09/10/2013

Transition énergétique: l'ouverture du marché de l'électricité est un préalable!

La transition énergétique dans laquelle s'est engagée la Suisse est un chantier difficile. Il faudra veiller à garantir notre approvisionnement à des prix compétitifs. Tout cela en abandonnant progressivement 40% de la production actuelle d'électricité (nucléaire). Tout cela n'ira pas sans risques pour l'économie, c'est évident. Mais il y a aussi, il est vrai, de belles opportunités pour les entreprises, dans la production d'énergies renouvelables, l'efficacité énergétique et donc la rénovation des bâtiments, le stockage…

Cela dit, les plus fervents promoteurs de la nouvelle stratégie énergétique oublient souvent un élément essentiel: la transition ne pourra pas se faire sans une ouverture complète du marché de l'électricité. Aujourd'hui, seuls les grands consommateurs peuvent choisir leur fournisseur de courant. Le système marche bien: les entreprises mettent les sociétés électriques en concurrence et obtiennent le meilleur prix. Il s'agit maintenant d'étendre cette pratique à toutes les sociétés ainsi qu'aux ménages. Cette évolution est la bienvenue.

Dans un marché libre, les prix ne sont plus faussés. Le consommateur sait ce qu'il achète et il peut comparer les tarifs. S'il opte pour un produit axé "développement durable", il sait pourquoi il paie plus cher auprès de telle ou telle enseigne. Exactement comme dans le commerce de détail. La libéralisation du marché ne peut que stimuler la concurrence d'offres énergétiques "vertes", pour lesquelles de plus en plus de clients sont prêts à payer un supplément, pour autant qu'il soit justifié.

Mais l'ouverture du marché est surtout indispensable pour notre pleine intégration au marché européen de l'électricité. L'Union européenne (UE), vers laquelle nous exportons la moitié de notre production et de laquelle nous en importons la moitié (une question de saisons…), ne signera en effet aucun accord avec la Confédération si nous n'appliquons pas cette règle de base qu'est la libéralisation du marché. Sans accord, nous risquerions d'être isolés, la sécurité de notre approvisionnement pourrait ne plus être garantie!

Nous avons tout à gagner à trouver un terrain d'entente avec Bruxelles sur cette question. On apprenait la semaine dernière que les négociations vont désormais bon train et pourraient même déboucher sur un compromis dans les prochains mois. Tant mieux! En collaborant avec les pays voisins, les sociétés suisses pourront mieux planifier leurs investissements. Nos barrages pourront mieux jouer leur rôle de stockage de l'électricité produite par les énergies renouvelables, beaucoup moins planifiables (que l'on pense au solaire ou à l'éolien).

Mais il faudra libéraliser le marché. On se souvient que le peuple suisse avait refusé la libéralisation complète du marché de l'électricité en 2002, après un référendum lancé par la gauche. Mais le contexte n'est aujourd'hui plus du tout le même. Il est temps de tirer tous à la même corde. 

12/06/2013

Pas d'éoliennes à Daillens, mais un nouveau message clair à destination des autorités!

L'éolien vaudois a du plomb dans les pales après les refus massifs de Daillens (78%) et d'Oulens (84%) d'un projet de parc de 10 hélices. Ces mâts de 180 mètres de haut auraient permis de fournir l'équivalent de la consommation d'électricité de 11'000 ménages, dix fois plus que ce que consomme la population de ces deux communes.

Rappelons que la région d'Echallens devrait accueillir 66 éoliennes, environ le quart de ce que l'Etat ambitionne pour l'ensemble du canton. D'autres projets, en particulier sur les crêtes du Jura, sont déjà contestés par les défenseurs du paysage. L'objectif du gouvernement consistant à vouloir couvrir, à terme, 25% de la consommation électrique du canton grâce à l'éolien est déjà périmé…

Il n'y a en réalité rien de surprenant dans le vote des citoyens d'Oulens et de Daillens. Il s'inscrit dans une lignée d'échecs de nouvelles lois sur l'énergie: à Neuchâtel, Fribourg, puis Berne. La transition dans laquelle s'est engagée la Suisse se fait de manière chaotique et précipitée, alors que l'abandon du nucléaire décidé par les Chambres fédérales nécessite tout au contraire une politique réaliste.

