10/07/2013

Excès d'initiatives populaires, consensus en péril

L'explosion du nombre d'initiatives populaires est inquiétante. On est passé de 3 à 10 objets soumis au vote du peuple et des cantons, par décennie, au début des années 1900, à 44 au cours des dix dernières années, relatait lundi "24 heures". La surenchère est évidente.

Il y a encore quelques années, les initiatives étaient surtout utilisées comme un aiguillon. Elles avaient pour objectif d'amener le parlement à empoigner un dossier et à élaborer un contre-projet. Ce processus achevé, les promoteurs de l'initiative finissaient généralement par se rallier au consensus. Et retiraient donc logiquement leur texte. Les objets maintenus jusqu'au bout étaient en principe des propositions qui n'avaient pas suscité une volonté assez large de faire évoluer notre droit fédéral.

Tout a changé il y a quelques années avec l'arrivée du show politique permanent. Les initiatives sont devenues des outils promotionnels. Les initiants ne visent plus forcément un consensus. Non, leur objectif numéro un est de faire parler d'eux. De tenir l'opinion publique en haleine. Avec une telle stratégie, lorsqu'un contre-projet prend forme, il est de plus en plus tentant de maintenir l'initiative, pour profiter d'une exposition médiatique gratuite. "Qu'on parle de moi en bien ou en mal, peu importe. L'essentiel, c'est qu'on parle de moi!", disait Léon Zitrone… Et si le contre-projet est indirect, donc non soumis à votation, la tentation d'aller au front jusqu'au bout devient presque irrésistible.

Cela change fondamentalement le travail du parlement. En cas de contre-projet indirect, le peuple n'a pas de prise directe sur l'objet puisqu'il ne lui est pas soumis. Tout le travail des Chambres est alors occulté par les initiatives maintenues, malgré des acceptations parfois massives des contre-projets par le parlement. Résultat, le débat se polarise, en dehors de toute possibilité d'atteindre un nouveau consensus. Les initiatives étant beaucoup plus nombreuses, davantage d'entre elles passent (et passeront) la rampe. Et ces objets hétéroclites (interdiction de construire des minarets, pouvoir de se prononcer sur les salaires des sociétés cotées donné aux actionnaires...) continueront à charger la Constitution de dispositions qui n'ont rien à y faire, parce qu'elles devraient être réglées au niveau de la loi. Notre Constitution entrée en vigueur en 2000 avait justement été révisée notamment parce qu'elle intégrait trop d'objets secondaires…

Seize initiatives sont actuellement en phase de récolte de signatures. Plus de 20 sont à ce jour dans la phase où elles peuvent potentiellement être soumises au vote du peuple (d'ici à quatre ans). Valeur essentielle de la Suisse, la capacité à créer le consensus est soumise à des tirs nourris. Trop nourris!

28/03/2012

Les bien-pensants et le financement des partis

Les entreprises doivent-elles financer tous les partis? Chacune est libre, et c'est tant mieux. Tout récemment, deux banques, le Credit Suisse et les Raiffeisen, ont décidé de verser des fonds à tous les partis qui leur en feront la demande. Gros malaise chez les socialistes, qui ont décidé de consulter leur base sur la proposition…

Que cache ce manteau de vertu? L'argent de l'économie privée, c'est-à-dire provenant précisément de là où l'énorme majorité des citoyens suisses  gagnent leur vie, serait-il "sale" ou "obscur" par nature? Pour certains, la réponse semble évidemment affirmative. Aberration!

La réalité, derrière ce politiquement correct, c'est que de plus en plus de bien-pensants font la distinction entre les bonnes et les mauvaises entreprises. Avec toutes les dérives que comporte une telle vision manichéenne du monde. Les multinationales qu'on exonère? Forcément toutes des tricheuses. La finance? Des spéculateurs et des profiteurs. L'industrie, le commerce, les services? Des exploiteurs.

