15/03/2017

Pour continuer à faire la course en tête

Année après année, la Suisse confirme son excellente position en comparaison internationale. La semaine dernière, sur la base d'une enquête menée auprès de 21'000 personnes, un journal américain l'a désignée "meilleur" pays parmi 80 passés au peigne fin. Moins subjectives, les statistiques annuelles de l'Office européen des brevets (OEB) montraient dans la foulée que la Confédération affiche le nombre le plus élevé au monde de brevets par habitant. Autre bonne nouvelle: le canton de Vaud est devenu champion suisse dans ce classement l'an dernier.

Les chiffres parlent d'eux-mêmes: les entreprises et hautes écoles vaudoises ont déposé 15,7% des 7293 brevets suisses en 2016, contre 15% pour Zurich et 12,2% pour Bâle-Ville. L'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) arrive devant l'EPFZ… A lui seul, le groupe Nestlé comptabilise 442 brevets, davantage que Novartis.

Le dynamisme de la région lémanique est une réalité, qui s'établit sur la durée. La prospérité de notre région contribue à faire briller notre pays dans les classements tels que ceux du journal américain ("US News & World Report") auquel je fais allusion. Parmi les 24 critères examinés dans cette enquête, la Suisse se distingue notamment par sa capacité à accueillir des sièges de multinationales ou par sa qualité de vie. Des éléments parmi lesquels notre canton se distingue positivement, au bénéfice de tous.

Forte capacité d'adaptation

Ces classements et ces statistiques montrent que les entreprises suisses savent s'adapter et tirer leur épingle du jeu dans des conditions particulièrement difficiles: franc fort, conjoncture et politique internationales imprévisibles. Mais ces chiffres occultent aussi une situation plus mitigée, bon nombre de PME, particulièrement dans l'industrie, luttant au jour le jour pour maintenir leur rentabilité.

C'est là qu'il convient d'être attentif, car notre capacité à innover et à être compétitifs ne tombe pas du ciel. Elle a été construite, sur la durée. Et la concurrence est féroce au niveau international, comme la statistique 2016 des brevets le prouve avec trois noms: par entreprises, le numéro un mondial est le hollandais Philips devant… le chinois Huawei et le sud-coréen Samsung. Nous faisons face à une concurrence mondiale.

Pour continuer la course dans le peloton de tête, un petit pays comme le nôtre n'a d'autres choix que de proposer des règles attractives, que ce soit en matière de fiscalité, de marché du travail ou de concurrence. Nous devons donc nous atteler à trouver rapidement un large compromis sur la RIE III fédérale. Et consolider la voie bilatérales dans nos relations avec l'Union européenne, qui achète plus de la moitié de nos produits exportés. Pour notre économie, ce sont là les deux chantiers les plus importants!

07/09/2016

Immigration: très bonne solution en vue, mais une large validation est nécessaire

A-t-on trouvé la solution avec le compromis présenté vendredi dernier pour mettre en œuvre l'initiative "contre l'immigration de masse"? Premier constat: l'objectif visant à préserver les accords bilatéraux et donc à renoncer à des contingents de main-d'œuvre européenne, qui seraient contraire à la libre circulation des personnes, est vital pour les entreprises. C'est donc la seule voie à suivre. Les entreprises ont toutefois besoin d'une situation juridique claire et solide.

Ce nouveau scrutin pourrait être déclenché via un contre-projet à l'initiative Rasa ("Sortons de l'impasse"), qui demande d'effacer de la Constitution l'article 121a introduit par l'initiative UDC adopté par le peuple et les cantons le 9 février 2014. De l'avis de nombreux experts et politiques, le texte de loi élaboré par la commission des institutions politiques du Conseil national s'écarte trop de la Constitution, il ne peut donc pas constituer un instrument politique à long terme. Une validation populaire permettrait toutefois de trancher cette question et de mettre un terme aux tactiques politiques stériles.

Les Suisses ont voté à sept reprises sur les accords bilatéraux depuis 2000. Cette année-là, le premier paquet, les Bilatérales I, qui comprend notamment l'accord sur la libre circulation des personnes aujourd'hui menacé, avait été adopté par 67% du peuple suisse. En 2014, lors de la campagne sur l'initiative "contre l'immigration de masse", l'UDC avait constamment indiqué que son texte n'impliquait pas la dénonciation de ces accords (ce qui s'est révélé erroné puisque l'Union européenne a clairement indiqué que des contingents ou une clause de sauvegarde unilatérale violeraient ce traité). Les Suisses ne se sont donc pas prononcés sur les Bilatérales.

