16/08/2017

D'où vient la vraie propagande?

Affirmer que la libre circulation des personnes entre la Suisse et l'Union européenne a forgé la prospérité de la Suisse serait de la "propagande", affirme l'UDC. Pour elle, il n'y aurait que des désavantages: "le chômage a atteint un taux record" et la croissance "est quasiment égale à zéro depuis 2009", affirmait fin juillet l'un de ses vice-présidents. Le problème est que ces deux affirmations sont totalement erronées: les chiffres le démontrent.

Avec un taux de chômage de 3% en juin, nous affichons l'un des taux de chômage parmi les plus bas d'Europe. 3% seraient-ils un record pour la Suisse? Il est au plus bas depuis août 2015… et ce taux atteignait 5,2% en 1997 (un taux plus jamais atteint depuis lors), alors que la Suisse contrôlait son immigration via des contingents. Nous ne comptons que 133'000 chômeurs actuellement pour une population totale de 8,4 millions d'habitants alors que la Suisse devait faire face à plus de 200'000 chômeurs il y a 20 ans pour une population de 7,1 millions d'habitants. La Suisse comptait moins de 4 millions d'emplois dans les années 1990, elle en compte plus de 5 millions aujourd'hui.

La croissance tend-elle vers zéro depuis 2009? 2009 a bel et bien été une année de récession en Suisse, comme partout dans le monde, avec une baisse du PIB de 1,9%. Mais la croissance est ensuite immédiatement revenue avec une progression de 2,7% en 2010, puis de 1,9% en 2011. Même en 2015, lorsque le franc s'est renchéri d'un seul coup de près de 20% par rapport à l'euro (un phénomène qui n'a rien à voir avec la libre circulation des personnes), la Suisse est parvenue à afficher une croissance de 0,9%.

Ces chiffres sont consultables par tout un chacun sur le site de l'office fédéral de la statistique (OFS)… comment peut-on parler de croissance proche de zéro? Cela alors que la Suisse avait pu retrouver le niveau d'avant-crise en 2011 déjà. Et alors que des pays comme l'Espagne sortent tout juste aujourd'hui de ce terrible retour en arrière. Et que d'autres, comme l'Italie, ne se sont pas encore rétablis.  

La Suisse romande comme exemple de réussite

Non, la libre circulation n'a pas nui à notre à notre prospérité, elle l'a stimulée. L'UDC affirme que le chômage plus élevé en Suisse romande que dans le reste du pays s'expliquerait par l'ouverture de notre marché du travail. Mais ce taux était déjà plus élevé (7,8% à Genève en 1997, 7,2% dans le canton de Vaud) lorsque l'immigration était contingentée! La libre circulation n'y a rien changé. De plus, Vaud et Genève comptabilisent différemment leurs chômeurs que les cantons alémaniques, intégrant les personnes arrivées en fin de droit, ce qui accroît artificiellement le taux.

Encore plus notable: le bassin lémanique affiche une croissance supérieure à la moyenne suisse depuis une dizaine d'année.  Il y a davantage de places d'apprentissage à pourvoir que de candidats. Vaud a pu assainir ses finances publiques en une dizaine d'années, en large partie grâce au dynamisme économique de la région. La libre circulation n'a pas causé de tort à la Suisse: elle lui a permis de renouveler son tissu économique après les graves difficultés rencontrées dans les années 1990. Notre région est devenue un pôle international pour les start-up, qui toutes mettent en avant l'aspect positif de la diversité de la main-d'œuvre.

Notre canton et la Suisse romande prouvent que la libre circulation déploie des effets positifs. Il suffit d'observer les chiffres sur la durée!

15/01/2014

Non, ce n'était pas mieux avant la libre-circulation des travailleurs!

L'un des arguments clés des partisans de l'initiative UDC contre la libre circulation des travailleurs européens réside dans l'erreur d'estimation dont la Confédération et les experts ont fait preuve à la fin des années 1990. L'immigration supplémentaire avait été sous-évaluée. Cela s'explique en réalité très simplement: la Suisse sortait de dix ans de stagnation consécutive à l'éclatement de la crise immobilière de 1989. Après cette décennie de marasme, base des projections erronées et critiquées aujourd'hui, qui pouvait alors s'attendre à ce que nous retrouvions des taux de croissance habituels supérieurs à 2%? C'est pourtant ce qui s'est produit à partir de 2004.

Un petit retour dans les années 1990 est éclairant. La décennie a été marquée par plusieurs récessions, dont nous ne sommes parvenus à nous extirper véritablement qu'à l'orée de l'an 2000. Le cap des 200'000 chômeurs était atteint en 1997. Dans l'impossibilité de décrocher un premier job ici, de jeunes chômeurs suisses étaient très officiellement incités à émigrer (véridique!) pour acquérir une première expérience professionnelle. Le produit intérieur brut (PIB) de la Suisse romande de 1997 (90 milliards de francs) était inférieur à celui de 1990 (il est aujourd'hui de plus de 146 milliards de francs). Après le refus de l'Espace Economique Européen (EEE) en 1992, la voie des bilatérales peinait à émerger. Nous étions dans le brouillard le plus épais!

L'image n'était pas meilleure pour les finances publiques. Les récessions à répétition ont pratiquement fait tripler la dette de la Confédération en quelques années. Les cantons n'allaient pas mieux. L'Arc lémanique était une région sinistrée.

Remarque: notre politique migratoire était alors régie par des contingents. Une machine bureaucratique - pour qui s'en souvient - qui ne faisait en fait qu'entraver les entreprises encore dynamiques. L'hôtellerie, la restauration et la construction se battaient avec la paperasse…

Mais surtout, les contingents n'empêchaient pas la Suisse d'avoir un solde migratoire important: +100'000 étrangers par an dans les années 1960, encore +57'000 étrangers en 1991 (chiffres nets). L'an dernier, le solde migratoire a été d'un peu plus de 80'000 personnes.

Oui, les experts se sont trompés: les Européens qui viennent travailler en Suisse sont plus nombreux que prévu. Mais nous sommes bien loin des dérapages brandis par les partisans de l'initiative sur laquelle nous votons le 9 février (vous avez tous entendu l'argument: "Berne nous prédisait 8000 Européens par an, il y en a 80'000"). Compte tenu de la stagnation de l'économie qui sévissait dans les années 1990 et de la population totale (6,7 millions d'habitants pour toute la Suisse en 1990 contre 8 millions aujourd'hui), l'immigration était proportionnellement plus forte à cette époque. Les contingents ne jouaient donc aucun rôle de frein.

La réalité, c'est que les flux migratoires suivent l'expansion économique. Le nombre d'étrangers en Suisse a ainsi reculé de 2600 en 1997. La croissance démographique actuelle est le fruit de notre prospérité. La libre circulation des personnes y a largement contribué, pour notre plus grand bénéfice: assainissement des finances publiques, chômage très faible en comparaison internationale, notamment chez les jeunes (le chômage de longue durée – plus d'un an - ne concerne que 500 jeunes dans toute la Suisse), assurances sociales renflouées (voir mon blog précédent), la crise de 2008 surmontée en quelques trimestres à peine…

Quel avantage aurions-nous à tirer la prise aujourd'hui? Qu'aurions-nous à gagner à prendre le risque de briser cette voie bilatérale qui nous a si bien servi jusqu'à aujourd'hui? NON à l'initiative "contre l'immigration de masse"!