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17/01/2018

Plancher sur l'avenir

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Le 15 janvier a coïncidé avec le troisième anniversaire de l'abandon du taux plancher du franc suisse face à l'euro, décidé alors par la Banque nationale suisse pour éviter un «accroissement incontrôlable de ses réserves de devises». Pour les entrepreneurs suisses, cette date reste marquée au fer rouge: elle leur rappelle la violence de l'électrochoc que cette décision avait provoqué pour la marche de leurs affaires, et la salutaire remise en question qui s'en est suivie!

Les firmes exportatrices se sont retrouvées avec une quasi-parité entre le franc et l'euro, qui leur a fait perdre pas loin de 20% de leur chiffre d'affaires pratiquement du jour au lendemain. Un «coup de Jarnac», comme le qualifiait alors un industriel membre de la CVCI dans notre journal, en dépit du discours rassurant des milieux concernés qui laissaient entendre que l'industrie suisse aurait la faculté de s'adapter.

Et elle l'a fait! Bien sûr, cela ne s'est pas apparenté à une promenade de santé. Il a fallu réagir vite: revoir les budgets et les processus, contacter les fournisseurs, trouver des arrangements et, forcément, baisser les prix. Les travailleurs ont eux aussi été mis à contribution, jouant magnifiquement le jeu pour la pérennité de leur entreprise, et de leur emploi. Rapidement, nos industriels ont innové, prospecté d'autres marchés et, parfois, dû renoncer à la collaboration de sous-traitants et délocaliser une partie de leur production.

Les clés du succès

Oui, cela a été dur, mais cet immense labeur a fini par payer. La grande majorité des entreprises qui ont dû affronter ce véritable tsunami ont su relever la tête. Réactivité, inventivité et innovation ont été les clés du succès. Il est d'ailleurs permis de penser que ce travail va continuer de porter ses fruits à l'avenir.

Les perspectives sont d'autant plus prometteuses qu'aujourd'hui, à la faveur du redressement marqué de l'économie européenne, l'euro retrouve des couleurs et ses niveaux d'avant 2015. C'est positif pour les exportations et, accessoirement, pour le commerce de détail.

Surtout, cet environnement monétaire apaisé pourrait pousser certaines entreprises à rapatrier en Suisse des unités de production délocalisées, en profitant des progrès dans le domaine de l'automatisation. Plus d’une entreprise suisse sur six a déplacé tout ou partie de sa production hors de nos frontières entre 2012 et 2015, selon les chiffres de la récente enquête sur l’industrie manufacturière européenne rapportés par l'ATS.

L’automatisation permet de produire à moindre coût en Suisse, rappellent les experts: les opérations de base et de routine peuvent être exécutées par les machines. Pour les programmer et les rendre fonctionnelles, il faudra toujours du personnel bien formé, un domaine dans lequel notre pays excelle. Ainsi, de nombreuses entreprises pourraient mettre un pied dans cette fameuse industrie 4.0, vers laquelle il faudra absolument se tourner ces prochaines années.

Photo: Fotolia

29/11/2017

Numérisation et relocalisation, ça rime aussi

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Dans la catégorie "Entreprise suisse", le Prix vaudois des entreprises internationales (PVEI) a récompensé LEMO - leader mondial de la connectique maîtrisant de A à Z sa production. Le 23 novembre dernier, Alexandre Pesci, son CEO (à g.), a été honoré par Manuel Leuthold (Président du DEV), Claudine Amstein (directrice de la CVCI) et Philippe Leuba (Conseiller d'Etat, chef du DEIS, à dr.). (Photo: Christian Brun)

Dans l’inconscient collectif, la révolution 4.0 – la numérisation des activités économiques, industrielles et de service – est d’abord une menace, un puissant destructeur d’emplois qui promet à nos sociétés occidentales industrialisées des lendemains qui déchantent. Et ce, dans un avenir plus proche qu’on ne l’avait imaginé jusqu’ici.

Il paraît incontestable que la sophistication de plus en plus grande des robots, investis d’intelligence artificielle, va rendre obsolètes nombre de tâches répétitives. Cette révolution va même, selon les experts, mettre en difficulté tous ces jobs « moyens » dont la valeur ajoutée n’est pas assez élevée pour justifier leurs coûts, et l’importance sociale ou logistique pas assez déterminante pour en garantir le maintien.

Mais tout n’est pas sombre à l’ère du digital et de la mondialisation. Un mouvement inverse s’amorce, parallèle, qui crée de la valeur et des emplois. Dimanche dernier, le patron du groupe d’assurances Zurich, Mario Greco, annonçait que de nombreux postes allaient être rapatriés en Suisse. Expérience faite, constatait en substance le directeur général du groupe, la course aux salaires inférieurs peut se révéler vaine. Au bout d’un certain temps, les rémunérations du pays où l’on a délocalisé grimpent, nécessitant, pour suivre la même logique, une nouvelle délocalisation. Un processus coûteux, gourmand en temps et en ressources, où la déperdition de qualité et de savoir-faire finit par être contre-productive.

