qui ont opté pour la formation académique.

Un métier pour la vie, c'est fini

Et puis il faut aussi rappeler que le monde professionnel a changé: on ne choisit plus une profession pour la vie. Se lancer dans un apprentissage, quel qu'il soit, ne préjuge pas de l'activité que l'on exercera quinze ans plus tard. Il n'y a pas de différences sur ce plan-là entre un jeune de 15-16 ans qui entame sa première année de gymnase et un autre qui se rend pour la première fois au travail.

Notre système d'apprentissage n'intéresse pas que François Hollande: début janvier dernier, c'est la Maison-Blanche qui discutait de notre modèle avec le conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann ainsi que des dirigeants de grandes sociétés suisses. Le succès de notre modèle, qui a permis de créer – et de maintenir, même en temps de crise - un réseau d'entreprises industrielles extrêmement diversifié dans tout le pays, est remarqué loin à la ronde. C'est le moins que l'on puisse dire. Il faut manifestement le rappeler en Suisse aussi!