14/10/2015

Le chocolat au lait vaut bien une nouvelle formule fédérale

L'industrie alimentaire suisse est soumise à rude concurrence, au point qu'il faille parfois prévoir des aides pour assurer le "swiss made". C’est le cas en particulier du chocolat, qui dispose d'une loi sur mesure datant des années 1970. Elle autorise la Confédération à accorder des subsides à l'exportation afin de compenser le fait que le prix du lait payé par les fabricants suisses est au moins deux fois plus élevé que dans les pays voisins. Problème: l'Organisation mondiale du commerce (OMC) ne veut plus de cette exception à l'interdiction des aides directes.

Une conférence ministérielle de cette institution devrait formaliser cette décision dès décembre prochain, à Nairobi, indiquait «24 Heures» samedi. La Suisse devra alors proposer des solutions. Il y aura sans doute un délai, une phase transitoire… mais il faudra agir.

Les intérêts des agriculteurs et des industriels se recoupent. Il s’agira de trouver la formule qui permette à l'industrie chocolatière de continuer à valoriser les produits agricoles suisses, et tout particulièrement le lait. Pour cette année, les aides se montent à 90 millions de francs et compensent la grande majorité du surcoût des produits suisses. Sans ces compensations, la plus grande partie du chocolat que nous exportons, tout suisse qu'il est, serait trop chère pour concurrencer les produits fabriqués sur place. Nos fabricants devraient acheter du lait étranger… ce qui ferait perdre le label suisse à leur produit. Quel serait alors l’intérêt de le produire ici, avec des salaires et des charges plus élevées qu’à l’étranger?

Une industrie très orientée à l'exportation

Avec l’horlogerie, le chocolat constitue l’un des principaux constituants de l’ADN suisse. Chaque habitant a beau en avaler 11,7 kilos par an, faisant de nous les plus grands consommateurs au monde derrière l’Allemagne, cette industrie n’est pas si grande: elle compte 18 entreprises pour un peu plus de 4500 employés et 1,7 milliard de francs de chiffre d’affaires. Elle est en outre extrêmement tributaire des marchés étrangers puisque l’an dernier, 63% de sa production (en tonnes) a été exportée. Et derrière les fabriques, il y a les fournisseurs, en particulier les paysans. Des centaines d’exploitation agricoles sont concernées.

Tous les pays subventionnent leur agriculture, la Suisse n'a pas à rester en arrière, sur ce dossier. L’OMC interdit les aides à l’exportation, pas les paiements directs. La nouvelle recette fédérale devra s’inscrire dans cette logique.

04/02/2015

Ouverture du marché de l’électricité: un coup de pouce aux PME!

Comment passer le cap du franc fort et soulager les PME? Beaucoup de solutions ont été évoquées ces derniers jours: chômage partiel, meilleure gestion des coûts, allongement de la durée du travail (lorsque les commandes sont là)… Mais l’une des solutions pourtant parmi les plus simples n’a pas (ou que peu) été évoquée jusqu’ici, et cela alors qu’elle vient de faire l’objet d’une consultation fédérale: l’ouverture complète du marché de l’électricité.

Ce changement, prévu pour 2018 (seulement… il faudrait anticiper son entrée en vigueur), profiterait immédiatement aux PME. Avec les prix actuels du marché, elles pourraient économiser plusieurs milliers de francs par an en s’approvisionnant sur le marché ouvert. De plus, les prix de l’électricité ne devraient que peu évoluer à moyen terme, car l’offre d’électricité restera excédentaire encore pendant plusieurs années, selon les spécialistes.

Depuis 2009, les entreprises qui achètent plus de 100'000 kWh par an peuvent acheter leur électricité où elles l’entendent. Elles peuvent procéder à des achats groupés, des appels d’offre ou négocier avec leur société électrique locale. A la fin 2013, 27% des sociétés qui ont le droit d’aller au marché l’avaient fait et leurs achats correspondaient à 47% de toute l’électricité qu’achètent les entreprises «grandes consommatrices». Fin 2014, le tiers d’entre elles ont très certainement fait le pas pour plus de 50% de l’électricité. Là, les économies annuelles se chiffrent en dizaines de milliers de francs par entreprise!

Des cas absurdes

Actuellement, les PME qui consomment juste un peu moins que 100 MW n’ont en revanche pas le choix: elles doivent payer le prix fort. Inutile d’argumenter pour constater qu’il y a distorsion de concurrence avec celles qui sont juste au-dessus de cette barre. Il peut y avoir des cas absurdes: par exemple une société qui paierait son courant 20 à 30% plus cher que sa voisine, alors qu’elle ne consommerait que 2000 à 3000 kWh de moins!

