20/03/2013

Initiatives: le TF siffle la fin des "produits promotionnels" contraires au droit

La politique est un terrain de jeu où l'on peut malheureusement trop souvent dire n'importe quoi, voire faire n’importe quoi, pour être élu, attirer des électeurs et plaire aux médias. On peut même faire signer des initiatives cantonales qui violent de manière évidente le droit fédéral. Et puis après? On se plaint d’un déni démocratique si l’initiative ne peut être soumise au vote. Mais peu importe, aux yeux de certains. On a eu un produit promotionnel et c'est tout ce qui compte. Heureusement, cette poudre aux yeux ne dure pas et ne doit pas durer. Au bout du compte, le Tribunal fédéral doit veiller au respect du droit et garantit ainsi l’usage d’une démocratie si enviée. Je ne peux que m'en réjouir.

Vendredi dernier, le quotidien "24 heures" relatait que l'initiative des socialistes dite "pour un rabais d'impôt qui protège les assurés plutôt que les actionnaires" avait été définitivement invalidée par le Tribunal fédéral. Déposé en septembre 2009, le texte proposait ni plus ni moins que de permettre à certains contribuables vaudois de bénéficier d'une double déduction de leurs primes d'assurance maladie.

"Génial, tout le monde souhaite payer moins d'impôts! Où est le problème?", diront beaucoup. Et bien le problème, c'est que la loi sur l'harmonisation des impôts directs (LHID) ne le permet pas. La Chambre vaudoise du commerce et de l'industrie (CVCI) l'a signalé dès le départ, de concert avec les autres organisations économiques du canton. Un avis de droit d'un professeur reconnu pour ses compétences en matière de fiscalité démontrait par A + B que cette initiative ne respectait pas le droit fédéral.

Qu'à cela ne tienne! En 2010, au Grand Conseil, la présidente du parti socialiste vaudois mettait en doute le sérieux de cette expertise. Elle assurait qu'il émanait d'un avocat "payé" par les milieux économiques "pour faire des allégations juridiques qui peuvent tout à fait être contestées"…  

Et bien non, on ne peut pas dire n'importe quoi! Après invalidation du texte par le Grand Conseil en 2010, puis plusieurs recours des socialistes, le Tribunal fédéral l'a aussi invalidé sans laisser planer la moindre contestation. Il suit les arguments de la CVCI et de ses partenaires à 100%. Les initiants sont déboutés sur toute la ligne.

On peut en tout cas tirer deux constats très réjouissants de cette saga juridico-politique:

1° Le Tribunal fédéral a désormais tracé une ligne rouge: une initiative mal fichue dont une partie ne peut pas être validée peut finir dans la poubelle. En l'occurrence, le TF a estimé qu'il n'était pas possible de faire voter sur le seul volet de la suppression des baisses fiscales, décidées en février en 2009, en faveur des actionnaires et des entreprises. Car les socialistes avaient présenté cette mesure comme le moyen de financer le rabais d'impôt à tous les contribuables dont les primes d'assurances maladie dépassent les 10% de leurs revenus.  Une initiative n'est pas une carte de menu, un simple produit d'appel, dont on peut retirer des plats sans crier gare. On ne peut pas (ou plus) faire n'importe quoi, j'y reviens.

2° L'initiative étant invalidée, la fiscalité des entreprises vaudoises ne risque pas d'être péjorée. N'en déplaise aux initiants, c'est une excellente nouvelle pour les contribuables qu'ils prétendent défendre, car l'emploi en sort gagnant. Avec la crise de la dette, la concurrence des marchés émergents et le franc fort, les entreprises ont en effet suffisamment de défis à relever sans qu'il soit nécessaire de rajouter des problèmes.

03/01/2013

Gaz ou mazout pour se chauffer: pourquoi discriminer?

Vous connaissez l'expression: "c'est l'arbre qui cache la forêt". Elle s'applique parfaitement à la révision de la loi vaudoise sur l'énergie (LVLEne), au menu du Grand Conseil d'ici peu. A son propos, on a jusqu'ici presque exclusivement entendu parler de l'interdiction des chauffages électriques. Mais vous pouvez lire tous les comptes-rendus que vous voulez: vous ne trouverez pas un mot sur les chaudières à mazout.

Et pourtant! Le Conseil d'Etat propose d'augmenter drastiquement les exigences techniques pour tout agrandissement de bâtiments chauffés au mazout (et tous les bâtiments neufs recourant à ce combustible par la même occasion). Prenons un cas pratique: si vous ajoutez une pièce à votre maison, votre chaudière ne pourra plus couvrir que 60% des besoins en chaleur, les 40% restants devant provenir de renouvelable ou d'une sur-isolation. Renseignement pris auprès de spécialistes: cette disposition disqualifie tout bonnement le mazout. Et obligera les propriétaires qui agrandissent à changer tout leur système de chauffage!

