08/06/2016

La transition énergétique se fera avec les éoliennes… et de la coordination

Le vote de Vallorbe a été clair dimanche: c'est oui à l'énergie éolienne. A plus de 57% des voix, les citoyens ont accepté la construction de six mâts, qui devraient subvenir à la consommation d'environ 11'000 ménages. Consultés en 2012, les habitants de Sainte-Croix avaient dit oui à un autre projet. Cette forme d'énergie convainc peu à peu. Tant mieux. Mais nous devons continuer à travailler sur plusieurs fronts pour réussir la transition énergétique, car l'éolien n'est qu'une petite partie de la solution.

Tout d'abord, il faut noter que si elles sont acceptées dans le Jura vaudois et qu'elles récoltent en général les faveurs des citoyens (9 votations sur 10 acceptées en 2015), les éoliennes n'ont pas trouvé grâce aux yeux des habitants de Daillens et d'Oulens en 2013. Quant aux projets pourtant validés dans les urnes, comme celui de Sainte-Croix, ils sont systématiquement retardés par des pluies d'oppositions. Il en ira de même à Vallorbe.

Au bout du compte, le canton de Vaud ne pourra très probablement pas se doter de la totalité des 170 mâts évoqués il y a quelques années (lesquels devraient subvenir à 27% de la consommation du canton). On en saura davantage prochainement puisque la Confédération doit publier sa "Conception énergie éolienne" ce mois encore.

Le tournant énergétique lancé en 2011 prend beaucoup plus de temps. Depuis cette date, aucune éolienne n'a été érigée dans notre canton. Au niveau national, cette source d'énergie ne fournit que 0,2% de la production d'électricité (avec 34 engins) du pays… alors que la Stratégie énergétique 2050 vise 7%.

Le vote des Vallorbiers, dimanche, comme ceux de Charrat en Valais (qui ont accepté deux autres éoliennes), va dans le bon sens, mais l'évolution du dossier doit nous inciter au pragmatisme. L'abandon du nucléaire est désormais sur les rails, mais il doit se faire de manière échelonnée et coordonnée. L'initiative des Verts visant une fermeture anticipée des centrales atomiques, sur laquelle on votera à la fin de l'année, rendrait notre pays vulnérable, si elle était acceptée. Déjà compliquée par les problèmes de rentabilité que rencontre la production d'énergie hydraulique, la réussite de notre transition énergétique requiert plus que jamais tact et pragmatisme. Evitons la précipitation.

23/09/2015

Energie: les entreprises s’inquiètent pour leur compétitivité

Plus de 100 entreprises de toute la Suisse ont publié la semaine dernière une lettre ouverte faisant part de leur inquiétude pour la compétitivité de notre pays face à la stratégie énergétique 2050. D’ABB à Siemens en passant par Bobst, Pfister ou Lonza, elles demandent au Conseil des Etats, qui discute cette semaine du dossier, de tenir compte de la situation actuelle. En particulier du franc fort. Leur principale requête: que l’on renonce à augmenter les taxes et subventions et qu’on limite dans le temps celles qui existent.

Contrairement à ce que l’on a pu entendre ou lire, cet appel ne remet pas en cause la volonté de sortir du nucléaire. Ce type de production d’électricité n’a plus l’indispensable soutien politique et populaire qui permettrait de lui envisager un avenir à moyen terme. A cela s’ajoute que l’atome n’est de toute manière plus rentable dans le contexte énergétique d’aujourd’hui. Les entreprises ont tourné la page, comme les sociétés électriques…

Reste à sortir intelligemment du nucléaire! Nous devons tenir compte des expériences menées ailleurs, par exemple en Allemagne où les émissions de CO2 ont explosé… alors que le renouvelable se développe rapidement grâce au «tout subvention». Et nous devons aussi prendre en compte la situation économique.

Les entrepreneurs – issus de tous les secteurs d’activités - qui ont signé la lettre ouverte publiée la semaine passée appuient leur requête sur leur expérience quotidienne. Entre 2008 et aujourd’hui, le franc s’est raffermi de plus de 35% par rapport à l’euro, dont un renchérissement de de 10 à 15% en janvier dernier suite à la suppression du cours plancher de notre devise face à la monnaie européenne. La concurrence internationale s’accroît.

Des emplois en jeu

Ajouter aujourd’hui des taxes supplémentaires (augmentation de la RPC) n’est pas soutenable. Le durcissement de la conjoncture entraîne déjà de nombreuses suppressions d’emplois. Toutes ne sont pas forcément médiatisées car elles interviennent chez les sous-traitants, essentiellement des PME moins connues du public. L’adaptation de l’économie suisse au franc fort n’étant de loin pas achevée, dire aux entreprises que les conditions-cadres vont également se dégrader sur le front des charges en énergie irait à l’encontre du bon sens.

