04/12/2013

Femmes, emplois, enfants, immigration: il faut regarder en avant!

Il y a quelque chose de schizophrénique du côté des milieux qui critiquent le coût des crèches tout en prônant des restrictions à l'immigration. En s'en prenant aux charges des structures d'accueil pré-scolaires ("Le Matin Dimanche" du 1er décembre 2013), ils veulent apparemment rendre plus difficile l'accès au marché du travail pour les mères de famille. Et cela tout en s'employant à compliquer l'embauche de main-d'œuvre européenne avec leur initiative contre "l'immigration massive" sur laquelle nous voterons le 9 février prochain. Qui fera donc le travail dans les entreprises?

On ne le répétera jamais assez, nous avons en Suisse la chance d'avoir une économie qui fonctionne, qui crée des emplois et assure des perspectives d'avenir à l'immense majorité des jeunes, ce qui est bien loin d'être le cas dans la plupart des pays européens (France, Allemagne, Espagne, Portugal, Italie…). Ce dynamisme se traduit par une demande en main-d'œuvre toujours plus forte. Cela ne peut bien sûr pas aller sans adaptations. Favoriser au maximum le travail des femmes en est une.

Pour ce faire, le moyen le plus simple reste de promouvoir la création de structures d'accueil pour la petite enfance ainsi que pour les enfants qui vont à l'école. La meilleure preuve qu'un tel investissement peut être rentable en termes de gestion des ressources humaines nous est d'ailleurs donnée par les entreprises qui ont créé leur propre crèche. Ou par celles qui financent des places dans des crèches existantes. Ce modèle devrait être davantage soutenu (voir mon blog sur ce sujet).

Ceux qui s'attaquent aux crèches ne font en fait que pousser les entreprises (au sens large, en y incluant par exemple les hôpitaux) à aller recruter encore davantage au-delà de nos frontières. Question: que veulent-ils exactement? Les femmes à la maison et le retour des travailleurs étrangers chez eux? On revient toujours au même problème insoluble: qui fera le travail qui assure aujourd'hui notre prospérité? Le repli sur soi, que ce soit sur un modèle familial révolu ou sur celui d'une Suisse fermée (qui n'a en réalité jamais existé), n'est pas une perspective d'avenir. Il ne nous promet qu'une régression.

Les plus fervents critiques de la libre-circulation devraient au moins se rendre compte que  privilégier l'insertion des femmes dans le monde du travail est le meilleur moyen de limiter la venue en Suisse de travailleurs européens. Et cela sans un arsenal bureaucratique tel que la réintroduction des contingents. Sans la perspective d'un isolement de la Suisse au milieu du continent.

28/08/2013

Places d'accueil dans les crèches: nouvel acte manqué du Conseil d'Etat!

Il faut accélérer la création de places dans les crèches du canton! Tout le monde est d'accord sur ce point. Et l'une des solutions pour y parvenir consiste à encourager les entreprises à le faire. L'Etat avait l'occasion de donner cette impulsion cette année, en révisant la loi sur l'accueil de jour des enfants (LAJE): il n'a malheureusement pas changé de cap sur ce point. Le Grand Conseil a adopté cet objet hier, mais il reste insuffisamment incitatif et une nouvelle révision s'impose rapidement.

A première vue et d'un point de vue purement statistique, le bilan de la promotion de la création de places d'accueil est plutôt bon: il y a aujourd'hui 6100 places d'accueil (pour les enfants de 0 à 12 ans) en plus qu'en 2006, date de l'entrée en vigueur de la promotion active de l'accueil via la LAJE. "Le dispositif financier s'est avéré efficace", a commenté le Conseil d'Etat à la commission du Grand Conseil chargée d'examiner la révision de la loi.

Le problème, c'est qu' "il n'est pas incitatif pour les entreprises", a aussi reconnu le gouvernement. L'analyse est correcte et le point faible a donc été identifié. L'encouragement proposé demeure pourtant extrêmement timide. Le gouvernement se limite à vouloir donner à la Fondation pour l'accueil de jour des enfants (FAJE), qui chapeaute la gestion de l'accueil de jour des enfants, la possibilité d'accorder "à titre exceptionnel" et moyennant conditions (art. 50 révisé) des subventions aux crèches d'entreprises.

