19/11/2014

Obliger la BNS à crouler sous les lingots…Pour quel avantage?

Le cours plancher du franc face à l'euro "est l'instrument central qui nous donne les moyens de maintenir la stabilité des prix". Le président de la Banque nationale suisse (BNS), Thomas Jordan, est clair (Le Matin Dimanche du 16.11.14). L'initiative qui veut obliger la BNS à acheter pour des dizaines de milliards de francs de lingots, soumise à votation le 30 novembre, détruirait cet outil du jour au lendemain. Pour en tirer quel avantage?

Pour ceux qui en doutent encore, il vaut la peine de regarder l'évolution du franc face à l'euro ces dernières semaines. La monnaie européenne tutoie la barre de 1,20 franc, le seuil que la BNS s'est engagée à défendre coûte que coûte. Le franc est au aujourd'hui au plus haut depuis septembre 2012 et tout le monde s'accorde à dire que cela vient du fait que les marchés anticipent un possible oui à l'initiative issue des rangs UDC. Rappelons que ce texte contraindrait la BNS à maintenir un stock d'or qui corresponde en permanence à 20% de son bilan. Chaque once acquise serait en outre définitivement inaliénable.

Si le texte passait, la BNS n'aurait donc plus les mains libres. "Associer un quota fixe avec une interdiction de vendre serait fatal", commentait dimanche Thomas Jordan. Dans l'économie, l'éclatement du cours plancher conduirait à des annulations immédiates de milliers de commandes de clients européens. Les touristes allemands, français et hollandais bouderaient nos stations de ski. N'oublions pas qu'il y a des milliers d'emplois là-derrière.

Et pourquoi donc devrions-nous prendre un tel risque? Pour enterrer des tonnes d'or dans des coffres-forts, avec pour seule perspective de prendre la poussière. Pour créer des réserves représentant des milliards de francs, mais de l'argent indéfiniment inutilisables. Le roi Midas, qui n'avait plus que de l'or autour de lui, a fini par se suicider. L'initiative visant à enchaîner la BNS nous asphyxierait de la même manière. L'or de notre pays, c'est notre dynamisme, notre capacité à nous adapter. Ne mettons pas une camisole de force à la BNS. Non à cette initiative mensongère!

16/04/2012

Médicaments: les fausses bonnes idées du Conseil fédéral

Faire baisser le prix des médicaments pour modérer la hausse des coûts de la santé semble a priori d'une logique implacable. Car tous les acteurs en présence doivent faire un effort de rationalisation: assurés, caisses-maladie, hôpitaux, groupes pharmaceutiques, médecins… Rien à redire là-dessus.

Faut-il donc applaudir sans réserve à la récente décision du Conseil fédéral de faire baisser d'un coup les prix appliqués à des milliers de médicaments?  Et bien non, cette décision visant à économiser 240 millions de francs par an dénote d'une vision à très court terme. Une décision évidemment populaire, mais dangereuse pour l'avenir de la recherche dans notre pays.

L'élaboration des prix des médicaments est plus compliquée qu'il n'y paraît de prime abord. Berne procède en établissant une comparaison avec les prix pratiqués dans six pays (Allemagne, Autriche, Danemark, France, Grande-Bretagne et Pays-Bas) sur la base d'un taux de change révisé tous les trois ans. En 2009, ce taux avait été fixé à 1,52 franc. Dès le premier mai, il passera à 1,29 franc.

On est toujours bien au-dessus du cours réel de 1,20 franc l'euro, direz-vous. C'est juste,  mais les charges des groupes pharmaceutiques en Suisse n'ont pas baissé avec l'affaiblissement de l'euro. On va donc diminuer les prix de produits dont les coûts de fabrication – et surtout de recherche et développement -  n'ont pratiquement pas varié.

Deuxième problème: les prix des médicaments pratiqués en Suisse servent de références aux autorités de régulation du marché de la santé dans des dizaines de pays. La baisse décidée par la Suisse aura donc pour conséquence de faire diminuer les revenus des médicaments à l'étranger. Au bout du compte, l'industrie pharmaceutique évalue que le manque à gagner sera de 1,4 milliard de francs d'ici à 2015, et non de 240 millions de francs. Un tel chiffre montre que la mesure est loin d'être aussi "équilibrée" que le ministre de la santé Alain Berset l'a assuré en argumentant sa décision le 21 mars dernier.

Personne ne conteste que la baisse de l'euro doive être en partie répercutée sur les prix des médicaments. Mais cette décision est trop drastique et nécessite une réévaluation. A Bâle-Ville, berceau de l'industrie pharma helvétique, le Conseil d'État – majoritairement à gauche – a d'ailleurs demandé au Conseil fédéral de revoir sa position.

Développer un médicament coûte largement plus de 1 milliard de francs. Plus de 6 milliards de francs sont injectés chaque année dans la recherche et le développement dans notre pays. Avec 60,2 milliards de francs d'exportations en 2011, soit 30,4% du total, la pharma est l'industrie qui livre le plus de produits à l'étranger parmi tous les secteurs d'activité présents en Suisse.

Tout le monde souffre du franc fort, y compris la pharma. Le canton de Vaud est bien placé pour le savoir puisqu'à la fin de l'an dernier, lorsque Novartis avait alors décidé de cesser de produire dans son usine de Prangins. Une solution a pu être trouvée et a permis la préservation de plusieurs centaines d'emplois et de tout un savoir-faire. Sans concertation, il n'y aurait pas eu de sauvetage. Le Conseil fédéral aurait grand intérêt à s'en souvenir!