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07/12/2016

Admirée à l'étranger, "oubliée" à Berne, parlons de la Health Valley lémanique

Il reste malheureusement du chemin à faire pour convaincre nos élus de la nécessité de favoriser l'innovation. La semaine dernière, à Berne, "peu de parlementaires alémaniques et même romands ont fait le déplacement pour écouter le message" des représentants de la Health Valley lémanique, soit les entreprises et institutions actives dans la pharma, la santé, la recherche et les biotechnologies, lit-on dans le dernier Matin Dimanche.  Disons-le franchement, ce désintérêt est regrettable!

La prospérité de notre pays s'explique par notre capacité à être sans cesse à la pointe dans certains domaines d'activité et certaines technologies. L'industrie pharmaceutique et biotechnologique fait partie de ces secteurs, comme les sociétés actives dans les techniques médicales ou celles développant des outils électroniques en lien avec la santé… Tous ces secteurs ont besoin d'un cadre législatif, réglementaire et financier adapté. Un cadre qui leur permette de rester dans la course face à une concurrence internationale chaque année plus intense. Ce constat est encore plus vrai pour les start-up, qui aiguillonnent toujours plus l'innovation.

Le bassin lémanique, avec l'EPFL comme épicentre, constitue un formidable exemple de ce potentiel. Dans les sciences de la vie, nous rivalisons avec les plus grands centres de recherche mondiaux grâce à des start-up nées ici. Encore faut-il qu'elles puissent se développer dans la région, une fois la phase de démarrage passée.

Il y a quelques années, les élus fédéraux ont déjà raté le coche en entravant la mise en place d'une fiscalité clairvoyante sur les stock-options, ces (compléments de) salaires en actions souvent utilisés dans les entreprises à fort potentiel de croissance. Le fait que des entreprises de la vieille économie – les banques en l'occurrence – puissent en tirer elles aussi avantage avait fait échouer l'essentiel d'une réforme pourtant nécessaire.

Un devoir, une responsabilité

Ce type de blocage ne devrait plus avoir cours. Les nouvelles technologies et la vitesse à laquelle elles se développent doivent nous inciter à penser différemment. Que l'on soit entrepreneur ou élu, il est de notre devoir de nous familiariser avec cette nouvelle réalité, avec les besoins et les attentes des jeunes entreprises. Cela ne signifie pas que le reste de l'économie mérite une moindre attention. Il faut au contraire la préserver et l'aider à rester dans la course.

L'innovation concerne tout le monde, mais elle nécessite une approche nouvelle en politique aussi. C'est à cela que servent des événements comme celui organisé par les acteurs de la Health Valley la semaine dernière. Osons une conclusion optimiste: les parlementaires étaient peut-être accaparés par mille autres invitations… ce sont bientôt les fêtes de fin d'année! 

13/07/2016

L'expansion de Ferring à St-Prex doit continuer à inspirer notre promotion économique

Un groupe industriel qui investit dans le canton de Vaud, malgré le franc fort… la nouvelle mérite d'être soulignée. La société pharmaceutique Ferring, à St-Prex, a annoncé fin juin qu'elle va accroître ses effectifs de quelque 300 personnes, pour les porter à 1000 d'ici à 2020. Elle vient par ailleurs de mettre en place une nouvelle ligne de production. Cette "success story" prouve qu'une politique de promotion économique active fonctionne et qu'elle est plus que jamais nécessaire.

Ferring, d'origine suédoise, a d'abord installé son quartier général international à Lausanne, en l'an 2000. Familiarisée avec la région, ayant constaté son potentiel, l'entreprise s'est ensuite lancée dans la production à St-Prex il y a tout juste dix ans. 350 emplois étaient évoqués à l'époque, on en compte plus de 600 aujourd'hui et on se dirige donc vers le millier d'emplois. Cela montre que la politique de développement s'inscrit sur le long terme et qu'il ne faut pas négliger d'accueillir des sièges de multinationales. Ces derniers peuvent donner lieu à des expansions inattendues…

Il y a lieu de rouvrir le débat dans notre canton. La décision britannique de quitter l'Union européenne (UE) impliquera de toute manière une redistribution des cartes dans le monde des grandes entreprises internationales. S'il est vrai que personne ne peut en prédire l'ampleur aujourd'hui, il est tout aussi certain que la Grande-Bretagne connaîtra des délocalisations. Easyjet a déjà commencé à passer à l'action. Les banques suivront bientôt, elles l'ont annoncé. Et très probablement certains industriels. Qui lancerait aujourd'hui un plan d'investissement en Grande-Bretagne, dans l'incertitude politique et conjoncturelle la plus complète?

