02/05/2012

Etatiser la recherche pharmaceutique? Grotesque ineptie!

A peine Merck Serono avait-il annoncé la douloureuse nouvelle de la fermeture de son siège genevois que les idées fumeuses fusaient déjà… L'une d'elle revient d'ailleurs presque au rythme des saisons: elle consiste à vouloir confier au secteur public, donc aux universités, la responsabilité de la totalité de la recherche pharmaceutique. Ce serait si simple, n'est-ce pas? Les médicaments seraient moins chers, il n'y aurait pas d'actionnaires à rémunérer… Peut-être n'y aurait-il même plus d'entreprise du tout pour fabriquer industriellement les découvertes de nos chercheurs. Car à quoi bon investir si ce n'est pas pour faire des bénéfices? Passons sur cette question très pratique.

La deuxième interrogation est encore plus triviale, mais tout autant fondamentale. Qui paierait les plus de 6 milliards de francs investis en Suisse (chiffres 2010) par les groupes pharmaceutiques pour développer de nouveaux médicaments? Le contribuable, bien entendu. Via une hausse drastique de l'impôt fédéral direct ou via une augmentation de 3 à 4 points de la TVA, qui passerait donc de 8% à 11 ou 12%. Belle perspective.

Petite question subsidiaire: est-ce que les consommateurs en sortiraient gagnants, sachant que les coûts de développement d'un médicament se montent à 1 milliard de francs au minimum, sachant également que les entreprises rentabilisent leurs produits grâce à un marché mondial? A vos calculettes! La réponse est élémentaire: le contribuable suisse paierait très cher – et surtout tout seul - des innovations qu'il mettrait ensuite sur le marché sans en tirer de bénéfices.

Opposer l'industrie privée à la recherche académique est tout simplement ridicule. Les deux sont complémentaires. Partout dans le monde. Pourquoi l'Etat devrait-il se substituer au privé dans un secteur qui fonctionne et ruiner notre principale branche exportatrice? L'industrie pharmaceutique est un fleuron qu'il convient de soutenir et non de couler.

Tout petit pays, la Suisse compte deux firmes pharmaceutiques (Roche et Novartis) dans le top-10 mondial de la branche, un top-10 dominé par les Américains. Départ de Merck Serono mis à part, la pharma et la biotechnologie restent des secteurs d'avenir. La population vieillit dans les sociétés industrialisées. Les pays émergents constituent de formidables nouveaux marchés. La croissance est programmée. Le plus dur consiste à rester au sommet de l'excellence. Et ce ne sont pas des propositions comme l'étatisation de la recherche qui nous y aideront.

16/04/2012

Médicaments: les fausses bonnes idées du Conseil fédéral

Faire baisser le prix des médicaments pour modérer la hausse des coûts de la santé semble a priori d'une logique implacable. Car tous les acteurs en présence doivent faire un effort de rationalisation: assurés, caisses-maladie, hôpitaux, groupes pharmaceutiques, médecins… Rien à redire là-dessus.

Faut-il donc applaudir sans réserve à la récente décision du Conseil fédéral de faire baisser d'un coup les prix appliqués à des milliers de médicaments?  Et bien non, cette décision visant à économiser 240 millions de francs par an dénote d'une vision à très court terme. Une décision évidemment populaire, mais dangereuse pour l'avenir de la recherche dans notre pays.

L'élaboration des prix des médicaments est plus compliquée qu'il n'y paraît de prime abord. Berne procède en établissant une comparaison avec les prix pratiqués dans six pays (Allemagne, Autriche, Danemark, France, Grande-Bretagne et Pays-Bas) sur la base d'un taux de change révisé tous les trois ans. En 2009, ce taux avait été fixé à 1,52 franc. Dès le premier mai, il passera à 1,29 franc.

On est toujours bien au-dessus du cours réel de 1,20 franc l'euro, direz-vous. C'est juste,  mais les charges des groupes pharmaceutiques en Suisse n'ont pas baissé avec l'affaiblissement de l'euro. On va donc diminuer les prix de produits dont les coûts de fabrication – et surtout de recherche et développement -  n'ont pratiquement pas varié.

