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13/03/2013

La croissance de la Suisse reste bonne, mais rien n'est acquis

L'économie suisse se porte beaucoup mieux que celle de nos voisins. Le produit intérieur brut (PIB) a augmenté de 1% l'an dernier et de 0,2% au dernier trimestre, par rapport au précédent. Dans le même temps, la zone euro s'est enfoncée dans la récession, alignant trois trimestres consécutifs négatifs. Même si la dynamique n'est pas mirobolante chez nous, on pourrait finalement se dire qu'en comparaison internationale tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Et qu'il ne faut surtout rien changer…

En réalité, une telle attitude serait peu avisée. Car si l'on se penche sur les éléments qui constituent notre PIB (lequel mesure la création de valeur ajoutée, soit la "richesse" produite dans le pays), on se rend compte que notre économie est restée performante l'an dernier surtout grâce à notre marché intérieur. La consommation a porté notre économie à bout de bras avec une croissance annuelle de 2,2%. Les dépenses des ménages ont même crû de 2,5%. Le dernier trimestre a été le plus dynamique de l'année (+1,1% par rapport au 3e trimestre). Côté industrie d'exportation, le constat est moins réjouissant: ce pan de notre économie affiche un résultat satisfaisant sur l'année... mais les livraisons de produits suisses à l'étranger ont reculé de 0,8% au dernier trimestre.

La leçon? Ce serait rêver de croire que notre seul marché intérieur pourra toujours "sauver" notre croissance. La Suisse gagne un franc sur deux à l'étranger, et les chiffres des exportations du dernier trimestre montrent que le marasme qui sévit chez de nombreux partenaires commerciaux a des répercussions concrètes chez nous. Si certains secteurs restent en croissance, comme l'horlogerie ou la pharma, d'autres tirent la langue, particulièrement l'industrie des machines et l'industrie des métaux. En gros, les branches les plus exposées à la concurrence internationale (particulièrement celle en provenance des pays à bas coûts de production) sont celles qui subissent de plein fouet les vents contraires provoqués par la crise de la dette.

Qu'on s'entende bien, mon propos n'est pas de dire qu'il faut se résoudre à de futures mauvaises nouvelles en rentrant la tête dans les épaules et en attendant la grêle. Au contraire. Ces chiffres contrastés du PIB doivent nous inciter à améliorer sans cesse la compétitivité de notre industrie.

Comment? Pour nos autorités, cela passe par la conclusion de nouveaux accords de libre-échange. Pour les entreprises, par l'accélération du démarchage et de la réorientation sur de nouveaux marchés. Pour le citoyen appelé à voter sur de nombreuses initiatives, par le maintien d'un marché du travail flexible, basé sur le partenariat social (et donc en évitant des règles rigides du type "salaire minimal obligatoire pour tous"). Pour la Banque nationale suisse (BNS),  par la continuation de la politique de lutte contre le renchérissement du franc. Pour notre diplomatie, par la recherche d'un cadre de dialogue serein et constructif avec notre principal partenaire commercial qu'est l'UE, en particulier dans le domaine fiscal.

Il n'y a rien d'inéluctable… mais nous avons du pain sur la planche.

12/12/2012

Les mauvaises recettes du Docteur Maurer

"Si vous trouvez toujours des travailleurs pour tous les postes, cela ne vous pousse pas à chercher d'autres solutions, à rationaliser, à vous montrer inventif et innovant." Cette petite phrase d'Ueli Maurer, dans une interview à "24 heures", fait froid dans le dos. A écouter notre président de la Confédération pour 2013, il faudrait organiser une pénurie de main-d'œuvre pour fortifier l'économie. Un bon jeûne ne fait que du bien à l'organisme, c'est bien connu, n'est-ce pas?

Trêve de plaisanterie, et surtout de simplisme! Voyons les choses concrètement: qu'apporterait un manque de main-d'œuvre dans la restauration? Des clients mal servis et donc une baisse de la fréquentation des établissements. A moins qu'Ueli Maurer ait découvert le moyen de servir le même nombre de tables aux heures de pointe avec moins de personnel. On est curieux d'entendre les solutions qu'il a à proposer à nos cafetiers. Sur quoi déboucherait un manque de personnel disponible dans le secteur de la santé? Des attentes plus longues pour être soigné, dans les hôpitaux, les cabinets médicaux. Davantage d'erreurs médicales… je pense qu'il est inutile d'argumenter davantage.

On a moins envie de rire lorsque l'on songe aux conséquences qu'aurait la politique de M. Maurer. Son affirmation, toujours dans "24 heures" (du 23 novembre), selon laquelle "sans limitation sur le marché du travail, le danger est grand que l'efficacité diminue" est une tromperie. En comparaison internationale, la Suisse ne s'est jamais portée aussi bien que depuis que la libre-circulation des personnes est en vigueur. Nous aurons l'occasion d'en débattre de manière plus approfondie l'an prochain, puisque la Suisse sera appelée à étendre la libre-circulation à la Croatie, qui devrait rejoindre l'Union européenne l'an prochain.

Contrairement à ce que dit le conseiller fédéral, des restrictions à l'embauche affecteraient des branches entières de notre économie. Pas seulement celles qui sont intensives en main-d'œuvre, comme les deux secteurs que j'ai cité précédemment. Dans l'industrie, les sociétés en phase d'expansion – parce qu'elles ont découvert de nouveaux produits ou prospecté de nouveaux marchés - seraient contraintes à délocaliser là où le personnel est abondant.

Nous sommes plus prospères que lorsque nous contingentions le marché du travail, c'est une réalité. L'économie de notre pays continue à croître alors que  la zone euro est en récession. Nos finances publiques sont saines. Nous sommes capables d'investir pour soutenir notre croissance. L'ouverture de notre pays à la main-d'œuvre européenne nous est grandement profitable. Nous serions bien fous de tout remettre en cause aujourd'hui!