11/11/2015

Franc fort: les entreprises s’adaptent… reste à restaurer la sécurité du droit

L’année 2015 restera gravée comme un exercice difficile pour les entreprises vaudoises. Presque 60% des sociétés industrielles membres de la CVCI – une sur deux dans les services - ont dû adapter leurs prix à la baisse, en raison de la force du franc. Cette mesure a souvent été accompagnée d’une réorientation des achats. Et aussi, malheureusement, de suppressions d’emplois pour un quart des entreprises industrielles et un cinquième dans les services.

La bonne nouvelle, c’est que personne ne semble avoir baissé les bras: 46% des sociétés de services qui ont répondu à l’enquête conjoncturelle d’automne de la Chambre vaudoise du commerce et de l’industrie (CVCI) assurent avoir réagi en prospectant de nouveaux clients et de nouveaux marchés. Cette proportion dépasse un tiers dans l’industrie. Quant aux prévisions en matière d’investissement, elles sont pour la première fois à la hausse depuis cinq ans!

L’enquête fait ressortir que les entreprises vaudoises ont finalement mieux traversé le séisme provoqué par l’abandon du cours plancher du franc face à l’euro que ce qu’elles redoutaient au printemps dernier. Leur excellente faculté d’adaptation n’est sans doute pas étrangère à cette résistance. Mais le bon fonctionnement du partenariat social, qui a notamment permis à de nombreuses sociétés de négocier avec leurs employés des horaires allongés, a également joué un rôle primordial. Il n’y a pas une seule et bonne solution lorsque l’environnement économique vacille; toutes les mesures permettant d’améliorer la rentabilité, et donc d’assurer les meilleures chances de maintien des emplois, sont les bienvenues.

Cette flexibilité restera essentielle ces prochains mois, car près d’une société industrielle sur deux et d’une entreprise de service sur trois estiment que la marche des affaires restera mauvaise à médiocre au-delà du premier trimestre 2016. Une petite minorité seulement (un cinquième dans les services et 13% dans l’industrie) juge la situation positive.

Agir de manière ciblée

Il est possible d’enrayer la baisse des affaires et d’éviter l’engrenage des délocalisations. Pour ce faire, il faudra continuer d’agir par le biais de mesures ciblées. Le recours au partenariat social, avec des mesures temporaires, restera essentiel. Les entreprises ont également tout intérêt à miser sur l’innovation. La Suisse doit sa richesse à son positionnement sur des secteurs de niche – le canton de Vaud n’est pas en reste - et cela sera encore plus vrai demain qu’aujourd’hui. Dans cette optique, les entreprises ne doivent pas hésiter, par exemple, à recourir aux soutiens de la Commission pour la technologie et l’innovation (CTI).

Mais cela ne suffira pas. Les élections sont maintenant passées et le Conseil fédéral ainsi que les Chambres doivent prendre en mains les dossiers essentiels pour l’économie. Je parle évidemment là de la troisième réforme de l’imposition des entreprises (RIE III) et de l’avenir des bilatérales. Il s’agit de restaurer la sécurité du droit, à long terme. C’est là la base de notre succès!

21/10/2015

Etats-Unis et UE parlent libre-échange depuis trois ans: que fait la Suisse?

La Suisse ne doit pas rester les bras ballants face aux négociations en cours entre l’Union européenne et les Etats-Unis sur un accord de libre-échange transatlantique (TTIP). Un tel projet, s’il aboutissait, supprimerait – ou diminuerait fortement – les droits de douanes frappant les produits des entreprises de ces deux zones commerciales. Ces sociétés auraient donc un avantage concurrentiel supplémentaire, tout particulièrement dans l’industrie.

Bien sûr, rien n’est joué. Le TTIP est un chantier diplomatique gigantesque, qui cristallise des oppositions tant aux Etats-Unis qu’en Europe. Les agriculteurs ont des craintes, tout comme les défenseurs des services publics, car l’accord en cours d’élaboration tente d’inclure les services, au sens large (y compris La Poste et la distribution d’eau par exemple), dans son champ d’action. Tous manifestent bruyamment, et en nombre. Le parlement européen veut davantage de transparence… et le deal pourrait échouer. Peut-être temporairement. Ou être limité à quelques secteurs d’activités seulement.

Peut-être… Mais une stratégie ne consistant qu’à miser sur l’espoir d’un échec n’est pas défendable. Quelles que soient leurs réticences, les Européens, Français et Allemands en tête, ont un intérêt évident à ce qu’un accord soit trouvé. Car le libre-échange favorise la croissance, toutes les études le prouvent.  Et la croissance est exactement ce dont l’UE aura besoin ces prochaines années. Un regain d’activité des échanges commerciaux permettrait à la France d’inverser enfin sa courbe du chômage. Cela soutiendrait également l’économie allemande, qui semble ralentir. Les finances publiques de tous les Etats en seraient soulagées. Bref, les arguments en faveur d’un TTIP sont au moins aussi solides que ceux des opposants.

