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13/11/2013

Départ de Shire? Nouvelle alerte pour le canton

Début octobre, je m'inquiétais ici même des mauvaises nouvelles touchant de grandes entreprises vaudoises: diminution des effectifs chez Philip Morris à Lausanne. Départ du siège européen de  Yahoo à Rolle, pour des raisons fiscales, comme on l'a appris plus tard (journal La Côte du 29.10.13). Malheureusement, ce désolant feuilleton continue puisque le groupe biotech Shire a annoncé la semaine dernière qu'il veut quitter Eysins pour Zoug.

Je souhaite plein succès au Conseil d'Etat dans sa démarche visant à sauvegarder ce site, dont on peut noter que plus de la moitié des 230 collaborateurs ont été recrutés localement. Shire est un fleuron de la réussite de notre promotion économique. Cette société d'origine irlandaise s'insère dans un pôle lémanique des sciences de la vie qui a une importance mondiale. Shire y côtoie Novartis, Ferring, Medtronic… Nous avons des atouts à faire valoir.

Il faut tenter de persuader Shire de réévaluer la situation. Mais se contenter de mettre des groupes de travail en place au coup par coup serait une erreur qui pourrait nous coûter cher. Les signaux d'alarme sont désormais suffisamment bruyants pour que le canton entreprenne lui aussi le réexamen de sa stratégie de promotion économique. Il n'y a pas eu de grandes annonces d'implantations depuis près de deux ans, et pour cause: les entreprises n'ont aucune visibilité en matière fiscale. Les impôts, carte maîtresse en matière de promotion économique.

Or qu'en est-il aujourd'hui? Les sociétés savent que la manière dont le canton impose leurs bénéfices va changer, mais elles n'ont aucune idée de la date prévue pour ces changements. Les multinationales savent qu'elles paieront pour la plupart davantage d'impôts qu'aujourd'hui (en raison de l'abandon des statuts spéciaux) mais personne n'est en mesure de leur indiquer l'ordre de grandeur de la hausse à attendre.

L'incertitude prédomine et c'est malsain. Cela ne doit pas et ne peut pas durer. Oui, il faut s'atteler à chercher une solution pour essayer de maintenir Shire dans le canton. Mais il faut parallèlement clarifier quelle politique fiscale le canton va appliquer aux entreprises. Je l'indiquais dans mon blog la semaine dernière, Vaud pratique l'un des taux d'impôt sur le bénéfice parmi les plus hauts de Suisse, à 23,5% en moyenne. Mais les entreprises actives prioritairement à l'international paient la moitié moins (grâce aux statuts spéciaux dont je viens de parler). Elles sont 350 et génèrent le tiers des recettes cantonales de l'impôt sur le bénéfice.

Attendre qu'elles claquent la porte - ou que de nouvelles firmes renoncent à s'installer - ne fera que retarder la nécessité de restaurer notre compétitivité fiscale. Au bout du compte, cela nous coûtera plus cher qu'avant, car il y aura moins d'entreprises et de contribuables. Et davantage de chômage. Oui, il faut l'admettre notre succès est fragile. "Rien n'est jamais acquis", comme le soulignait le magazine "Bilan" vendredi dernier sur son site web. La fiscalité des entreprises vaudoise doit être mise à jour.

Neuchâtel a fait ce pari en 2010 déjà en diminuant le taux d'impôt sur les entreprises. Depuis lors, les recettes de l'impôt sur le bénéfice y ont augmenté de 30%. De quoi avons-nous peur dans le canton de Vaud, qui vient pourtant d'aligner huit exercices bénéficiaires d'affilée?

01/05/2013

Le partenariat social et l'industrie vaudoise, une formule à préserver

Novartis va finalement investir 150 millions de francs à Prangins d'ici à 2020, 110 millions de plus que prévu au moment du plan de sauvetage de la fabrique de médicament vendus sans ordonnance. Le site emploie actuellement 730 personnes, soit 80 de plus qu'il y a 18 mois, au moment où le groupe pharmaceutique bâlois annonçait vouloir cesser la production en terres vaudoises. C'est peu dire que la solution trouvée entre le canton, l'entreprise et les employés pour rendre cette usine rentable à long terme constitue un succès. Grâce au partenariat social, le résultat final dépasse toutes les attentes, comme l'a souligné le chef du Département fédéral de l'économie Johann Schneider-Ammann. Bien sûr, chacun a dû faire des concessions, mais tout le monde y trouve son compte à la fin.