Dans l’informatique comme dans l’administratif, c’est la compétence qui prime – et non le coût nominal -, dit le patron de Zurich. L’information est intéressante : la numérisation apporte aussi un nivellement des tâches, qui fait davantage ressortir la qualité intrinsèque du travail apporté par les femmes et les hommes. Elle réinjecte donc de la compétitivité vers des pays où la main-d’œuvre est hautement qualifiée.

Ce phénomène se mesure aussi dans l’industrie. La semaine dernière, le Prix vaudois des entreprises internationales 2017 (PVEI) couronnait la société LEMO SA, leader mondial de la connectique. Cette étonnante entreprise familiale maîtrise de A à Z sa production, et ses trois sites suisses se portent à merveille. De gros investissements en robotique et en technologie sont passés par là, mais la verticalisation rendue ainsi possible garantit un contrôle absolu sur la qualité des produits et des services livrés à la clientèle. Une plus-value qu’il est bien plus compliquée d’atteindre en s’éparpillant.

Ces deux exemples montrent à quel point les transformations structurelles de l’économie offrent des opportunités à qui sait les saisir. S’y préparer, être ouvert au changement, se concentrer sur ses valeurs et sa plus-value : autant de conditions nécessaires pour réussir ces tournants décisifs.

22/11/2017

Des pistes contre le chômage longue durée des seniors

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Le constat est unanime : en Suisse, si le taux de chômage des plus de 55 ans reste relativement bas (il est inférieur à la moyenne), la part des chômeurs de longue durée est préoccupante. Dans cette tranche d’âge, plus de quatre chômeurs sur dix épuisent leurs droits à l’assurance, et tombent à la charge de la collectivité. Cette tendance n’a fait que se renforcer ces dernières années.

Comment combattre ce phénomène ? Dans son programme de législature présenté le mois dernier, le Conseil d’Etat vaudois ambitionne de « créer » un millier d’emplois destinés aux chômeurs seniors. Des emplois soumis à un contrat à durée déterminée d’une année, afin de replacer ces personnes sans emploi dans le marché du travail, de leur remettre le pied à l’étrier. Le gouvernement compte sur les entreprises pour « jouer le jeu ».

A vrai problème, mauvaise solution. Sauf si l’on veut en inventer pour faire joli dans le paysage statistique, les emplois ne se décrètent pas ex nihilo. Ils ont une existence tangible, ils répondent à une nécessité, ils sont utiles – et c’est bien ainsi qu’ils permettent à l’individu, en plus d’engranger un revenu, de se réaliser en tant que personne. Définir des emplois par catégorie d’âge, en leur fixant qui plus est une durée limitée d’engagement, c’est nier à ces personnes la valorisation que procure un travail réel, et ôter la motivation qui accompagne le cursus professionnel.

Sans compter la difficulté pratique de trouver les domaines d’activité où l’on pourrait forcer la création d’emplois non désirés, pour des personnels non formés, dans un contexte de concurrence exacerbée, de numérisation de la société, de charges réglementaires et de pression sur les coûts.

Des idées plus inspirantes...

Mais que faire alors ? Des pistes existent. Examinons deux éléments fondamentaux. Les seniors au chômage souffrent souvent d’un décrochage de compétences, face à un environnement professionnel qui change rapidement. Pour favoriser leur réinsertion, quatre cantons alémaniques (Saint-Gall – initiateur du projet –, Aarau, Schaffhouse et Bâle-Campagne), aidés par le Pour-cent culturel Migros et Pro Senectute, ont mis sur pied le programme de mentorat Tandem Plus. Cette initiative fonctionne depuis douze ans déjà à Saint-Gall. Elle a permis à plus de 600 personnes de se réinsérer dans le marché du travail, avec l’aide d’un mentor qui non seulement prodigue conseils et soutien au chômeur dont il s’occupe, mais qui, de manière décisive, lui ouvre son réseau. Un élargissement de cette expérience à la Suisse romande serait certainement intéressant.

Par ailleurs, dans le canton de Vaud, l’obligation légale de passer à un système de curatelles volontaires dès le début de l’an prochain pourrait ouvrir des possibilités de confier à des seniors en recherche d’emploi ces tâches à responsabilité, qui nécessitent une solide expérience de la vie.

L’autre point touche évidemment au coût des charges sociales des seniors. Notre système de prévoyance professionnelle aggrave le problème des plus de 55 ans qui cherchent un emploi : à qualification égale, ils « coûtent » nettement plus chers que des candidats plus jeunes. Il vaut la peine de se pencher sérieusement sur une réforme du système de cotisation au 2e pilier, pour unifier le taux de prélèvement des cotisations quel que soit l’âge, et ne plus calculer qu’en nombre d’années de cotisations plutôt qu’en tranches d’âge. Cette réflexion s’accompagnerait d’une reconsidération du calcul global des cotisations et des rentes LPP, afin d’en simplifier et d’en moderniser le fonctionnement. Les entreprises sont prêtes à faire leur part en ce sens.

Ces améliorations concrètes des conditions d’emploi et d’employabilité des seniors valent mieux que des mesures forcées à court terme. Il serait plus constructif de les envisager.