Avec le franc fort (qui rend par ailleurs l’électricité moins chère sur le marché européen), aucune économie n’est à négliger… Les PME sont souvent des sous-traitantes d’exportateurs, et souffrent beaucoup lorsque les conditions monétaires deviennent autant défavorables.

Soyons honnêtes: l’ouverture complète du marché de l’électricité n’est bien sûr pas LA solution à elle seule. Mais elle fait partie de toutes ces mesures qui - mises en œuvre parallèlement – aideront nos industries à rester compétitives face aux concurrents internationaux. Espérons que cela incitera les opposants actuels à revoir leur position sur ce dossier.

PME et ménages protégés

Pour ceux qui auraient des craintes, il faut rappeler que l’ouverture du marché telle que la propose le Conseil fédéral offre un double avantage aux PME: elles pourront s’approvisionner hors monopole si elles le souhaitent, mais pourront revenir sur le marché protégé chaque année. Pareil pour les ménages. On peut difficilement faire davantage en matière de protection des consommateurs, que ce soit des entreprises ou des particuliers.

Et puis, finalement, heureusement que l’ouverture du marché de l’électricité n’a pas été intégrée à la transition énergétique de la Confédération (il s’agissait de l’un des arguments des opposants pour la contester). Car la stratégie énergétique 2050 doit s’accompagner de taxes importantes sur l’énergie et donc pénalisantes pour la place industrielle: il faut la geler. La libéralisation, qui peut aller de l’avant, aura en revanche des effets bénéfiques. On ne peut bien sûr pas jurer que ces derniers seront toujours profitables, mais ils le seront en tout cas pendant plusieurs années. Voilà une carte à jouer!

 

14/08/2013

Pas le droit de parler des habitudes de consommation des Suisses?

Les habitudes de consommation changent. Quel mal y-a-t-il à décrire la réalité? Les Suisses sont nombreux – toujours plus nombreux, à vrai dire - à vouloir effectuer des achats après 18h30 ou 19h00, a constaté le surveillant des prix Stephan Meierhans dans un journal gratuit alémanique. Où est le problème? Le fait que l'on vote le 22 septembre prochain sur une ouverture non-stop des shops de stations-service situés le long des axes très fréquentés devrait-il conduire à museler Monsieur Prix sur toute question traitant du commerce en général? Chacun a tout de même le droit de pouvoir décrire ce qu'il constate autour de lui. Pour Stephan Meierhans, parler de commerce relève même de sa fonction première!

Censurer le Surveillant des prix serait d'autant plus incongru que la question des shops des stations-essence ne concerne absolument pas les horaires d'ouverture des magasins au sens propre. Deux douzaines de shops sont déjà ouverts 24h sur 24 en Suisse, dont un en Suisse romande. Des employés y travaillent déjà de nuit, sans toutefois pouvoir y vendre,  entre 1h et 5 h du matin, l'assortiment à disposition les 20 autres heures de la journée. Encaisser l'essence et vendre des sandwichs, oui. Mais vendre des produits de première nécessité (cosmétiques, conserves…), non. Nous votons uniquement sur la fin de cette situation grotesque, que les syndicats souhaitent perpétuer pour des motifs doctrinaux.

Ce dont parle Stephan Meierhans se situe largement au-delà de cette discussion. Il s'agit d'une question de société. Tout le monde admettra que notre pays est l'un de ceux où les commerces ferment particulièrement tôt. Cela surprend d'ailleurs toujours – lorsque cela ne les prend pas de court - les touristes qui visitent pour la première fois la Suisse. Le monde du commerce suisse est figé par des lois d'un autre temps. Un temps pas si lointain, c'est vrai. Mais un temps néanmoins révolu: les consommateurs ne sont pas tenus par ces règles.

Ils peuvent acheter à n'importe quelle heure sur Internet, les magasins ferment plus tard en France voisine. D'ailleurs, ils ne s'en privent guère… Le tourisme d'achat a fait perdre quelque 10 milliards de francs au commerce suisse au cours des deux dernières années.

Faut-il mettre des œillères? Eduquer les consommateurs avec des rayons bâchés? Les faire rentrer dans le moule légal et syndical? Ou bien le droit doit-il s'adapter à l'évolution du mode de vie? Les Suisses auront tout loisir de répondre à ces questions ces prochaines années. Mais avec les shops, encore une fois, nous ne parlons pas de cela. Juste d'une aberration.