La nouvelle de Novartis est tombée le même jour (jeudi dernier) que l'inauguration officielle de son nouveau site de Mex par le fabricant de machines Bobst. Là aussi, l'entreprise, les employés et le canton ont dû s'assoir autour d'une même table pour chercher le meilleur moyen d'assurer la pérennité des activités sur la durée. Là, la société n'a pas pu éviter des licenciements, en raison de la baisse de la demande de ces dernières années, du franc fort ainsi que de la nécessité de se réorganiser pour mieux se profiler sur les marchés asiatiques. Mais grâce à un soutien bien compris de l'Etat en faveur de la formation des apprentis (on en compte 250 à Mex!), l'entreprise aborde l'avenir avec une santé retrouvée.

Quelques semaines plus tôt – c'était à la fin mars – Nestlé "vernissait" aussi, à Orbe, une nouvelle unité: un centre de technologie pour les capsules et les machines. On y apprenait que le groupe a créé pas moins de 650 emplois en dix ans sur ce site, pour y porter ses effectifs à 1500 personnes. Des dizaines d'entreprises locales y ont participé à plusieurs gros chantiers.

Pourquoi ces exemples? Parce qu'ils illustrent le bon fonctionnement de notre économie, de nos institutions et de notre manière d'élaborer des solutions en cas de difficultés. Nestlé et Orbe sont la vitrine du dynamisme de la région, aussi dans l'industrie. Novartis et Bobst montrent qu'il n'y a pas de fatalité.

Mais il faut pouvoir disposer d'une marge de manœuvre pour trouver des solutions et pour être dynamique! Le partenariat social ne peut pas être encadré par des règles qui ont pour objectif de brider les entreprises. Si les idées comme celles développées dans l'initiative 1:12, qui veut limiter le salaire le plus haut dans une entreprise à douze fois le salaire le plus bas, ou celle exigeant un salaire minimum à 4000 francs passaient la rampe en votation, notre pays glisserait peu à peu sur la voie du dirigisme. Le partenariat social en prendrait en coup.  

Novartis, Bobst et Nestlé nous montrent que le système actuel fonctionne. Que se passe-t-il en France, championne des acquis sociaux aussi rigides qu'intouchables? Elle se désindustrialise à la vitesse grand V. Juste à côté, notre canton parvient à préserver son secteur secondaire et son savoir-faire, et même à les renouveler. Vouloir imiter les recettes destructrices de nos voisins serait une grave erreur!

 

20/02/2013

L'initiative Minder et les leçons de l'affaire Daniel Vasella

"L'affaire Vasella" terminée, deux conclusions peuvent être tirées sur l'initiative Minder. Premièrement, le dénouement par renonciation à cette prime de 72 millions (sur six ans) liée à une clause de non concurrence prouve qu'il n'y a pas besoin de loi pour faire revenir en arrière les managers auxquels les sociétés accordent des rémunérations stratosphériques. Une vraie indignation générale suffit. Deuxièmement, le battage médiatique sur ce cas particulier montre une nouvelle fois qu'une petite poignée de patrons seulement sont visés par cette initiative. Et parmi eux, des managers (de Swissair, d'ABB) qui ne sont plus en fonction depuis plus de dix ans…  

Pour toucher, disons, 10 établissements, le missile Minder frappera de manière aveugle toutes les sociétés cotées en Suisse, soit quelque 250. Parmi elles figurent bon nombre de PME. Des petites et moyennes entreprises au sein desquelles les rémunérations n'ont jamais fait l'objet de la moindre contestation. Si l'initiative passe, elles devront pourtant se soumettre aux même règles drastiques (élection chaque année de chacun de leurs administrateurs, votation annuelle sur l'enveloppe des salaires) que les plus grandes multinationales. Toute flexibilité disparaîtra.

Encore une fois, le contre-projet permet une approche plus pragmatique, en laissant une marge de manoeuvre aux sociétés. Le contre-projet interdit aussi les parachutes dorés et permettra surtout la restitution de sommes indument perçues, un point que l'initiative ne prévoit pas. Il obligera les entreprises à définir de manière transparente quelle est la politique de rémunération de ses dirigeants (par le biais de règlements). Pour qui veut freiner la course à la surenchère des salaires des managers, le contre-projet sera beaucoup plus efficace que l'initiative, dont l'auteur n'a jamais caché que son but n'était pas de faire baisser les salaires mais uniquement de donner davantage de pouvoir aux actionnaires.

Qu'on retrouve systématiquement les pourfendeurs de la valeur actionnariale parmi les plus grands partisans de Minder est incompréhensible!

En politique comme dans la vie quotidienne, la colère, l'émotion, la rancœur ou la jalousie ne conduisent jamais aux meilleures décisions. L'initiative Minder ne fait pas exception. Elle est démesurée. Il est encore temps de choisir la voie de la raison, le contre-projet, qui entrera automatiquement en vigueur si l'initiative Minder est repoussée.