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15/06/2016

Le référendum contre la RIE III fédérale s'attaque à la prospérité de la Suisse

Bonne nouvelle aux Chambres fédérales: les parlementaires ont trouvé un accord sur la 3e réforme de l'imposition des entreprises (RIE III). Si les Vaudois ont déjà plébiscité leur propre projet (en particulier l'abaissement du taux d'imposition des bénéfices), les dispositions fédérales restent à mettre formellement sous toit. Elles sont tout autant inévitables que l'était notre projet cantonal, car la Suisse s'est formellement engagée à changer ses pratiques.

L'abandon des statuts spéciaux fiscaux, qui permettent d'abaisser fortement les impôts payés par les entreprises qui réalisent la majeure partie de leurs affaires à l'étranger, est programmé pour 2019 ou 2020. Le référendum de la gauche contre la RIE III fédérale n'y changera rien. En revanche, un "non" dans les urnes compromettrait l'activité de très nombreuses sociétés, et donc le maintien de dizaines de milliers d'emplois.

En adoptant à 87% le projet cantonal, les Vaudois ont bien compris qu'il en va de notre prospérité et de notre avenir. La situation n'est pas différente au niveau national, car si les entreprises à statuts spéciaux se concentrent bel et bien dans quelques cantons, parmi lesquels Vaud, Genève, Bâle-Ville, Zoug et – un peu moins – Zurich, leurs retombées profitent à tous les Suisses. Ces sociétés (qui sont quelque 25'000 et qui emploient au moins 150'000 personnes directement) contribuent à elles seules à pratiquement la moitié de l'impôt sur le bénéfice encaissé au niveau fédéral.

Le référendum serait une erreur

La gauche fait une grave erreur en combattant cette réforme. Nos entreprises ont besoin de prévisibilité et de stabilité, tout particulièrement dans le contexte conjoncturel difficile qui dure depuis maintenant huit ans. Sans parler de la cherté du franc, qui n'est malheureusement pas près de disparaître.

Contrairement à ce que dit le président du parti socialiste, la RIE III fédérale n'accorde pas de cadeaux fiscaux tous azimuts. La suppression du droit de timbre, qui figurait dans la proposition initiale du Conseil fédéral, a été abandonnée. L'introduction de la possibilité de déduire des intérêts dits notionnels sur son capital propre (un instrument qui permet de mettre sur un pied d'égalité les entreprises qui se financent par la dette et celles qui recourent à leurs propres fonds) a été assortie d'une hausse de l'imposition des dividendes et des excédents de liquidation, entre autres.

Les "patent boxes", qui permettent de défiscaliser une partie des dépenses de recherche et développement, sont avant tout destinées à favoriser l'innovation dans notre pays. Pour le secteur pharmaceutique et chimique, qui pèse pour plus de 40% dans les exportations totales de notre pays, soit plus de 80 milliards de francs, ils constituent un instrument indispensable. Le PS veut-il mettre en danger l'ensemble de cette industrie?

Dans le canton de Vaud, grâce au signal on ne peut plus clair des citoyens en faveur de la RIE III cantonale, le 20 mars dernier, nous avons la chance d'avoir la garantie que la réforme sera mise en œuvre comme prévu pour ce qui concerne le taux d'imposition. Mais le cadre fédéral et les compensations financières destinées aux cantons – en particulier le nôtre – sont aussi une nécessité. Ces deux réformes forment un tout. Avec ce dossier, nous parlons emploi et avenir. Plus vite nous l'aurons ficelé, meilleures seront nos chances de maintenir la prospérité de la Suisse!

07/08/2013

Les vacances, la Côte d'Azur, le fisc et la Suisse

Les vacances. L'occasion de faire une pause. On pense laisser derrière soi les préoccupations professionnelles, la politique cantonale et fédérale, les grands dossiers portant sur l'avenir de notre pays. Et patatras! Un café pris sur une terrasse, la conversation de deux personnes à une table voisine nous ramène en Suisse, à la réalité, en une fraction de seconde.

Je ne résiste pas à la tentation de vous rapporter les propos échangés entre deux dames, entendus bien involontairement sur la terrasse du Sénéquier à St-Tropez, il y a quelques jours à peine. Je vous donne le dialogue de mémoire, donc résumé, mais je vous garantis qu'il est authentique sur le fond:

-       Dame 1: Nous n'en pouvons plus. Cette fois c'est décidé, nous déménageons. Nous quittons la France.

-       Dame 2: Ah oui! Pourquoi?

-       Dame 1: Le fisc vient de nous imposer un nouveau redressement fiscal. Il a réévalué cinq fois la valeur des immeubles que nous possédons à Paris. Si nous voulons payer ces nouveaux impôts, il faudra chaque année vendre un appartement et donc finir par tout perdre. On a décidé de tout vendre et de partir avec notre fortune à Lisbonne. Nous sommes cinq familles à le faire

-       Dame 2: Lisbonne? Pourquoi pas en Belgique ou en Grande-Bretagne? Les étrangers y bénéficient de régimes fiscaux particulièrement intéressants…

-       Dame 1: Tous calculs faits, Lisbonne est en réalité bien plus avantageux fiscalement, par le prix de l'immobilier et de plus le salaire minimum n'est qu'à 500 euros, nous pourrons occuper davantage de personnel de maison (…) 

Sur le moment même -  et encore plus en y repensant plus tard – cet échange m'a confortée dans la démonstration que trop d'impôts fait fuir. Mais surtout, ces propos m'ont interpellée au plus haut point. En premier lieu, la Suisse n'a à aucun moment (aucun!) été évoquée comme un lieu potentiel de déménagement pour cette personne manifestement très fortunée. Le mythe du paradis fiscal en prend un sacré coup. Bon nombre de pays de l'Union européenne sont manifestement beaucoup plus attractifs que nous pour les grandes fortunes et/ou les hauts revenus.

En dernier lieu, je dois avouer que l'histoire du salaire minimum m'a choquée. Un tel argument lorsque l'on est fortuné est assez mesquin. Elle est toutefois révélatrice des effets pervers que crée une telle réglementation. En l'occurrence, ce minimum est manifestement perçu par la dame comme le "juste" salaire – ou en tout cas le salaire non négociable qu'elle proposera, et qui a toutes les chances de trouver preneur dans un pays où le chômage dépasse les 17% - aux employés qu'elle occupera.

A méditer en Suisse, où nous voterons l'an prochain sur une initiative demandant un salaire minimum à 4000 francs. Qu'apporterait cette obligation chez nous à ceux qui gagnent (un peu) plus et qui perdent leur emploi, qui doivent déménager et trouver un nouveau job, qui reviennent sur le marché de l'emploi après une pause? Vous voulez prendre le risque?