Avec ces slogans, avec cette vision du monde du travail, les moralistes font en réalité un affront à tous les salariés du privé. A tous les contribuables, personnes ou sociétés, qui créent la richesse indispensable au fonctionnement de l'Etat et au financement des assurances sociales. Dans le canton de Vaud, 14,7% de la richesse créée annuellement (le produit intérieur brut) est produite par le commerce et le secteur de la réparation, 6,3% par l'industrie des machines, 9,6% par la finance et les assurances... Il s'agit d'activités réelles, d'emplois réels, qui répondent à une demande. Il n'y a rien d'opaque là-derrière.

Mis à part quelques moutons noirs – il y a bien sûr des entreprises qui manquent d'éthique, comme certaines personnes d'ailleurs – vouloir trier entre les prétendues bonnes et mauvaises entreprises est un exercice hautement douteux. Il n'y a en réalité que des sociétés qui créent de la valeur, sinon elles disparaissent. Que l'on veuille ou non acheter leurs produits est une autre histoire, qui relève de la liberté de chaque consommateur. Reste que la banque est tout autant indispensable au fonctionnement de l'économie et de l'Etat que le fabricant de médicaments, l'assureur ou… l'administration publique.

Comme il est tout autant primordial que les entreprises fassent des bénéfices. Pour pouvoir embaucher - il s'agit là de leur première responsabilité sociale -, se développer et… payer des impôts. L'économie, c'est un tout. Libre à chacun d'accepter l'argent de qui il veut, bien sûr. Mais on ferait bien de ne pas oublier que nos sociétés dépendent totalement du secteur privé!

 

26/10/2011

L'électrochoc Novartis, coup de semonce pour les "déçus" de la croissance

Le coup est rude, d'autant plus brutal qu'inattendu. Avec sa décision de fermer son site de production de médicaments de Nyon, Novartis laissera 320 employés sur la touche. Le canton perdra de son côté une fabrique qui fait presque partie du patrimoine régional, tant le site de l'ex-Zyma semblait installé depuis toujours à l'entrée de la ville.

 

Cette annonce nous rappelle abruptement que rien n'est définitivement acquis. Encore moins aujourd'hui qu'hier. La concurrence internationale s'est fortement accrue ces dix dernières années. Les Etats rivalisent pour attirer les industries, les investissements et les emplois. Les pays à bas coûts deviennent toujours plus attrayants, au détriment de places comme la Suisse, comme notre canton.

 

La restructuration de Novartis survient comme une piqûre de rappel de ces faits élémentaires. Piqûre de rappel? Rappelons qu'en dépit d'une conjoncture qui se dégrade rapidement, de nombreuses voix prônent encore la décroissance dans le canton de Vaud, qui serait trop attractif. Soulignons-le encore une fois: "décroissance = suppression d'emplois". Les critiques du développement économique assument-ils toujours cette position?

 

En matière d'assurances sociales - autre auto-goal - le parti socialiste propose de son côté d'augmenter de 25 à 50% les allocations familiales, que les entreprises paieraient seules à hauteur de 100 ou 200 millions de francs. Cela alors que le canton vient d'introduire un nouveau prélèvement sur les salaires pour financer les prestations complémentaires pour les familles (PC familles). Vaud est par ailleurs l'un des cantons où la fiscalité frappant les entreprises est la plus élevée.

 

Livré aux apprentis sorciers du "toujours davantage d'Etat social", le canton court de grands risques. Casser la croissance est aisé: il suffit de faire fuir les investisseurs. En combattant par exemple la libre circulation des travailleurs. Ou en assaillant les employeurs de nouvelles charges sociales. La ranimer sera beaucoup plus difficile tant il est vrai qu'elle ne se décrète pas. Il suffit d'observer ce qui se passe aux Etats-Unis ou en France, pour ne pas parler du sud de l'Europe. Il est grand temps que syndicats, partis, autorités communales et cantonales parlent d'une même voix en faveur des places de travail. En faveur de la croissance!