Les nouvelles énergies renouvelables n’ont plus besoin de subventions massives. Les coûts de production du photovoltaïque et de l’éolien vont continuer à baisser, comme ils le font de manière constante depuis des années. Le Centre de l’énergie de l’EPFL le soulignait pas plus tard que la semaine dernière en dévoilant un modèle énergétique qui montre que, quelle que soit l’option retenue (fossile, renouvelable ou nucléaire), la transition énergétique coûtera pratiquement le même montant.

La Stratégie énergétique doit veiller à ce que le renouvelable soit rapidement viable sans aide de l’Etat. Prévoir une hausse de la RPC et une politique de subventionnement déployant des effets jusqu’en 2045 (comme envisagé dans le second paquet de la Stratégie énergétique) ne ferait que perpétuer les erreurs commises jusqu’ici. Le Conseil des Etats, puis à nouveau le Conseil National, peuvent d'ores et déjà rectifier le tir en limitant les aides dans durée. La Suisse doit innover et montrer l’exemple en matière de transition énergétique!

17/06/2015

Economie verte: à trop tirer sur la corde…

Les doutes des entreprises sur l’urgence d’adopter des dispositions plus contraignantes en Suisse en matière d’environnement sont-ils infondés? Peut-on faire comme si de rien n’était, comme si 30'000 emplois n’étaient pas menacés dans notre pays au cours des six prochains mois, en raison de la cherté du franc? Comme si le PIB n’était pas  en recul depuis le début de l’année, pour la première fois depuis la crise de 2009. Comme si la conjoncture internationale ne restait pas inquiétante.

Le contre-projet à l’initiative populaire dite «économie verte», en débat cette semaine au Conseil National, tombe au plus mauvais moment. Il propose des mesures centralisatrices, donnant de nouvelles compétences à la Confédération pour imposer des contraintes supplémentaires de recyclage et de gestion des ressources. Tout cela alors que la Suisse est déjà systématiquement classée parmi les pays les plus efficients de la planète.

Cette course vers la perfection absolue doit aujourd’hui être mise en balance avec les impératifs immédiats: préserver notre capacité concurrentielle. Le maintien de notre compétitivité est le seul moyen qui nous permettra de nous maintenir aux premiers rangs des pays parmi lesquels les entreprises sont les plus respectueuses de l’environnement. A trop tirer sur la corde, on risquerait de la casser!

Les entreprises dépassent leurs objectifs

Les entreprises suisses s’engagent déjà résolument en matière d’économies d’énergie et de diminution de la pollution. Au cours des dix dernières années, les 3300 entreprises suivies par l’Agence de l’énergie pour l’économie (AEnEC), qui les encadre dans leurs programmes d’économies d’énergie, ont ainsi dépassé de plus de 10% leurs objectifs de réduction d’émissions de CO2 (souvent fixés entre 15 et 20%). L’AEnEC compte par ailleurs chaque année plus d’entreprises se ralliant à ses programmes.

En Suisse romande, le canton de Vaud vient de se doter d’une nouvelle loi visant à accompagner les grands consommateurs d’énergie. Les 650 plus importants devront tous passer des audits et entreprendre des mesures d’assainissements au cours des prochaines années, sous la supervision de l’administration cantonale. Des économies d’énergie de l’ordre de 20% sont d’ores et déjà projetées pour la plupart d’entre eux…

Une question de tempo

Face à ces chiffres, on ne peut que constater que la conseillère nationale verte Adèle Thorens exagère en déclarant dans Le Matin Dimanche que l’économie «manque de crédibilité et de sérieux». Tout prouve le contraire. Les entreprises ont intérêt à mieux gérer leurs ressources et à économiser l’énergie. Car l’opération est bénéficiaire. Mais tout est question de rythme. Il faut fixer des retours sur investissements qui soient viables, des mesures qui soient ciblées et qui tiennent compte de la capacité financière des entreprises. Pourquoi devrions-nous traiter les entreprises différemment des personnes, à qui il ne viendrait même pas à l'idée d'imposer des exigences intenables?

Une gestion centralisée, telle que proposée dans le contre-projet à l’initiative «économie verte», serait dangereuse. On pourrait peut-être continuer à viser la lune, si l’économie flambait. Mais il suffit d’interroger quelques dirigeants de PME pour se rendre compte que c’est bien loin d’être le cas. La prudence s’impose. La Suisse se doit d’étudier et d’observer sereinement la situation avant de se fixer de nouvelles contraintes (y compris en matière de taxation des énergies, comme le prévoit le 2e volet de la Stratégie énergétique 2050). Aucun autre pays ne s’impose de tels obstacles dans les circonstances actuelles!