Deuxième problème: les prix des médicaments pratiqués en Suisse servent de références aux autorités de régulation du marché de la santé dans des dizaines de pays. La baisse décidée par la Suisse aura donc pour conséquence de faire diminuer les revenus des médicaments à l'étranger. Au bout du compte, l'industrie pharmaceutique évalue que le manque à gagner sera de 1,4 milliard de francs d'ici à 2015, et non de 240 millions de francs. Un tel chiffre montre que la mesure est loin d'être aussi "équilibrée" que le ministre de la santé Alain Berset l'a assuré en argumentant sa décision le 21 mars dernier.

Personne ne conteste que la baisse de l'euro doive être en partie répercutée sur les prix des médicaments. Mais cette décision est trop drastique et nécessite une réévaluation. A Bâle-Ville, berceau de l'industrie pharma helvétique, le Conseil d'État – majoritairement à gauche – a d'ailleurs demandé au Conseil fédéral de revoir sa position.

Développer un médicament coûte largement plus de 1 milliard de francs. Plus de 6 milliards de francs sont injectés chaque année dans la recherche et le développement dans notre pays. Avec 60,2 milliards de francs d'exportations en 2011, soit 30,4% du total, la pharma est l'industrie qui livre le plus de produits à l'étranger parmi tous les secteurs d'activité présents en Suisse.

Tout le monde souffre du franc fort, y compris la pharma. Le canton de Vaud est bien placé pour le savoir puisqu'à la fin de l'an dernier, lorsque Novartis avait alors décidé de cesser de produire dans son usine de Prangins. Une solution a pu être trouvée et a permis la préservation de plusieurs centaines d'emplois et de tout un savoir-faire. Sans concertation, il n'y aurait pas eu de sauvetage. Le Conseil fédéral aurait grand intérêt à s'en souvenir!

19/01/2012

Novartis ou la preuve par l'acte du partenariat social

L'heureuse issue trouvée chez Novartis à Prangins est une preuve de l'efficacité du partenariat social dans notre canton. Lorsque tout le monde – employés et syndicats, employeur, autorités politiques - se met autour de la table avec la ferme volonté d'aboutir à une solution acceptable par tous, ça marche. Et même mieux que ce que l'on pouvait attendre.

Le site de production et ses 320 emplois ont pu être préservés. Novartis disposera d'un outil de production plus efficace. La région y gagnera des logements. Il faut franchement vouloir à tout prix chercher l'erreur pour se plaindre d'une telle issue. Cheville ouvrière de ce compromis, le conseiller d'Etat Philippe Leuba l'a souligné: "il n'y a au final que des gagnants". Qui aurait prédit cela en novembre dernier?

Les concessions consenties de parts et d'autres en valaient la peine. Elles n'ont pu être possibles que grâce à la flexibilité dont disposent tous les partenaires en présence: flexibilité fiscale pour l'Etat, flexibilité en matière de conditions de travail pour les collaborateurs, flexibilité en termes d'aménagement du territoire pour Prangins, flexibilité stratégique et financière pour Novartis.

Cette souplesse, cette faculté d'adaptation rapide et déterminée, est la marque de fabrique du partenariat social suisse. En gros, c'est l'antithèse de ce que propose l'initiative de la centrale syndicale Travailsuisse réclamant six semaines de vacances pour tous, sur laquelle nous voterons le 11 mars prochain.

Une telle disposition, qui plus est inscrite dans la Constitution, limiterait la marge de manœuvre dont disposent employés et employeurs. Rappelons que dans le cas Novartis, la moitié des collaborateurs, qui étaient au bénéfice de la semaine de 37,5 heures, ont accepté de porter leur horaire à 40 heures. L'acceptation des 6 semaines de vacances effacerait une partie de cette concession. Le compromis négocié pour le site de Prangins tiendrait-il toujours la route?

Un oui à l'initiative sur les six semaines de vacances coûterait cher aux entreprises: 6 milliards de francs en plus au total par an. Il poserait de gros problèmes d'organisation aux petites PME disposant de peu de salariés (beaucoup n'ont même pas 5 semaines de vacances actuellement!). Les employés eux-mêmes ne seraient pas gagnants puisque les équipes devraient faire le même travail en moins de temps. La réalité du terrain montre que l'initiative tient davantage du slogan du 1er mai que d'une revendication sincère, tout particulièrement dans l'incertitude conjoncturelle actuelle!