La Suisse et le canton de Vaud seraient peu avisés de ne pas se profiler au plus vite. Les décisions tomberont très rapidement, outre-Manche, car Londres sera "hors marché unique" – en tout cas en partie, on verra quels accords bilatéraux ce pays parviendra à négocier - dans 24 mois déjà. Les Français, pour ne citer qu'eux, ont déjà manifesté leur intérêt à accueillir des sociétés qui souhaitent éviter les turbulences post-Brexit.

Notre région, et la Suisse en général, part avec un handicap, il faut l'admettre. Nous devons en effet clarifier au plus vite nos relations avec l'UE, embrouillées depuis l'acceptation de l'initiative "contre l'immigration de masse". Mais il y a consensus sur le maintien des Bilatérales, dans l'opinion publique et dans trois des quatre partis gouvernementaux. La voie est donc toute tracée pour maintenir notre prospérité, et même la renforcer. C'est une question de choix politiques. La rentrée sera plus cruciale que jamais.

17/02/2016

Vaud a bâti son succès sur un marché du travail ouvert

Où en sont les entreprises vaudoises? Franc fort, restructurations, marchés financiers dans la tourmente, fort ralentissement de l’économie chinoise, prix du pétrole au plancher… ce début d’année donne des sueurs froides. Nous traversons une passe délicate et difficile. Toutefois, grâce à son ouverture et à sa diversification initiée à la fin des années 1990, au moment où entraient en vigueur les accords bilatéraux entre la Suisse et l’Union européenne, le canton de Vaud dispose de solides atouts pour faire face aux problèmes actuels.

N’en déplaise aux sceptiques, ces solides atouts ne relèvent pas de la méthode Coué. Ils ressortent très clairement d’une étude menée conjointement par la Chambre vaudoise du commerce et de l’industrie (CVCI) et la BCV, en collaboration avec l’institut universitaire Créa, et publiée début février.

Qu’y observe-t-on? Que le canton de Vaud a créé 38% d’emplois (plus de 70'000 postes équivalents plein temps) dans le secteur tertiaire entre 1998 et 2013. Le secteur secondaire n’a pas été en reste, avec +23% d’emplois (+13'000 postes). Après avoir sombré au début des années 1990, l’industrie vaudoise a entamé un redéploiement. Dans la pharma, les techniques médicales, l’alimentaire, l’horlogerie, l’électronique. Les secteurs traditionnels (machines, imprimerie, métallurgie), se sont adaptés. La construction, et tout particulièrement les entreprises actives dans des spécialités, ont connu un boom sans précédent depuis des lustres.

Plusieurs explications

Les raisons sont multiples, bien sûr. Notre canton a su déployer une politique de développement économique efficace, s’appuyant sur des instruments fiscaux ciblés. Et puis il y a eu une conjoncture favorable, des marchés émergents porteurs, une dynamique positive. Il y a eu des hautes écoles qui ont misé à fond sur la carte de l’innovation.

Mais cela n’explique pas tout. Les accords bilatéraux, et tout particulièrement l’accord sur la libre circulation des personnes, s’inscrivent constamment en arrière-fond de cet essor continu. Les entreprises ont pu recruter les spécialistes dont elles avaient besoin. Et cela a également profité aux Vaudois.

La preuve? Dans les professions techniques et informatiques, le nombre de collaborateurs étrangers a quasiment doublé entre 2000 et 2010. Mais le nombre de Suisses occupés dans ces métiers a lui aussi bondi de 43%. On observe le même doublement des effectifs étrangers dans la banque, les assurances et activités de conseil, pour un accroissement de 32% des postes occupés par des Suisses. Même tendance dans la santé, l’enseignement, les professions scientifiques, mais aussi les transports, les professions commerciales.

Pouvoir accéder à une main-d’œuvre qualifié sans obstacles administratifs a donné un coup de fouet à nos entreprises, qui venaient de vivre une décennie 1990 noire. Plus noire que dans le reste de la Suisse. Il y avait moins d’emplois dans le canton de Vaud en 1998 qu’en 1985! A l’heure où le chômage repart à la hausse, nous devons tirer les leçons du passé et miser sur ce qui fait notre succès, en particulier l’ouverture de notre marché du travail. Souvenons-nous que cette politique nous a permis de traverser deux récessions (2001 et 2009) pratiquement sans dommages. Il s’agit de maintenir ce cap.