UA-111926984-1 UA-101278801-1

20/07/2016

La Suisse vieillit, l'apprentissage en souffre déjà

L'évolution du nombre d'apprentis en Suisse prouve, s'il le fallait encore, que notre pays n'a pas d'autre choix que de rester ouvert aux travailleurs étrangers. Le dernier recensement mené par Berne, au printemps dernier, montrait que 13'000 places n'avaient pas trouvé preneurs, contre seulement 8000 en 2015. Principale raison: le nombre de jeunes confrontés au choix d'une profession diminue d'année en année (-7000 par rapport à 2015).

Ce sont les branches de l'architecture et de la construction, des professions techniques, des industries de transformation et de la vente qui n'arrivent pas à recruter autant d'apprentis qu'elles le souhaitent. Avis aux amateurs! Plusieurs enquêtes montrent que les jeunes détenteurs d'un CFC sont excellemment positionnés pour éviter le chômage. L'expérience, pratique, en entreprise, suscite d'ailleurs de l'intérêt du Pérou aux Etats-Unis en passant par la Chine. Elle est tenue, à raison, pour une des explications du succès de notre économie.

S'il connaît un grand succès en Suisse alémanique, on sait que l'apprentissage est moins prisé dans le bassin lémanique, où les jeunes privilégient plus volontiers les études gymnasiales. Les raisons demeurent peu claires… elles tiennent sans doute à l'éducation, mais aussi à notre système d'orientation ainsi qu'à l'influence de la France. Ce qui est sûr, en revanche, c'est que la fréquentation du gymnase ne garantit ni accès facilité à l'emploi, ni poste plus intéressant, ni salaire supérieur. On ne peut donc que souhaiter que davantage de jeunes suivent la voie de l'apprentissage.

Cela dit, les statistiques montrent que même si la répartition entre étudiants et apprentis se modifiait quelque peu, le problème de la pénurie de main-d'œuvre qui menace à terme demeurerait entier. Les entreprises se heurtent à la baisse du nombre de jeunes en fin de scolarité. Sans apport de personnel étranger, elles n'arriveront pas à repourvoir tous les postes libérés par les baby-boomers qui prennent leur retraite. Sans compter que ceux-ci seront eux-mêmes consommateurs de nouveaux services et de soins (santé).

Lors du débat à venir, cet automne, sur les modalités d'application de l'initiative "contre l'immigration de masse", les parlementaires doivent tenir compte de ces faits et chiffres. Il ne s'agit d'ailleurs pas que de remplacer des employés qui partent à la retraite: bon nombre d'entreprises sont en croissance et embauchent encore, comme Ferring (voir le blog de la semaine dernière). Les intérêts de l'économie doivent primer, car ils correspondent aux intérêts de tous les habitants de ce pays: maintenir un pays dynamique et prospère.

06/07/2016

Surtaxer les pendulaires, une mesure anti-économique et anti-sociale

La Confédération veut faire passer les pendulaires à la caisse en surtaxant les trajets effectués aux heures de pointe, que ce soit sur la route ou en transport public. Son but: inciter à utiliser les infrastructures aux heures creuses. Cette idée, qui était déjà chère au conseiller fédéral socialiste Moritz Leuenberger, ne résoudra pourtant pas le problème des bouchons ni de la surcharge des trains, trams et bus.

Tous les horaires de travail ne peuvent en effet pas être modifiés. Il n'est ainsi pas concevable d'adapter les horaires de l'école obligatoire. Qui pourrait envisager sérieusement de faire commencer la classe à 6h du matin à des enfants de huit ou dix ans? Ou à 11h, avec une fin décalée à 18 ou 19h? Ou pire, d'échelonner les horaires selon les âges, ce qui serait un casse-tête pour les parents. Ce simple exemple montre que la flexibilité des horaires a des limites, en particulier pour les familles. Les bataillons de parents et d'enseignants devront donc continuer d'aller au travail aux heures de pointe. Avec le "mobility pricing", ils auraient un désavantage supplémentaire, celui de payer pour être coincés dans les bouchons ou debout dans le train.

Cette volonté de taxer à tout-va est un exemple de mauvais usage des nouvelles technologies. Pourquoi ne pas réfléchir à un projet pilote qui permettrait aux usagers de mieux éviter – sur une base volontaire – la congestion des heures de pointe. Via des applications mobiles performantes? Ou instaurer des systèmes de bonus? Taxer est beaucoup plus simple… Les pendulaires, ces salariés qui financent l'essentiel des infrastructures, seront tondus une seconde fois.