Que le citoyen suisse veuille s'affranchir à terme de l'atome est une chose, mais il n'est visiblement pas prêt à le faire n'importe comment. Il veut des éoliennes, mais pas près de chez lui (plutôt en Allemagne…). Il veut du photovoltaïque, mais pas partout (pas sur les bâtiments anciens, pas sur de grandes surfaces agricoles…). Il veut de la géothermie, mais la technique l'effraie, depuis le tremblement de terre de Bâle en 2006

La Confédération et les cantons ont tout intérêt à écouter ces signaux d'alarme, car ils ne pourront rien faire sans le concours de la population. La stratégie énergétique 2050 doit être adaptée de manière à ce que notre pays ne coure pas de risques de pénurie d'ici à dix ou quinze ans. La plupart des experts jugeaient déjà extrêmement ambitieux (voire carrément inatteignables) les objectifs de développement du renouvelable tels qu'envisagés par la Confédération il y a deux ans. Aujourd'hui, les faits renforcent ces mises en garde. Les citoyens, parfois les administrations cantonales, rejettent même les projets qui produiraient beaucoup d'électricité et qui sont donc les plus à mêmes de remplacer les centrales nucléaires: les éoliennes de Daillens-Oulens dimanche dernier, mais aussi la centrale solaire d'Inwil, dans le canton de Lucerne, qui aurait permis de couvrir les besoins de 2200 ménages. 

La transition énergétique nécessitera de la souplesse. Le remplacement des centrales nucléaires par de nouveaux moyens de production (éoliennes, solaire, mais aussi centrales à gaz) doit se faire en concertation avec les souhaits de la population, mais également en tenant compte des besoins de l'économie (sécurité de l'approvisionnement à des prix compétitifs). Le Conseil fédéral aurait tout intérêt à tenir compte des nombreux signaux reçus ces derniers mois.

11/04/2013

Aménagement du territoire: l'administration doit se remettre en question

Quel sont les services de l'administration qui récoltent les plus mauvaises notes auprès des entreprises en Suisse romande, et particulièrement dans le canton de Vaud? Difficile à deviner, car la grande majorité de la population n'y a jamais recours, ou que très rarement: il s'agit des services en charge de l'environnement et de l'aménagement du territoire. Cette observation ressort d'une enquête bisannuelle effectuée par l'institut de sondage M.I.S. Trend pour le compte des chambres de commerce et d'industrie de Suisse latine.

L'importance de ces services est pourtant inversement proportionnelle à la fréquence de leur utilisation par les administrés. Ils tiennent en effet entre leurs mains le destin de centaines de projets d'extensions de zones industrielles, de remaniements de plans de quartier ou de constructions de logements.

Résultats: dans le canton de Vaud: les procédures en matière d'environnement et d'aménagement du territoire sont jugées compliquées par plus de deux tiers (68%) des sociétés interrogées. La répartition des compétences entre le canton et les communes est perçue comme "pas claire" par 69% des entreprises. 53% estiment que la collaboration entre ces deux niveaux institutionnels n'est pas bonne. 55% parlent de formalisme excessif. Interrogées sur l'évolution de la situation au cours des douze derniers mois, 21% des entreprises estiment que les services de l'aménagement du territoire et de l'environnement sont "moins efficaces", contre 9% qui décèlent une amélioration. Ailleurs en Suisse romande (hormis à Fribourg, il est vrai), les opinions positives et négatives s'équilibrent…

Ce tableau est inquiétant. Tout le monde s'accorde à dire que l'Arc lémanique fait face à une pénurie de logements. L'Etat fait des études, puis de nouvelles études, cherche des solutions… pour obliger les propriétaires à vendre ou construire. Mais lorsqu'il y a des projets concrets, l'administration commence par lambiner. Il est urgent d'améliorer l'efficacité de ces services avant toute autre chose!

Pas plus tard que lundi, le président de notre gouvernement Pierre-Yves Maillard expliquait dans "L'Agefi" que si nous voulons vraiment sortir du nucléaire en développant les énergies renouvelables, une réforme du droit foncier sera nécessaire. Sans possibilité de lever plus facilement les éternels blocages que permettent les recours en cascade contre toutes nouvelles infrastructures – comme des parcs d'éoliennes -, presque rien ne se fera, ajoutait-il, car les investisseurs (publics et privés) ne peuvent pas compter sur une sécurité de leur investissement.

Ce problème est réel: tout nouveau projet d'envergure, quel qu'il soit (routes, gares, voies de chemin de fer, centrales solaires - oui elles aussi), se heurte aux riverains qui en craignent les nuisances, ne serait-ce que visuelles. Mais à quoi bon changer le droit foncier si l'administration reste inefficace et traîne les pieds?

Rappelons-nous que le canton de Vaud est à la tête de l'une des administrations parmi les plus imposantes de Suisse. Ce secteur regroupe à lui seul près de 30% du total des emplois dans le canton et pèse pour 22,6% dans le produit intérieur brut (PIB), montrait une étude du Créa publiée l'an dernier. C'est un peu plus qu'à Genève, où la fonction publique représente 21,5% de l'économie, et nettement plus qu'à Zurich, où l'administration ne pèse que 15,7% du PIB. Vaud a les moyens matériels et humains de mieux tenir compte des besoins et des attentes de ses administrés!