25/11/2015

Immigration: Christoph Blocher reconnaît qu’il faudra revoter!

Il faudra revoter sur l’immigration… c’est désormais Christophe Blocher qui le reconnaît! Les Européens n’accepteront pas la réintroduction des contingents de main-d’œuvre européenne, inscrits dans notre Constitution depuis le 9 février 2014, car ils craignent une «réaction en chaîne», a dit l’ex-conseiller fédéral UDC à la Sonntagszeitung. Résultat: il faut trouver d’autres solutions.

Christoph Blocher ne fait qu’admettre ce que les organisations économiques disent depuis plus de deux ans, depuis bien avant cette votation: il faut une solution pragmatique qui permette de sauver les accords bilatéraux. La Chambre vaudoise du commerce et de l’industrie (CVCI), comme economiesuisse, défendent l’idée d’une clause de sauvegarde qui n’impliquerait une limitation des travailleurs européens qu’une fois un certain seuil franchi.

Bruxelles pourrait alors entrer en matière sur une négociation puisque le principe de la libre circulation ne serait pas fondamentalement remis en cause. Quant aux entreprises contraintes d’embaucher dans l’Union européenne (UE) du personnel qu’elles ne trouvent pas en Suisse, elles échapperaient au monstre bureaucratique que sont les contingents. Nous ne pouvons que nous réjouir du ralliement de Christoph Blocher à cette proposition.

Notre industrie a besoin des accords bilatéraux

Les accords bilatéraux sont essentiels à nos entreprises, tout simplement parce que près de la moitié de nos exportations prennent chaque année le chemin de l’UE. Réintroduire des obstacles techniques, comme cela existait jusqu’à la fin des années 1990, provoquerait un choc d’une ampleur probablement sans précédent. Or la remise en cause de la libre circulation des personnes entraînerait notamment l’abandon de l’accord sur les obstacles techniques… Christoph Blocher se dit toujours persuadé que l’UE ne dénoncera pas ces accords, mais il n’est manifestement plus prêt à prendre ce risque, qui est donc loin d’être nul… Tant mieux.

Une guerre commerciale avec l’Europe mettrait en danger des dizaines de milliers d’emplois, peut-être des centaines de milliers. N’oublions pas qu’entre 2000 et 2014, les exportations à destination de l’UE (28) ont augmenté de 53%, à 128,4 milliards de francs. 128 milliards de francs, cela représentait grosso modo le total de nos exportations au tournant du millénaire… La prospérité de notre pays est bâtie sur l’ouverture de son économie.

Entre partenaires, il y a toujours des possibilités de s’accorder, pour autant que l’on formule des propositions acceptables. Les contingents ne le sont pas, tous les membres de l’UE que le Conseil fédéral a rencontrés depuis 18 mois l’ont affirmé clairement. Dire «le peuple a voté, il faut appliquer et cesser de discuter» n’est pas si simple. Le revirement de Christoph Blocher le démontre.

24/06/2015

La Suisse qui séduit

L’immigration en Suisse est le «reflet d’une évolution économique saine». Ce commentaire du Secrétariat d’Etat à l’économie, qui publiait hier les statistiques de l’arrivée de main-d’oeuvre étrangère en 2014, est parfaitement exact. Toute la population a profité d’une conjoncture solide, à contre-courant de ce qui se passe pratiquement partout en Europe. Malgré tous les problèmes, nos entreprises parviennent à générer de la valeur, à innover, à s’imposer sur les marchés étrangers.

L’an dernier, la Suisse a créé 42'000 emplois, dont 9000 dans la seule région lémanique, selon les statistiques de l’OFS. Qui s’en plaindrait? Notre taux de chômage reste très bas, à 3,2% actuellement, contre 3,5% au début 2014. Affirmer que les étrangers prennent le travail des Suisses est donc une aberration. Ailleurs en Europe: le chômage dépasse les 11% dans la zone euro et même les 20% en Europe du Sud, pays d’où proviennent d’ailleurs, sans surprise, une bonne part des immigrants européens en Suisse. Les Allemands, qui profitent d’une économie en rebond, sont nettement moins nombreux à vouloir s’établir en Suisse…

Si nous pouvons nous féliciter de la bonne santé de nos entreprises – nous parlons là de 2014, c’était avant l’abandon du taux plancher du franc face à l’euro, qui fait souffrir de nombreuses PME – cela ne doit pas nous empêcher de chercher des moyens de davantage recourir à la population résidente. C’est l’un des messages qu’a sans doute voulu envoyer la courte majorité du peuple (19'300 voix d’écart, soit 0,007% de tous les votants) qui avait accepté l’initiative «contre l’immigration de masse». Nous devons former davantage de médecins, d’infirmières et d’ingénieurs. Et permettre à celles et ceux qui ont été formés, et qui ne peuvent actuellement plus exercer leur profession pour des raisons personnelles (garde des enfants, par exemple) ou légales (retraite souvent «obligatoire» à 65 ans), de rester dans le circuit.