Aucune attente de la population

Le timing de la décision du Département fédéral des transports (DETEC) de se lancer dans cette aventure laisse par ailleurs songeur. En lisant le rapport sur la tarification de la mobilité, on découvre, au chapitre de l'acceptabilité politique, que le Conseil fédéral considère que son projet n'a de chance de s'imposer que s'il y a "un consensus sur le fait qu’aucune autre mesure (par ex. un aménagement de l’infrastructure) ne constitue à elle seule une solution tout aussi judicieuse et efficace". Le peuple suisse n'a-t-il pas accepté un fonds d'infrastructures ferroviaires (FAIF) en 2014 justement pour améliorer l'offre en transports publics? Le parlement ne met-il pas sous toit un fonds d'infrastructures routières (Forta) dans le même but, mais pour le trafic privé?

Un peu plus loin dans le rapport, le Conseil fédéral constate par ailleurs que, selon une enquête réalisée en 2013, "plus de 85 % de l’ensemble des usagers [de l'agglomération zurichoise] circulant aux heures de pointe disent être satisfaits du trajet vers leur lieu de travail ou de formation". On peine à voir l'urgence de sortir l'arme des taxes pour modifier les comportements…

De manière plus générale, vouloir isoler la mobilité du reste de l'économie est une erreur. La mobilité est une composante de la compétitivité. Le dynamisme de la Suisse depuis la fin des années 1990 s'explique aussi par l'amélioration de l'offre en transports publics. Il s'agit maintenant d'accroître l'offre pour la route et de faire sauter les goulets d'étranglement. Taxer les pendulaires n'aurait au contraire pour effet que d'augmenter les coûts du travail et/ou de diminuer le revenu disponible des salariés qui ne peuvent choisir leurs horaires. Ce n'est économiquement et socialement pas responsable.

18/11/2015

Intégrer par la formation, quelle meilleure méthode?

La formation des jeunes doit être une priorité. En matière d'insertion professionnelle, nous avons tous la responsabilité, école et entreprises confondues, de nous fixer un objectif aussi élevé que possible: ne laisser personne en marge à la sortie de l'école obligatoire. A l'heure où la France est sous le choc de terribles attaques terroristes, on voit que l'intégration constitue plus que jamais l'un des axes à privilégier pour éviter les dérives. Cela ne résout bien sûr pas tout, loin de là, mais c'est fondamental.

Il n'est pas évident de faire un choix professionnel vers 15 ou 16 ans. Continuer les études? Choisir une profession parmi les 180 proposées par les entreprises et le secteur public vaudois? Un certain nombre de jeunes, un sur quatre environ dans le canton, optent d'ailleurs pour une année de transition (organisée par l'Organisme pour le perfectionnement scolaire, la transition et l'insertion professionnelle - OPTI ).

Quelques centaines de jeunes restent malheureusement chaque année sans solution immédiate. Au niveau national, on estime que sur les 80'000 jeunes qui terminent leur scolarité, 10% ont des difficultés à trouver une place d'apprentissage. Et ce alors que toutes les places proposées ne sont pas pourvues depuis maintenant plusieurs années. Le profil des jeunes recherchés par les employeurs ne correspond pas aux candidats apprentis qui envoient leur dossier et/ou les candidats ne postulent pas en nombre suffisant pour certaines places (vente, construction, restauration…). L'économie s'engage en permanence pour suggérer des solutions et appuyer celles qui sont proposées.

Parmi les structures existantes, on peut mettre en avant LIFT, le programme de préparation des jeunes à la transition. Association neutre qui rassemble des entreprises privées, LIFT permet aux jeunes qui sont les moins à l'aise à l'école de se familiariser avec le monde professionnel, de se préparer à un métier et de pouvoir le choisir en connaissance de cause, dans le courant de leur dernière année obligatoire. Cela réduit ensuite aussi les abandons en cours d'apprentissage… Il y a ensuite des structures qui permettent de venir en aide aux apprentis en difficultés, comme le Groupement pour l'apprentissage (GPA). La Chambre vaudoise du commerce et de l'industrie (CVCI) s'implique dans les deux projets.

Le désœuvrement des jeunes est l'un des pires fléaux de nos sociétés. En France, près d'un quart des moins de 25 ans sont sans emplois. Ce taux grimpe à 50% en Grèce ou en Espagne. Quels que soient les filets sociaux en place, l'absence de perspectives ne peut que déboucher sur des problèmes, dont la radicalisation de certains jeunes. Rien ne remplace un emploi ainsi que l’autonomie, personnelle et financière. La Suisse a la chance d'avoir une très bonne expérience dans le domaine de la formation, mais les statistiques montrent que nous pouvons encore nous améliorer. Par exemple en revalorisant encore plus l’apprentissage.