27/04/2016

Revenu de base inconditionnel: comment galvauder le mot "dignité"

Le travail est-il un fardeau? A écouter les partisans du revenu de base inconditionnel (RBI), il faudrait en tout cas permettre à chacun de s'en "libérer". Grâce au versement de 2500 francs par mois à chaque adulte et 625 francs à chaque enfant. Avec quel effet concret? La garantie d'une existence "digne" pour tous, promettent les concepteurs de cette initiative populaire sur laquelle nous votons le 5 juin prochain. Rien n'est pourtant plus faux!

Personne ne conteste en Suisse que chacun a droit à une existence digne. C'est pour cela qu'il existe toutes nos assurances sociales, notre système de retraites fondé sur trois piliers, l'assurance-invalidité ou l'assurance-chômage. Les initiants proposent de démanteler tout cela afin de financer – en partie, cela ne suffira pas - le RBI… Les 2500 francs de base suffiraient ensuite pour assurer la "dignité".

Peu importe que le salaire médian soit de l'ordre de 6200 francs par mois en Suisse. Sous un régime RBI, chaque employé qui perd son job tomberait du jour au lendemain à 2500 francs par mois, quel que soit son salaire précédent. Quelle percée sociale! Quel surcroît de dignité! L'employé ferait face à un loyer inchangé, tout comme sa facture mensuelle d'assurance-maladie ou de téléphone…

Effets ravageurs

Avouons-le, personne n'est en mesure de déterminer tous les effets qu'aurait le RBI sur notre économie, car un tel système révolutionnerait notre pays. Mais il est évident qu'ils seraient ravageurs pour la plus grande partie de population. Et ce sont les jeunes qui paieraient la plus grande facture, car ils n'auraient plus aucune incitation à apprendre un métier.

Les initiants assurent que le RBI créerait des bataillons de bénévoles, dans les soins à domicile, les EMS… On constate pourtant que malgré des revenus supérieurs à ce minimum de 2500 francs, nos institutions peinent à recruter du personnel en Suisse et doivent souvent aller l'embaucher à l'étranger. Le RBI aurait la vertu de bouleverser les mentalités, de rendre nombre de nos concitoyens impatients de s'investir gratuitement pour autrui… alors qu'un salaire décent ne les motive pas, ou en tout cas pas suffisamment, aujourd'hui.

Inutile d'argumenter plus loin… Le RBI n'apporterait aucun supplément de dignité à qui que ce soit. Quoi qu'en disent ses partisans, il coûterait au minimum des dizaines de milliards de francs supplémentaires, très probablement des centaines. Des milliards de francs que les personnes qui travaillent devront bien payer. Elles devraient donc travailler plus pour gagner moins. L'immense majorité des futurs retraités et des chômeurs seraient profondément appauvris. On jouerait avec la formation des jeunes, avec leur capacité à trouver leur voie.

Les initiants parlent de dignité… je n'en ai pas la même définition! Le travail n'est pas tout, mais il permet aussi de se réaliser, de se motiver, de s'affirmer socialement. Les études réalisées auprès des employés montrent d'ailleurs que le degré de satisfaction des Suisses par rapport au travail dépasse les 90%. Cette initiative mérite les oubliettes. NON.

06/04/2016

Assurances sociales: pas de solutions en vue au salon du bricolage

 La Suisse doit réformer son système de retraites (AVS et 2e pilier) et d'assurance invalidité (AI), dont le financement n'est plus garanti. Principales raisons: l'allongement de l'espérance de vie, des rendements financiers insuffisants, pour le 2e pilier, ainsi que des rentes octroyées trop largement, pour l'AI. Mais à côté de ces assurances sociales, tout le système des prestations complémentaires (PC) doit également être assaini. Et là, Berne ne propose que de petites retouches insuffisantes.

Contrairement à l'AVS-AI, les PC ne sont pas essentiellement financées par des cotisations salariales, mais par l'impôt. Ce sont les cantons qui en supportent la plus grande partie des coûts. Problème: au cours des dix dernières années, les dépenses générées par les PC ont bondi de près de 50%, à 4,7 milliards de francs. Et la tendance se poursuit puisque ces prestations devraient coûter dans les 6,6 milliards de francs en 2030.

Le projet de réforme proposé par le Conseil fédéral, et dont la consultation vient de s'achever, ne propose pourtant que des économies se chiffrant à… 170 millions de francs au maximum. C'est regrettable, parce que les PC sont nécessaires à bon nombre de rentiers qui ne disposent pas d'un revenu suffisant pour vivre. Plutôt que de réparer un système qui prend l'eau, on rafistole, au risque de tout faire couler plus tard.

