12/08/2015

Bilatérales: et si l'on parlait fromage?

La Suisse exportait 23'000 tonnes de fromage et séré à destination de l'Union européenne en 2003. En 2014, on en était à 56'000 tonnes. Tous les producteurs n'ont pas tiré leur épingle du jeu avec le même succès, mais les fabricants de Gruyère, par exemple, bien implantés dans le canton de Vaud, sont parvenus à s'ouvrir de nouveaux débouchés grâce à l'ouverture du marché européen qui résultait de l'Accord bilatéral sur l'agriculture entré en vigueur en 2000.

La situation est aujourd'hui plus tendue en raison du franc fort, qui a fait flamber le prix du fromage suisse à l'étranger, et donc chuter les commandes au premier semestre. Mais un abandon de l'accord sur l'agriculture serait un coup dur de plus pour toute la chaîne de production de Gruyère, ou d'Etivaz… des produits AOP très bien positionnés. Ils perdraient l'accès facilité au marché européen du jour au lendemain. La Suisse pourrait bien sûr riposter en rétablissant les taxes à l'importation sur les fromages étrangers… Mais au final, le consommateur paierait plus cher ses fromages étrangers et suisses tandis que les paysans et les fromagers en vendraient moins. Que des perdants!

Si le Conseil fédéral ne parvient pas à préserver l'accord sur la libre circulation des personnes lors de la mise en vigueur de l'initiative "contre l'immigration de masse", les sept accords bilatéraux de 2000 pourraient passer à la trappe en vertu de la clause guillotine, qui les lie entre eux. L'agriculture fait partie du lot. Le Conseil fédéral et tous les milieux devraient s'engager pour préserver l'acquis plutôt que de chercher un bras de fer dont l'issue pourrait être désastreuse. Au besoin en revotant pour préciser ce que veut exactement le peuple suisse: des contingents qui conduiront à un appauvrissement du pays ou bien la poursuite de la voie bilatérale? Les deux ensembles ne sont pas compatibles.

14/01/2015

Attention à notre secteur public!

Voici au moins une excellente nouvelle en ce début d’année: l’économie suisse va rester très dynamique en 2015, et elle le sera encore plus en 2016. Les économistes sont pratiquement tous d’accords, notre pays continuera à éviter les problèmes que connaissent la plupart des grands pays. Aucun souci à l’horizon? Ce serait malheureusement trop beau pour être vrai: notre pays doit en particulier faire attention à maintenir son niveau de productivité.

C’est Boris Zürcher, le chef de direction du travail au Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco), qui l’a pointé du doigt vendredi dernier en commentant les chiffres du chômage (Le Temps du 10 janvier): depuis cinq à six ans, le rythme de la croissance des emplois est plus rapide dans l’administration publique en général que dans le secteur privé. Or la productivité est moindre dans le premier secteur. Résultat, la courbe de la productivité devient presque plate.

Pour certains secteurs de l’administration, cette hausse des effectifs s’explique. La forte croissance démographique qu’a connu la Suisse ces quinze dernières années nécessite d’étoffer le nombre d’enseignants et de soignants, notamment. Rien à redire là-dessus, il s’agit là d’accompagner la croissance. Le problème, c’est que l’augmentation des postes administratifs s’observe aussi dans l’administration générale et dans le social.

L’Etat croît trop rapidement. Et c’est particulièrement vrai dans le canton de Vaud, où la progression des dépenses (réelle, après élimination des facteurs extraordinaires, comme la recapitalisation de la caisse de pension) est systématiquement supérieure à la croissance du PIB. Cela devrait d’ailleurs continuer cette année, puisque le budget 2015 prévoit une croissance des charges courantes de 2,8%, pour un PIB attendu en hausse de 2,1%.

Vaud compte l’une des plus lourdes administrations publiques de Suisse. Une étude mandatée par les milieux économiques vaudois, dont la CVCI, et publiée en 2012, montrait que ce secteur regroupait près du 30% du total des emplois vaudois et pesait pour 22,6% dans la valeur ajoutée cantonale. Un taux à mettre en regard avec les 15,7% de l'administration zurichoise, canton qui compte lui aussi des hautes écoles, un poly et un hôpital universitaire de pointe sur son territoire…

Après la votation du 9 février 2014, la Suisse est obligée de prendre des mesures pour limiter l’immigration. Or l’Etat est en concurrence avec le privé sur le marché de l’emploi. Dans le canton de Vaud, il est évident que l’administration a atteint sa taille critique. Il s’agit maintenant de fixer des priorités. L’Etat ne peut pas croître plus rapidement que l’ensemble de l’économie sur une trop longue période, sous peine d’accentuer les déséquilibres. La réflexion sur les conséquences du 9 février doit englober tous les secteurs.

19/11/2014

Obliger la BNS à crouler sous les lingots…Pour quel avantage?

Le cours plancher du franc face à l'euro "est l'instrument central qui nous donne les moyens de maintenir la stabilité des prix". Le président de la Banque nationale suisse (BNS), Thomas Jordan, est clair (Le Matin Dimanche du 16.11.14). L'initiative qui veut obliger la BNS à acheter pour des dizaines de milliards de francs de lingots, soumise à votation le 30 novembre, détruirait cet outil du jour au lendemain. Pour en tirer quel avantage?

Pour ceux qui en doutent encore, il vaut la peine de regarder l'évolution du franc face à l'euro ces dernières semaines. La monnaie européenne tutoie la barre de 1,20 franc, le seuil que la BNS s'est engagée à défendre coûte que coûte. Le franc est au aujourd'hui au plus haut depuis septembre 2012 et tout le monde s'accorde à dire que cela vient du fait que les marchés anticipent un possible oui à l'initiative issue des rangs UDC. Rappelons que ce texte contraindrait la BNS à maintenir un stock d'or qui corresponde en permanence à 20% de son bilan. Chaque once acquise serait en outre définitivement inaliénable.

Si le texte passait, la BNS n'aurait donc plus les mains libres. "Associer un quota fixe avec une interdiction de vendre serait fatal", commentait dimanche Thomas Jordan. Dans l'économie, l'éclatement du cours plancher conduirait à des annulations immédiates de milliers de commandes de clients européens. Les touristes allemands, français et hollandais bouderaient nos stations de ski. N'oublions pas qu'il y a des milliers d'emplois là-derrière.

Et pourquoi donc devrions-nous prendre un tel risque? Pour enterrer des tonnes d'or dans des coffres-forts, avec pour seule perspective de prendre la poussière. Pour créer des réserves représentant des milliards de francs, mais de l'argent indéfiniment inutilisables. Le roi Midas, qui n'avait plus que de l'or autour de lui, a fini par se suicider. L'initiative visant à enchaîner la BNS nous asphyxierait de la même manière. L'or de notre pays, c'est notre dynamisme, notre capacité à nous adapter. Ne mettons pas une camisole de force à la BNS. Non à cette initiative mensongère!