19/06/2013

Réforme de l'AVS: Alain Berset pose les vraies questions

AVS et 2e pilier doivent être réformés, en raison de l'allongement de l'espérance de vie de la population et de la baisse des rendements des capitaux. Si tout le monde semble d'accord là-dessus, les avis divergent sur les moyens d'empoigner le problème. Résultat, le dossier piétine. Mais les choses commencent à bouger: selon la presse dominicale du week-end dernier, le conseiller fédéral Alain Berset va bientôt présenter des solutions concrètes. Bonne surprise: elles vont dans le sens de ce que disent depuis longtemps les milieux économiques. 

Baisse du taux de conversion, âge légal de la retraite à 65 ans pour tous, augmentation de l'âge minimal permettant de prendre une retraite anticipée à 62 ans (58 ans aujourd'hui), instauration d'une retraite flexible entre 62 et 70 ans, ces changements sont inévitables. Contrairement au concert de lamentations que l'on entend toujours, ils ne constituent ni un démantèlement, ni même un sacrifice. Ce sont des adaptations nécessaires. Et c'est un ministre socialiste qui le dit, désormais.

L'Allemagne est passée par là il y a quelques années. L'Espagne plus récemment. Les pays nordiques ont également repoussé l'âge de la retraite, par étapes, il y a quelques années déjà.

En Suisse, en 1990, l'espérance de vie effective (à la naissance) était de 74,1 ans. Elle avait déjà grimpé à 76,9 ans en 2000. Elle est actuellement de l'ordre de 80 ans pour les hommes et de 84 ans pour les femmes. Mais la dernière révision importante de l'AVS (la 10e) remonte à 1997! On avait alors fait passer l'âge de la retraite des femmes de 62  à 64 ans, une mesure que le peuple avait plébiscitée, deux ans plus tôt, à 61% des voix.

Depuis lors, le dossier est enlisé. Après dix ans de travaux, la 11e réforme de l'AVS a finalement été enterrée en octobre 2010, grâce à l'alliance des socialistes et de l'UDC. L'équation s'est pourtant compliquée au cours des 10 dernières années. Au défi du vieillissement de la population s'ajoute désormais celui des crises boursières et monétaires qui diminuent les rendements. Les magnifiques performances des précédentes décennies semblent avoir disparu.

Si rien n'est fait, la Confédération estime que l'AVS pourrait être déficitaire à hauteur de 10 milliards de francs par an dans les années 2020. "Nous sommes dans une phase où il n'est plus permis de tergiverser longtemps", rappelait-il à l'assemblée générale de la CVCI à la fin avril. Sachant qu'une réforme prendra au minimum trois à quatre ans compte tenu de la consultation, puis des processus parlementaire et référendaire, on ne peut qu'approuver. Le paquet présenté dimanche dans la "Sonntagszeitung" – qui reste bien sûr à confirmer - constitue une base de discussion qu'il faut aborder sans a priori idéologique!

10/11/2010

La performance dérange!

Je vous soumets, aujourd’hui, un article que j''ai écrit pour le dernier numéro "d'Employeur suisse", le journal de l'Union Patronale Suisse ("Employeur suisse", Rubrique Éclairage, Edition 17 / 2010, p. 61):

"L'âme de ce pays peut être bien étrange ! Elle nous pousse souvent à nous focaliser sur le détail, pour critiquer, voire condamner les projets innovateurs. Elle nous retient d'être fiers de ce qui se fait ici, de reconnaître nos atouts et, évidemment, de nous féliciter d'avoir des têtes qui dépassent.

L'EPFL a inauguré en juin 2009 sur son campus le Quartier de l'Innovation. Pas moins de 2000 emplois vont y être créés d'ici 2012 ! Et c'est sur ce campus que Nestlé a annoncé sa décision d'implanter un centre de recherche consacré à «la nutrition de santé», centre qui comptera près de 200 collaborateurs. Au lieu de se réjouir de cette bonne nouvelle, la radio romande se demandait si cette collaboration entre l'industrie et le monde académique ne risque pas d'avoir une influence néfaste sur les scientifiques, d'en faire des pions au service de l'économie et de priver le monde universitaire de son indépendance. En plein débat sur l'assurance-chômage, nos journalistes ont été incapables de mettre en perspective cette chance de voir 200 emplois créés dans un secteur de recherches qui pourrait générer d'autres emplois grâce aux découvertes faites. Dans tout autre pays, on se battrait pour bénéficier d'une telle opportunité et on serait reconnaissant de pouvoir en profiter. Manifestement pas en Suisse !

Heureusement que cet esprit étriqué n'habite pas tous les citoyens de ce pays, sans quoi notre taux de chômage ne serait pas le plus bas d'Europe. Pour atteindre cette place enviable, la Suisse s'est donné les moyens. Depuis des années, elle caracole en tête des classements mondiaux sur la capacité d'innovation, grâce à des activités de recherche et développement très dynamiques. Elle y consacre plus de 3 % de son PIB et atteint ainsi l'objectif fixé par le Traité de Lisbonne, qui vise à doter l'Europe de «l'économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde». Les journalistes, si prompts à la critique et habités par cet esprit chagrin, seraient bien inspirés de regarder les chiffres en détail. Ils constateraient alors que, si la Suisse sort encore en tête des classements mondiaux sur la R&D, c'est bel et bien parce que cette dernière est financée aux trois-quarts par l'économie privée. C'est aussi cette économie privée qui ouvre des centres de recherche à l'EPFL et qui investit des montants considérables à l'étranger. Elle a depuis longtemps «rasé les montagnes afin de voir la mer», pour le bien général de nos emplois!