Il faut empoigner les vrais problèmes

La réforme du système des PC ne peut pas être découplée de la réforme de l'AVS, pour laquelle l'âge légal devra tôt ou tard être augmenté pour tenir compte de l'allongement de l'espérance de vie de la population. Au lieu de cela, le Conseil fédéral s'encouble avec des solutions qui remettent en cause tout le fonctionnement de la prévoyance professionnelle. On mélange tout, et à mauvais escient.

La proposition visant à empêcher les salariés de retirer leur capital, que ce soit pour devenir indépendants ou au moment de la retraite, n'est ainsi pas acceptable. Le 2e pilier est bâti sur l'épargne individuelle: dépouiller son propriétaire du droit d'en disposer librement ébranlerait les bases de ce système, qui a pourtant fait ses preuves.

Et cela pour des économies presque insignifiantes. L'administration fédérale évalue ainsi à 8 millions de francs les économies qui découleraient de l'interdiction de retirer son capital pour se mettre à son compte. Peu importe que 80% des indépendants qui ont retiré leur capital parviennent à vivre de leur entreprise, et même à occuper du personnel. Et peu importe que ceux qui recourent aux PC ne sont visiblement qu'une petite minorité.

Ce n'est pas en entravant l'esprit d'entreprise (pour économiser 8 millions sur près de 4,7 milliards de francs, soit 0,002%!) que l'on va assainir nos assurances sociales. Certaines retouches proposées par le Conseil fédéral, comme l'abaissement de la franchise de fortune (somme dont l'Etat ne peut exiger l'utilisation par un bénéficiaire de PC), vont dans le bon sens, mais ce ne sont que des micro-changements. Une vraie réforme profiterait à tous: rentiers, salariés, entreprises et pouvoirs publics!

09/03/2016

Réforme vaudoise de l'imposition des entreprises: OUI à l'emploi et aux familles

Les opposants à la réforme vaudoise de la fiscalité des entreprises (RIE III-VD) soumise à votation le 20 mars prochain se trompent totalement. Non, l'instauration d'un taux d'imposition unique ne causera pas de problèmes aux finances publiques. Non, le service public ne sera pas revu à la baisse. C'est l'inverse qui est vrai! Sans la RIE III-VD, nous sommes assurés d'aller au-devant de graves et douloureux problèmes.

Quelque 25'000 emplois sont menacés si Vaud n'adapte pas sa fiscalité. Ceux qui mettent en doute ces chiffres jouent avec le feu. Ils jouent avec la situation professionnelle et familiale de milliers de ménages.

D'où vient d'ailleurs ce chiffre de 25'000 emplois? Plus de 9000 d'entre eux sont des emplois directs dans les 220 sociétés aujourd'hui au bénéfice de statuts spéciaux. Des sociétés qui dans leur grande majorité quitteraient le canton si on les soumettait au taux d'imposition ordinaire de 22%, plus de deux fois plus élevé que ce qu'elles paient actuellement.

Les 16'000 autres emplois correspondent aux retombées indirectes et induites: il est incontestable qu'un employé de multinationale consomme des biens et services auprès des entreprises locales (commerces, garage, pressing, coiffeur, restaurant, assurances, etc). Ces entreprises consomment également auprès d'autres entreprises (retombées induites). Il est établi qu'un emploi direct génère 1,8 emploi supplémentaire. C'est un fait!

Pas d'alternative

La suppression des statuts spéciaux est incontournable. Ils disparaîtront vers 2020 au plus tard, car la Suisse a décidé – à juste titre - de s'aligner sur les nouveaux standards internationaux. Il n'y a pas d'alternative à un taux d'imposition unique compétitif (à 13,8%) pour toutes les entreprises dans notre canton.

Les employeurs prouvent qu'ils croient fermement à cette réforme en acceptant de faire passer les allocations familiales – qu'ils financent entièrement - de 230 à 300 francs par enfant. Cela leur coûtera 120 millions de francs par an. Ils doubleront également leur contribution à l'accueil de jour des enfants.

Toutes les familles y gagneront. Les salariés du privé y gagneront en sécurité de l'emploi, tout comme les employés de la fonction publique puisque les finances publiques seront consolidées. Le départ de toutes les sociétés internationales, visiblement souhaité par les opposants, creuserait un trou gigantesque. Sans parler de la facture sociale, et humaine…

La RIE III-VD doit être plébiscité d'un oui clair et net le 20 mars!