Du potentiel en Suisse aussi

Le conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann a détaillé la semaine dernière tout un catalogue de mesures allant dans ce sens. Meilleure conciliation entre la vie privée et professionnelle (par le développement des structures d’accueil des enfants, des déductions fiscales accrues pour frais de garde), intégration des séniors dans le monde du travail, augmentation du nombre de personnes formées dans le secteur de la santé: les projets sont nombreux. Certains sont en bonne voie de réalisation. Mais il faut du temps pour qu’ils se concrétisent. Et encore plus pour qu’ils déploient leurs effets.

La Suisse n’en reste pas moins un pays vieillissant. Il nous faut inévitablement une relève, qui proviendra à l’avenir, en partie, toujours de l’étranger. La question à nous poser est de savoir ce que nous voulons: un pays où nos jeunes trouvent facilement un emploi, ou une situation comparable à l’Italie, à l’Espagne ou à la Grèce, où l’avenir est bouché et l’émigration souvent la seule issue? La venue en Suisse de collaborateurs étrangers est un plébiscite pour notre économie qui devrait nous interpeller. Positivement.

03/12/2014

Et l'on reparle des quotas de femmes!

Le Conseil fédéral est donc passé à l'acte avec son idée d'instaurer des quotas de femmes dans les entreprises cotées en bourse. Il vient de mettre en consultation une modification du droit des sociétés anonymes qui veut obliger ces entités à compter 30% de femmes dans leurs conseils d'administration et leurs directions. Il n'y aura pas de sanctions, mais si elles n'atteignent pas ce plancher, les entreprises devront se justifier dans leur rapport sur les rémunérations.

Ce projet, qui s'insère dans la mise en œuvre de l'initiative Minder, va au-delà de ce que demandait ce texte accepté en mars 2013. J'ai déjà eu l'occasion de le dire sur ce blog, les quotas de femmes desservent la cause des femmes. Les femmes qui seront sélectionnées sur la seule base de contingents seront immanquablement soupçonnées, dans certains cas, d'usurper leur poste. Servir d'alibi ne contribue à aucune cause!

L'obligation ne serait certes pas contraignante, puisqu'il n'y a pas d'amendes ou de mesures de rétorsion. Elle n'en reste pas moins inadéquate: les entreprises devront se justifier par écrit, chaque année, dans le rapport sur les rémunérations. Cela représentera une charge administrative additionnelle… alors que l'initiative Minder en a déjà introduit une lourde liste. A côté des questions de gestion du personnel dirigeant, va-t-on, aura-t-on encore le temps, de parler de stratégie d'entreprise dans les assemblées générales?

Ce type de dispositions "non contraignantes" a en outre la fâcheuse tendance à devenir "contraignantes" très rapidement. Le fait qu'une certaine proportion d'entreprise ait atteint les quotas pourrait ainsi inciter certains à dire qu'il faut une extension obligatoire. Peut-être aussi aux sociétés non cotées. Le problème, c'est que les entreprises ont chacune des profils différents: il y a beaucoup moins de femmes dans l'industrie des machines que dans le secteur de la santé, par exemple. Ce sont là des tendances de long terme – des choix de profession - qu'une simple ordonnance fédérale ne va pas changer avec de simples quotas.

Il s'agit aussi de choix de vie. Une récente enquête de l'Office fédéral de la statistique montrait qu'une majorité des femmes travaillant à temps partiel ne souhaitent pas être davantage actives qu'actuellement. Si l'on veut davantage de femmes dans l'économie, et dans les instances dirigeantes, peut-être faut-il d'autres incitations que des obligations destinées aux entreprises? Par exemple des encouragements fiscaux, en cessant de pénaliser les couples disposant de deux revenus.