Inquiétude des entreprises

Bon nombre d’entreprises exportatrices suisses s’inquiètent à juste titre. Notre industrie des machines, pour qui les Etats-Unis sont le deuxième marché d’exportation, seraient discriminées par rapport à ses rivales européennes si ces dernières ne payaient plus de droits de douane pour écouler leurs produits outre-Atlantique. Le constat est le même pour la chimie, l’alimentaire, les instruments de mesure… Pour rester concurrentielles, elles devraient encore abaisser leurs marges, alors qu’elles viennent de le faire en réaction au franc fort. Au point de passer souvent dans les chiffres rouges.

Mais l’impact négatif ne se limiterait pas à cela. Les investisseurs américains et européens seraient dissuadés de choisir la Suisse pour y produire des produits et services destinés à l’exportation. Sachant que bon nombre d’entreprises suisses sont en mains étrangères, ou des filiales de sociétés étrangères, ce risque est loin d’être négligeable.

Le TTIP pourrait donc ne pas se faire. Mais il pourrait tout aussi bien être ficelé dans quelques mois. Et entrer en vigueur dès 2017. Il est minuit moins cinq pour la Suisse, dans ce dossier. 

18/02/2015

Main-d'œuvre étrangère: les besoins des entreprises doivent revenir au centre des préoccupations

Trop rigide! Le Conseil fédéral aurait pu utiliser plus largement la marge de manœuvre que lui laisse l'initiative contre l'immigration de masse, acceptée le 9 février 2014. Plutôt que des contingents fermes, l'introduction d'une clause de sauvegarde permanente aurait présenté l'avantage de répondre à la volonté populaire de limiter l'immigration, tout en étant acceptable par nos partenaires européens. Le Conseil fédéral entend toutefois préserver les bilatérales. Et cet élément est essentiel.

Contrairement à ce qu'affirment certains initiants, les Suisses ne se sont pas prononcés sur les bilatérales, l'an dernier. On se souvient d'ailleurs que lors des débats, les partisans de l'initiative affirmaient systématiquement que Bruxelles allait accepter facilement de renégocier avec la Suisse l'accord sur la libre circulation des personnes (ALCP). Cela n'a pas été le cas… jusqu'ici. Les négociations n'ont pas encore démarré et le Conseil fédéral a reçu le mandat, par le biais de l'initiative, d'en mener.

Cela dit, l'article constitutionnel accepté par les Suisses prescrit noir sur blanc qu'il faut tenir compte des besoins de l'économie. Le Conseil fédéral ne doit pas perdre de vue cette exigence fondamentale. Or l'avant-projet présenté la semaine dernière s'éloigne beaucoup trop de cet objectif: les entreprises risquent d'avoir rapidement des difficultés à trouver la main-d'oeuvre qu'elles recherchent.

Parallèlement, la position rigide de la Suisse pourrait pousser Bruxelles à refuser de renégocier l'ALCP, ce qui conduirait à une dénonciation de tous les accords bilatéraux. Concrètement, cela signifie que les produits suisses ne bénéficieraient plus d'un accès privilégié au marché européen, un marché qui absorbe près de 60% de nos exportations. Nous vendons davantage de marchandises au Bade-Wurtemberg qu'à la Chine! Avec le franc fort – qui va le rester probablement encore longtemps – nos entreprises ne peuvent pas courir ce risque. Il en va de l'emploi et de notre prospérité.

Attention à l'impasse! En résumé, l'avant-projet du Conseil fédéral présente donc deux défauts majeurs:

  • trop pénalisant pour l'économie: il pourrait être moins rigide, par exemple en excluant des contingents les permis de travail d'une durée inférieure à un an (permis L). Ces travailleurs ne sont pas des immigrants
  • sa faible probabilité d'être accepté par nos partenaires commerciaux principaux. Notre industrie et nos services d'exportation risque d'être discriminés.

 

Il s'agit maintenant de clarifier au plus vite ce qui est faisable. La phase de consultation entre la Confédération et Bruxelles devrait servir de base pour aller au-delà de ce qui a été présenté. Par exemple en évoquant la possibilité d'introduire cette clause de sauvegarde permanente. Ce modèle éviterait d'actionner des contingents tant que l'immigration reste au-dessous d'un certain seuil. Le parlement a lui aussi sa carte à jouer. Bilatérales et besoins des entreprises doivent être la principale préoccupation de tous les responsables politiques!