21/01/2015

Fin du taux plancher: il faut agir sur notre compétitivité

Ici même, il y a tout juste deux semaines, je me réjouissais du fait que l’économie suisse allait rester très dynamique en 2015, et plus encore en 2016. L'abandon du taux plancher du franc par rapport à l'euro, le lendemain, a totalement changé la donne. On sait désormais que l'année sera extrêmement difficile pour toute l'industrie d'exportation, le tourisme, et par répercussion pour de nombreux sous-traitants. Le renchérissement de 20%, d'un seul coup, du site helvétique sera douloureux.

Mais restons lucides: il est trop tôt pour tirer un bilan définitif. Où se stabilisera l'euro? A 1,10 franc, à la parité ou à 90 centimes? A 90 centimes, c'est une récession assurée. Attendons quelques semaines pour y voir plus clair. La Banque nationale suisse (BNS) a peut-être (sans doute?) une idée derrière la tête. N'oublions pas que son action s'est constamment révélée judicieuse depuis le début de la crise. On peut espérer qu'elle a une nouvelle fois bien analysé les conséquences de ses actes…

Mais cette nouvelle donne, ce retour au marché des changes "normal", doit nous pousser à nous réveiller. Nous tous: partis, associations, autorités. La Suisse ne peut pas se permettre de faire traîner les réformes jusqu'à les enliser, comme cela a trop souvent été le cas. Le maintien de la compétitivité de notre pays n'est pas un concept théorique: avec ce franc désormais totalement surévalué, et probablement pour longtemps, la Suisse doit tout mettre en oeuvre pour rester attractive.

Première mesure à prendre: adopter au plus vite la réforme de l'imposition des entreprises (RIE III). Comme prévu par le Conseil fédéral: l'abandon des statuts spéciaux doit se traduire par une baisse de la fiscalité de toutes les sociétés. Cela donnera un bol d'air à l'ensemble de l'économie et profitera à l'emploi. Avec ses finances saines, le canton de Vaud a la chance d'avoir un projet bien avancé, il faut le concrétiser cette année encore.

Deuxième mesure: trouver une solution avec l'Union européenne sur la libre circulation des personnes. Une position suisse incompatible avec ce principe, tenu pour "non négociable" par les Européens, conduirait à une dénonciation de tous les accords bilatéraux (clause guillotine). Avec notamment la réintroduction des obstacles techniques aux échanges commerciaux. Nous le savons. Combiné avec le franc fort, ce serait la débâcle définitive pour l'industrie d'exportation. Il importe, là, que tous les partis tirent à la même corde pour maintenir notre position encore favorable sur ce plan-là. 

Troisième mesure: mettre en veilleuse le projet de Stratégie énergétique 2050 du Conseil fédéral, qui pénaliserait lourdement notre place économique. Le premier volet, en cours de discussion aux Chambres, doit en principe s'accompagner dans un deuxième temps d'une fiscalité écologique (qui devrait être présentée ce printemps par le Conseil fédéral). Les grands consommateurs, donc les entreprises industrielles au premier plan, seraient inévitablement les plus pénalisées. Ce n'est pas raisonnable dans le contexte actuel.

Enfin, les citoyens ont aussi leur carte à jouer. Les perspectives économiques désormais plutôt moroses – dans le meilleur des cas – devraient les inciter à refuser clairement, le 8 mars, l'initiative populaire intitulée "Remplacer la TVApar une taxe sur l'énergie". La Suisse ne peut pas se payer le luxe de faire passer le litre d'essence à 5 francs! Qui d'ailleurs consentirait à payer ce prix alors que le diesel est à 1 euro de l'autre côté de la frontière? Le 14 juin, on votera ensuite sur l'initiative "Imposer les successions de plusieurs millions pour financer notre AVS", un texte qui compromettrait la transmission de dizaines de milliers de PME dans le pays!

Faire comme si de rien n'était et spéculer sur un affaiblissement du franc d'ici à quelques années serait insensé. Personne n'est en mesure de dire comment les changes évoluent à long terme. La Suisse a sans aucun doute les ressources et les moyens de surmonter le choc créé par l'abandon du franc fort. Mais nous devons nous adapter en tenant compte du scénario le plus probable. Nous ne maîtrisons pas les changes, mais nos lois, nos conditions-cadres, oui!