Le gaz n'est en revanche pas soumis à cette exigence aussi draconienne qu'incongrue. Tant mieux, on ne peut que s'en féliciter. Les propriétaires qui ont misé sur ce type d'installation pourront en effet assurer jusqu'à 80% des besoins en chaleur avec cette énergie. Une norme déjà techniquement en vigueur (mais non inscrite dans la loi), pour le gaz comme pour le pétrole.

Cela dit, les deux énergies ne sont-elles pas fossiles? La discrimination introduite dans la loi fait peu de cas des progrès technologiques réalisés dans le domaine du chauffage au mazout. Saviez-vous qu'il suffit de 4 litres de pétrole par an pour chauffer un mètre carré dans un bâtiment neuf, contre 20 dans un immeuble ancien? Quel est le bilan écologique d'un remplacement par une pompe à chaleur, alimentée en électricité, dont on veut parallèlement diminuer la consommation? Un logement sur deux étant chauffé au mazout dans le canton de Vaud, le dogmatisme anti-pétrole de la révision de la LVLEne va toucher beaucoup de monde.

Le traitement différencié du mazout et du gaz n'a pas lieu d'être, et même d'autant moins lieu d'être qu'aucun canton n'impose légalement une telle règle. On notera enfin que cette disposition n'a pas été soumise à consultation, mais introduite après coup dans la révision de la LVLEne!

Le Grand Conseil peut heureusement corriger la situation. Il doit le faire! 

17/10/2012

Vaud peine à définir les vraies priorités

Bonne nouvelle! Le Conseil d'Etat insiste sur les effets bénéfiques de la croissance économique dans son programme de législature publié la semaine dernière. A plusieurs reprises. Lorsque l'on se remémore les polémiques sur les prétendus méfaits de la croissance martelées par certains milieux l'an dernier, le fait qu'un collège de gauche affiche une telle profession de foi est réjouissant et rassurant. Tant mieux, car la bonne santé financière du canton de Vaud dépend avant tout du dynamisme et de l'esprit d'innovation de ses entreprises. On ne le répétera jamais assez. 

De ce volumineux programme de 23 mesures, cinq axes et 40 pages, les milieux économiques retiendront que les entreprises seront une nouvelle fois sollicitées durant cette législature. Elles procéderont, par étapes, à une augmentation des allocations familiales, pour lesquelles elles sont les seules à contribuer. D'ici à 2017, l'allocation de base par enfant passera de 200 à 250 francs et celle pour jeune en formation de 250 à 330 francs. Coût de l'opération: une centaine de millions. En contrepartie, les sociétés verront leur taux d'impôt sur le bénéfice réduit d'un point, en deux étapes. La diminution des recettes fiscales sera d'une soixantaine de millions pour le canton et d'une trentaine pour les communes.

Mais n'oublions pas qu'il s'agit là de chiffres globaux, les sociétés momentanément peu rentables ou jonglant sur le fil avec la zone bénéficiaire subiront une hausse de leurs charges sociales! L'économie va donc faire un effort substantiel, dans une conjoncture très incertaine.

Vu le contexte pour le moins précaire concernant les perspectives, il est tout simplement incompréhensible que le Conseil d'Etat ait oublié deux priorités fondamentales dans un programme qui devrait pourtant se concentrer sur l'essentiel. Première priorité manquée: la mise en conformité de la fiscalité cantonale des entreprises avec les exigences de l'Union européenne, donc l'abandon des statuts fiscaux spéciaux pour les entreprises qui réalisent la plus grande part de leurs affaires à l'étranger (voir la note précédente dans ce blog). Après Neuchâtel l'an dernier, Genève et Zurich viennent de montrer qu'il n'y a qu'un chemin possible: l'abaissement du taux d'impôt effectif pour toutes les entreprises. Il est essentiel d'anticiper!

Deuxième priorité ratée: l'assainissement de la Caisse de pension de l'Etat de Vaud (CEPV), qui n'avait qu'un taux de couverture de 62% à la fin 2011. Ce niveau doit être amené à 80% au cours des 40 prochaines années, ce qui implique le versement de plus de 1 milliard de francs. Quand va-t-on commencer à payer? Avec quelles réformes du côté de la CPEV, qui compte tout de même plus de 45'000 cotisants et pensionnés? Ces questions se poseront bien avant la fin de la législature! 

Guy-Philippe Bolay, directeur adjoint de la Chambre vaudoise du commerce et de l'industrie (CVCI)