Avec un contre-projet à l'initiative Rasa, nous remettrions cette question cruciale sur le tapis. Le président de l'UDC Albert Rösti affirme d'ailleurs lui-même tenir les accords bilatéraux pour importants. Il continue à assurer que l'Europe ne les dénoncerait pas même si nous ne les respections plus.

La sécurité du droit est prioritaire

La sécurité du droit constitue le fondement de notre Etat. Elle assure à la Suisse une prévisibilité et une stabilité que toutes les entreprises citent spontanément comme l'un de nos atouts majeurs. Prendre le risque de mener une politique d'immigration des travailleurs qui violerait de manière revendiquée nos engagements internationaux revient à saper la base – probablement la plus importante - de notre succès. Ce n'est pas responsable.

Mais le respect de ce droit nous oblige aussi en toute logique à tenir compte de la Constitution. C'est au peuple de se prononcer, en dernier ressort. Le débat aura lieu de toute manière tôt ou tard. Menons-le maintenant!

09/12/2015

Gestion de l'immigration: les hautes écoles doivent pouvoir rester ouvertes au monde

La Suisse doit adopter une gestion de l'immigration attractive envers le personnel hautement qualifié, quelle que soit sa provenance. La volonté du Conseil fédéral de créer une clause de sauvegarde à la libre circulation des personnes entre l'Union européenne (UE) et notre pays est un pas dans la bonne direction. Mais le "swiss finish" consistant à vouloir imposer des règles rédhibitoires aux travailleurs extra-européens, déjà fortement contingentés, serait une grave erreur.

Les permis de travail octroyés aux employés en provenance du "troisième cercle", soit hors de l'UE, sont limités à 6500 depuis le début de l'année (8500 auparavant). C'est déjà très peu. Pour l'heure, ces personnes peuvent venir s'installer en Suisse avec leurs enfants et conjoints au titre du regroupement familial, mais à des règles plus strictes que pour les employés en provenance de l'UE. Et cela sans que le nombre de ces accompagnants ne soit contingenté.

Nouvelle donne aujourd'hui: le Conseil fédéral veut plafonner ces regroupements. Dans la vie de tous les jours, cela signifie qu'une fois les contingents atteints, les employeurs qui auront besoin de spécialistes en provenance de pays extra-européens devront leur expliquer qu'ils leur proposent un contrat de travail mais qu'ils doivent venir s'établir ici seuls, en laissant conjoint et enfant(s) en Chine, aux Etats-Unis ou en Amérique latine… On parle là de professeurs d'université, de cadres internationaux, d'experts dans de multiples domaines. Qui peut croire que de telles exigences soient acceptables? Posons nous la question personnellement: accepterions-nous d'être détachés en Inde par l'entreprise qui nous emploie… et de ne voir vos proches qu'une à deux fois par an?

L'Arc lémanique serait lourdement pénalisé

Le projet présenté vendredi par le Conseil fédéral ouvre tout grand la porte à ce type de problèmes (pour nous, car ils n'en seront pas un pour les spécialistes concernés qui refuseront les offres venues de Suisse). L'EPFL, qui figure parmi les meilleures hautes écoles au monde, aurait des difficultés à recruter des enseignants. Les grandes entreprises internationales, très nombreuses dans l'Arc lémanique, devraient limiter leurs programmes d'échange de personnel interne.

La nécessité d'un durcissement des règles établies à l'endroit des ressortissants extra-européens n'est pas étayée par le Conseil fédéral. Ce n'est pas un hasard si la Suisse fait partie des pays les plus compétitifs et innovants au monde: cela tient à son ouverture, économique bien sûr, mais également scientifique et culturelle.

L'initiative acceptée le 9 février 2014 prévoit de toute manière que l'on tienne compte des besoins de l'économie. Avec le contingentement du regroupement familial des travailleurs en provenance d'Etat tiers, nous la pénaliserions, en défavorisant l'innovation et les activités à très haute valeur ajoutée. ll faut corriger cette erreur de jugement avant qu'elle ne soit inscrite dans des lois!