C'est insuffisant! Les entreprises qui ont investi et continuent à investir dans des crèches demeurent en effet pénalisées. Il faut savoir que la FAJE tire une partie du financement de la politique actuelle d'un prélèvement de 0,08% sur la masse salariale des sociétés. Que ces dernières aient leur propre crèche ou financent des places (destinées aux enfants de leur personnel) dans des crèches extérieures n'y change rien: 0,08% de leur masse salariale alimente bon an mal an la FAJE. Les entreprises paient donc deux fois.

Il est vrai que celles qui avaient monté leur propre garderie avant 2006 ont touché une rétrocession de leurs versements jusqu'à la fin 2011, comme le prévoyait la loi. Mais c'est terminé; elles paient désormais plein pot. Inutile de dire que cette manière de faire a pour conséquence de rendre les autres employeurs peu enclins à se lancer dans une aventure qui de surcroît nécessite un important investissement en temps et en argent.

Cela va à l'encontre du bon sens. Si on l'appliquait au domaine des énergies renouvelables, cette méthode reviendrait à faire payer aux propriétaires de panneaux solaires l'électricité qu'ils produisent.

Le Grand Conseil ne pouvait malheureusement pas corriger la LAJE telle qu'elle lui était proposée, car l'article qu'il fallait modifier (pour prévoir des rétrocessions) n'était pas ouvert à la discussion. Il faudra donc remettre l'ouvrage sur le métier au plus vite! 

25/07/2012

Garderies: et si l'Etat incitait au lieu de décourager!

L'on voudrait décourager les entreprises de créer des crèches que l'on ne s'y prendrait pas autrement! Savez-vous que depuis cette année, les entreprises vaudoises qui avaient investi dans ce domaine avant l'entrée en vigueur en 2006 de la loi sur l'accueil de jour des enfants (LAJE) paient à double? D'un côté, elles paient pour leurs propres structures d'accueil (ou les places qu'elles financent chez des tiers). De l'autre, l'Etat leur prélève désormais une cotisation de 0,08% sur la masse salariale, comme pour toutes les autres entreprises, alors que durant les cinq dernières années, ces ponctions leur étaient (très justement) rétrocédées. Curieuse manière de récompenser ceux qui avaient pris le taureau par les cornes…

Le tout nouvel Office de l'accueil de jour des enfants (OAJE), dont le Conseil d'Etat a récemment annoncé la création pour la rentrée, serait bien inspiré de réexaminer la question au plus vite. Le manque de structures d'accueil (collectives ou familiales) reste en effet endémique, malgré la création de près de 5000 places depuis l'entrée en vigueur de la LAJE.

Bon nombre d'entreprises seraient prêtes à se lancer à l'eau. Mais elles sont rapidement découragées par ce qu'il convient d'appeler un véritable parcours du combattant. L'on ne s'attardera pas ici sur la stricte réglementation régissant l'encadrement professionnel, ni sur celle, encore plus détaillée, portant sur l'aménagement des locaux des garderies: la barre a été placée très haut. Beaucoup trop haut pour l'énorme majorité des entreprises.

Côté financement, les aides au démarrage prévues par la loi ne sont accordées qu'au compte-goutte. A ce jour, seule une poignée d'entreprises en bénéficient. C'est insuffisant, il faut revoir le système et s'orienter vers une aide à l'unité: une place créée = une aide au démarrage.

Ces propositions n'ont rien de révolutionnaire, elles relèvent du bon sens. Il y a un peu plus de 15'000 places d'accueil pour les enfants dans le canton, un chiffre à mettre en relation avec environ 340'000 emplois (et 85% de personnes actives occupées – 78% pour les  femmes - pour la classe d'âge 25-54 ans). Pas besoin d'être statisticien pour comprendre que l'offre ne répond pas à la demande.

Les entreprises sont prêtes à mettre la main à la pâte. Elles ne demandent même que cela, car c'est aussi dans leur intérêt de permettre aux employés qu'elles ont formés de pouvoir concilier vie professionnelle et privée. Elles ont toutefois besoin de coups de pouce et non de cotisations punitives pour celles qui donnent l'exemple!