09/09/2015

Immigration: la Suisse n’est pas si différente de l’Allemagne…

L’Allemagne s’apprête à accueillir cette année 800'000 demandeurs d’asile… et s’en félicite. Confrontée à une natalité largement insuffisante, sa population vieillit, au point que notre voisin se retrouve parmi les trois pays au monde qui comptent le moins de jeunes en proportion de l’ensemble de la population. L’âge de la retraite a déjà été repoussé à 67 ans, mais cela ne suffira pas à payer les rentes des aînés. Est-ce différent en Suisse? Pas vraiment. Nous serons confrontés aux mêmes défis.

«La population de la Suisse connaîtra un vieillissement prononcé lors des prochaines décennies, quelles que soient les migrations observées à l’avenir.» Qui affirme cela? L’Office fédéral de la statistique, dans un document publié le 22 juin dernier. Des chiffres? «Le rapport de dépendance des personnes âgées, c’est-à-dire le nombre de personnes de 65 ans ou plus pour 100 personnes de 20 à 64 ans s’élève à 29,1 en 2015, à 39,6 en 2030 et à 48,1 en 2045».

Je lisais récemment sur un blog de 24 heures: «une Suisse à dix millions d’habitants dans 15 ans, c’est hors de question!». Très bien, mais qui financera alors nos assurances sociales? Qui travaillera dans nos entreprises et nos administrations lorsque les Suisses arriveront à la retraite? Le phénomène de l’allongement de l’espérance de vie accompagné de naissances insuffisantes nous oblige à accepter un accroissement de la population suisse. A moins d’envisager des alternatives sérieuses: augmenter l’âge de la retraite à 70 puis peut-être 75 ans, renoncer à des EMS, faute de personnel, voir des entreprises déménager… peut-être en Allemagne. En tout cas là où elles trouveront le personnel qu’elles recherchent.

Les Suisse veulent-ils vraiment cela? Si l’on dit «hors de question» à l’arrivée de travailleurs étrangers, il faut tenir un langage clair sur les implications. On ne peut pas vouloir la retraite à 65 ans, le confort de nos systèmes de santé et social actuels, un très haut niveau d’emploi, pas de chômage des jeunes, des entreprises à la pointe de l’innovation… en fermant nos frontières. Ne galvaudons pas notre prospérité avec des slogans.

02/09/2015

L’industrie tient bon, il faut maintenant desserrer le carcan

La Suisse a donc évité la récession que tout le monde craignait suite à l'abandon, par la Banque nationale (BNS), du cours plancher du franc face à l'euro. C'est une bonne nouvelle, qui révèle surtout la capacité de réaction et de résistance de notre industrie. C'est une surprise en soi. Mais les chiffres publiés la semaine dernière font ressortir d'autres éléments étonnants: les importations ont baissé (de 3,6% au 2e trimestre!)… alors qu'un euro moins cher les rend pourtant plus avantageuses. Quant aux ménages, ils ont limité leurs dépenses, notamment dans les restaurants, malgré une hausse de leur pouvoir d'achat.

La retenue des consommateurs suisses, dont les dépenses ne se sont accrues que de 0,3% au 2e trimestre, s'explique probablement par des motifs psychologiques. A priori, tout plaide pour une hausse de la consommation: le franc fort a entraîné des baisses de prix dans tous les secteurs (des habits aux voitures en passant par les vacances); le prix des carburants a baissé de plus de 15% en un an; pour la majorité des habitants, les charges hypothécaires et les loyers n'ont pas augmenté (quand ils n'ont pas baissé). Et pourtant l'humeur n'a pas été à consommer…

La bonne résistance de notre économie les rendra peut-être plus optimistes. Les raisons de rester confiant dépassent d'ailleurs les simples chiffres du PIB. Les entreprises exportatrices ont montré qu'en collaboration avec leurs employés, elles peuvent trouver des solutions pour rester compétitives. Cela passe dans certains cas par une hausse du temps de travail. Mais les adaptations se font beaucoup plus souvent par une réorganisation des achats de fournitures, par des couvertures de change, par des innovations.

Tout n'est pas réglé, ni gagné, bien sûr. Si l'industrie suisse est globalement parvenue à augmenter sa création de valeur, les chiffres d'affaires nominaux ont baissé, souligne le directeur du centre de recherche conjoncturelle KOF de l'EPFZ. A terme, cette situation risque d'être négative pour l'emploi.

Moins de bureaucratie

Que faire? La balle est dans le camp du politique, qui doit prendre le relais. Et supprimer les tracasseries bureaucratiques, encore beaucoup trop nombreuses en Suisse. Il est possible de faciliter et d'améliorer les échanges avec l'administration: le fisc, les services de l'environnement et de l'aménagement du territoire en particulier. Il est possible d'éviter de créer de nouvelles règles. Il est possible d'éviter de nouvelles taxes inutiles (par exemple sur l'énergie).

Il y a un bémol, il faut le reconnaître. Il tient – principalement - dans les incertitudes liées à la future mise en œuvre de l'initiative "contre l'immigration de masse" ainsi que dans la troisième réforme de la fiscalité des entreprises. Le canton de Vaud a bien avancé dans ce dernier dossier et redonne ainsi de la visibilité aux entrepreneurs, mais il s'agit maintenant de le concrétiser (dans le canton, puis au niveau fédéral). Quant à la question de libre-circulation, on espère que la Suisse parvienne avec l'Union européenne à une solution qui préserve les accords bilatéraux. Nous avons tous intérêt à préserver notre prospérité. 

12/08/2015

Bilatérales: et si l'on parlait fromage?

La Suisse exportait 23'000 tonnes de fromage et séré à destination de l'Union européenne en 2003. En 2014, on en était à 56'000 tonnes. Tous les producteurs n'ont pas tiré leur épingle du jeu avec le même succès, mais les fabricants de Gruyère, par exemple, bien implantés dans le canton de Vaud, sont parvenus à s'ouvrir de nouveaux débouchés grâce à l'ouverture du marché européen qui résultait de l'Accord bilatéral sur l'agriculture entré en vigueur en 2000.

La situation est aujourd'hui plus tendue en raison du franc fort, qui a fait flamber le prix du fromage suisse à l'étranger, et donc chuter les commandes au premier semestre. Mais un abandon de l'accord sur l'agriculture serait un coup dur de plus pour toute la chaîne de production de Gruyère, ou d'Etivaz… des produits AOP très bien positionnés. Ils perdraient l'accès facilité au marché européen du jour au lendemain. La Suisse pourrait bien sûr riposter en rétablissant les taxes à l'importation sur les fromages étrangers… Mais au final, le consommateur paierait plus cher ses fromages étrangers et suisses tandis que les paysans et les fromagers en vendraient moins. Que des perdants!

Si le Conseil fédéral ne parvient pas à préserver l'accord sur la libre circulation des personnes lors de la mise en vigueur de l'initiative "contre l'immigration de masse", les sept accords bilatéraux de 2000 pourraient passer à la trappe en vertu de la clause guillotine, qui les lie entre eux. L'agriculture fait partie du lot. Le Conseil fédéral et tous les milieux devraient s'engager pour préserver l'acquis plutôt que de chercher un bras de fer dont l'issue pourrait être désastreuse. Au besoin en revotant pour préciser ce que veut exactement le peuple suisse: des contingents qui conduiront à un appauvrissement du pays ou bien la poursuite de la voie bilatérale? Les deux ensembles ne sont pas compatibles.